Le 2 novembre, Julie Ollivier, première femme à avoir porté plainte contre l’animateur Sébastien Cauet pour viol, mettait fin à ses jours à l’âge de 28 ans. Son histoire n’est pas seulement celle d’une procédure judiciaire. C’est aussi celle d’une femme devenue, du jour au lendemain, la cible d’une mécanique de dénigrement et de harcèlement qui l’a poursuivie jusqu’à l’épuisement. Avant elle, journalistes, lanceurs d’alerte, opposants politiques, concurrents économiques ont connu cette violence particulière qui ne vise pas à contredire, mais à détruire la crédibilité et la parole d’une personne.
Une campagne de dénigrement, ou smear campaign, est une entreprise concertée visant à ruiner la réputation d’une cible, à saper sa crédibilité et la confiance du public, à l’intimider, voire à la réduire au silence. Elle se distingue de la critique légitime par son caractère systématique, ad hominem et souvent détourné : il ne s’agit pas de débattre du fond, mais de salir la personne pour mieux discréditer ce qu’elle dit ou représente.
Qui peut en mener, et dans quels contextes ? Quelles séquelles laissent-elles sur celles et ceux qui les subissent ? Et que révèlent les exemples les plus documentés, de l’opération Hoodwink de la CIA à l’affaire Cauet, sur la persistance de ces pratiques ?
Patrick RozielSmear campaign, Campagne de dénigrementUne campagne de dénigrement est une attaque organisée qui vise à détruire la réputation et la crédibilité d’une personne ou d’un groupe. Elle ne cherche pas à débattre des faits…
Qui mène les campagnes de dénigrement, et dans quels contextes ?
Une campagne de dénigrement peut être menée par plusieurs acteurs. Un État ou un service de renseignement peut cibler un opposant, un journaliste ou un mouvement social pour neutraliser sa parole et détourner l’attention. L’opération Hoodwink, conduite par le FBI dans les années 1960, en donne un exemple. Le bureau envoyait de fausses lettres pour provoquer un conflit entre le Parti communiste et la mafia. Il ne s’agissait pas de diffamer une seule personne, mais de diviser deux groupes.
Une entreprise peut aussi organiser le dénigrement d’un concurrent. Meta a ainsi financé une campagne de mauvaise publicité contre TikTok pour freiner son développement et influencer les décideurs. Le dénigrement emprunte alors le langage de l’intérêt général pour servir un intérêt commercial.
Dans le champ politique et médiatique, une personnalité, un parti ou un groupe de pression peut lancer une campagne contre un élu ou un journaliste. En France, une fausse pétition contre le député Louis Boyard a été créée sous une identité fictive, puis relayée par des comptes anonymes. L’objectif était de discréditer l’élu en masquant l’origine de l’attaque.
Enfin, dans les affaires de violences sexuelles, une personne qui accuse une figure puissante peut devenir la cible d’une campagne de dénigrement. Elle est présentée comme menteuse, instable ou intéressée. Julie Ollivier, première femme à accuser Sébastien Cauet de viol, a été visée par des plaintes de l’animateur pour diffamation et tentative d’extorsion. Elle a aussi dénoncé du cyberharcèlement et une atteinte à sa vie privée.
La campagne peut donc venir d’un État, d’une entreprise, d’un acteur politique ou médiatique, ou émerger d’un faisceau de pressions autour d’une victime.


