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You - Janet Jackson

On ne peut pas mentir à soi même, face à un miroir

Et si la personne qui nous empêche le plus d'être nous-mêmes n'était pas toujours celle que l'on croit ? Avec You, Janet Jackson nous entraîne dans une confrontation beaucoup plus intime que le regard des autres : celle que nous entretenons avec nous-mêmes.

Il y a des chansons qui prennent un sens différent selon les moments de notre vie. On les écoute pendant des années sans nécessairement en saisir toute la portée, jusqu'au jour où quelques mots semblent soudainement nous parler directement.

C'est ce qui m'est arrivé avec You, un titre de Janet Jackson extrait de son album The Velvet Rope, paru en 1997.

Une phrase, en particulier, m'est revenue en tête :

« Essayer de satisfaire tout le monde, au point de sacrifier ses propres besoins. »

Ces quelques mots résument un mécanisme que l'on connaît probablement tous : celui qui consiste à s'adapter aux autres, à éviter les conflits, à maintenir des relations, parfois même à préserver l'apparence d'amitiés qui ne correspondent plus vraiment à la réalité.

On finit par faire passer les besoins des autres avant les siens. On accepte certaines situations, on minimise ses déceptions, on se convainc que les choses vont s'arranger. Il arrive aussi que l'on s'accroche à des relations dont on connaît pourtant les limites, que l'on sait parfois néfastes pour notre équilibre, mais auxquelles on continue de donner une place. Par attachement, par habitude ou simplement parce qu'il est difficile d'admettre qu'une relation ne nous apporte plus ce dont nous avons besoin. Et, progressivement, on perd de vue ce que l'on veut réellement.

Mais You ne parle pas seulement de cette difficulté à exister face aux autres. La chanson nous invite à regarder plus loin.


Après le regard des autres, le regard sur soi

Pour comprendre la place de You, il faut revenir à l'univers de The Velvet Rope.

Avec cet album, Janet Jackson explore les blessures intérieures, le besoin d'appartenance, le rejet, la solitude, la sexualité et les difficultés à accepter toutes les dimensions de son identité.

La corde de velours symbolise cette frontière qui sépare ceux que l'on laisse entrer de ceux que l'on maintient à distance. Elle évoque aussi les barrières que nous construisons pour nous protéger, parfois au risque de nous isoler.

Mais dans l'enchaînement de l'album, quelque chose de particulièrement intéressant se produit.

Après le morceau-titre Velvet Rope, Janet Jackson semble déplacer la frontière.

La corde n'est plus seulement entre nous et les autres. Elle devient intérieure.

Car une fois que l'on a cessé de se demander si les autres vont nous accepter, une autre question apparaît : qu'est-ce que nous nous racontons à nous-mêmes lorsque personne d'autre n'est là pour parler ?

C'est précisément là que You devient intéressant.


Cette voix intérieure qui prétend savoir qui nous sommes

Dans You, Janet Jackson semble s'adresser à une personne qui a passé une grande partie de sa vie à se construire une identité qui ne correspond pas nécessairement à ce qu'elle est profondément.

Une autre phrase particulièrement révélatrice exprime cette contradiction :

« Spent most of your life pretending not to be the one you are but who you chose to see. »

« Tu as passé la majeure partie de ta vie à prétendre ne pas être celui ou celle que tu es, mais plutôt celui ou celle que tu as choisi de voir. »

Cette idée est particulièrement forte parce qu'elle ne parle plus simplement de l'image que les autres ont de nous. Elle évoque l'image que nous avons nous-mêmes fabriquée.

Nous avons tous une représentation de notre personne. Une histoire que nous nous racontons, des qualités que nous revendiquons, des défauts que nous acceptons difficilement, des expériences que nous préférons oublier.

Mais cette représentation n'est pas toujours fidèle à la réalité.

Parfois, nous nous enfermons dans une version de nous-mêmes qui nous rassure. Nous préférons croire que nous sommes quelqu'un de patient, de généreux, de compréhensif, de solide. Nous nous attribuons certaines intentions, même lorsque nos comportements racontent une histoire différente.

Et c'est là que le miroir devient inconfortable.

Parce qu'il ne suffit pas de regarder son reflet pour se connaître. Encore faut-il accepter ce que l'on y voit.


Le juge le plus difficile à affronter : soi-même

You me fait penser à cette voix intérieure que nous connaissons tous.

Celle qui observe, juge, encourage, décourage, rappelle les échecs, invente parfois des limites et transforme certaines expériences en vérités définitives.

Elle peut nous répéter que nous ne sommes pas assez bien, que nous avons échoué, que nous aurions dû agir autrement. Elle peut aussi nous donner raison lorsque nous refusons de reconnaître notre part de responsabilité.

Le plus troublant, c'est que cette voix utilise notre propre voix.

Nous pouvons passer notre vie à résister au regard des autres, à refuser leurs règles et leurs attentes, tout en restant prisonniers d'un juge beaucoup plus difficile à confronter : nous-mêmes.

C'est peut-être l'une des lectures les plus intéressantes de cette chanson : nous ne sommes pas uniquement façonnés par ce que les autres pensent de nous, mais aussi par ce que nous choisissons de croire à notre propre sujet.

Et parfois, nous sommes les premiers à entretenir les illusions qui nous empêchent d'avancer.


Arrêter de jouer un rôle, même devant soi-même

Ce qui rend cette chanson particulièrement intéressante, c'est qu'elle peut aussi être entendue comme une invitation à reprendre possession de son identité.

Ne plus chercher systématiquement à satisfaire tout le monde. Ne plus sacrifier ses besoins pour maintenir des relations qui ne nous nourrissent plus. Ne plus confondre la tranquillité apparente avec le bien-être réel.

Mais cela implique une forme de responsabilité personnelle.

Il faut accepter de regarder ses propres contradictions, reconnaître les situations dans lesquelles on s'est menti, comprendre pourquoi on a accepté certaines choses et identifier les rôles que l'on continue de jouer par habitude.

Ce n'est pas nécessairement agréable. Et ce n'est certainement pas une démarche qui consiste à se culpabiliser davantage.

Au contraire, il s'agit de faire la différence entre ce que nous sommes réellement et ce que nous avons appris à devenir pour être acceptés, aimés ou simplement ne pas déranger.

On peut pardonner aux autres de ne pas nous avoir compris. On peut aussi leur reprocher de nous avoir enfermés dans une image qui ne nous correspondait pas.

Mais il arrive un moment où il faut également se demander quelle part de cette image nous avons nous-mêmes entretenue.


On ne peut pas mentir à soi même, face à un miroir

Près de trente ans après sa sortie, The Velvet Rope reste un album dont les thèmes résonnent avec une étonnante actualité. Et You, dans sa simplicité apparente, ouvre une réflexion qui dépasse largement le cadre d'une chanson pop.

Parce qu'au fond, il est relativement facile de dénoncer les attentes des autres, leurs jugements ou leur incapacité à nous accepter tels que nous sommes.

C'est beaucoup plus difficile de reconnaître les compromis que nous avons faits avec nous-mêmes.

La chanson me rappelle finalement une chose : à force de vouloir être la personne que les autres attendent, ou celle que nous avons décidé de montrer, nous risquons de perdre de vue celle que nous sommes réellement.

Et lorsque les autres ne sont plus là, lorsque les conversations s'arrêtent et que les apparences ne servent plus à rien, il reste cette confrontation silencieuse.

Nous pouvons détourner le regard, inventer des justifications, réécrire notre histoire.

Mais il y a une personne à qui il devient particulièrement difficile de mentir.

Soi-même.


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Musique

Cool People - Chloe x Halle

Le refrain des âmes isolées et bien plus qu’une chanson

Cette chanson a une signification particulière pour moi. ❤️ Elle m’a aidé à tenir le coup à des moments où j’avais du mal à croire en l’être humain, où les déceptions s’accumulaient et où il devenait difficile de garder foi en quoi que ce soit.

Je me la repassais en boucle, comme on relance un signal dans la nuit, en me répétant qu’il restait sûrement des personnes cool dans ce monde. Des personnes sincères, bienveillantes, capables de te redonner le sourire, d’allumer une petite lumière quand tout paraît gris et de te rappeler que tout le monde n’est pas forcément décevant.

« Cool People » n’est pas une simple déclaration romantique : c’est un acte de foi durement gagné en la dignité humaine. La chanson s’ouvre sur un constat d’épuisement émotionnel, un cœur en morceaux et un monde qui se replie sur lui-même, avant de décrire une lente remontée : de l’engourdissement et du poids accumulé vers de petits gestes de présence, puis vers une croyance timide que la bonté existe encore. Dans un monde où les gens se sentent de plus en plus isolés, où l’on vit souvent comme des îles qui s’ignorent, cette trajectoire musicale devient le symbole même de ce que l’isolement cherche à nous faire oublier : la possibilité d’une reconnexion. Le moteur de la chanson, c’est le refrain, où un simple geste de tendresse devient rédempteur : un sourire, une main tenue. Ces petites intimités dissolvent la couverture nuageuse accumulée et restaurent la capacité de joie. Chloe et Halle chantent à l’unisson la découverte qu’« il y a encore des gens cool dans le monde » — une phrase qui résonne comme une bouée lancée à tous ceux qui, dans leur solitude, ont cessé d’y croire.

Au fond, c’est ce que cette chanson me rappelle : parfois, une seule personne peut changer ta façon de voir le monde. Pas besoin qu’elle te sauve ou qu’elle règle tous tes problèmes. Sa simple présence peut suffire à te redonner un peu d’espoir, à te faire de nouveau signe vers les autres et à te faire croire que la lumière n’est pas qu’un souvenir. C’est là toute la force symbolique de « Cool People » : elle ne nie pas l’isolement, elle le traverse, et elle affirme qu’une rencontre, aussi minuscule soit-elle, peut rouvrir le monde.

Et il faut dire que j’adore ces filles depuis la sortie de leur premier album, The Kids Are Alright. Cet album, sorti en mars 2018, leur a valu leurs deux premières nominations aux Grammy Awards, dans les catégories Meilleur album urbain contemporain et Meilleur nouvel artiste. Leurs voix sont magnifiques — des harmonies éthérées qui se fondent l’une dans l’autre avec une facilité déconcertante. Mais ce qui me touche le plus, c’est leur passion : Chloe et Halle écrivent, composent et produisent une grande partie de leur musique elles-mêmes, et elles ont su garder leur voix créative intacte, même sous l’aile de Beyoncé. Leur engagement total, leur authenticity et cette façon qu’elles ont de chanter comme si leur vie en dépendait, c’est exactement ce qui rend « Cool People » si crédible. On ne nous vend pas une utopie : on nous chante une vérité fragile, mais tenace.

Alors oui, je me suis accroché à cette idée. J’ai continué à avancer en me disant que ces personnes existaient forcément quelque part, qu’il me restait peut-être de belles rencontres à faire et que le monde n’était pas uniquement fait de mauvaises surprises.

Bon, fin 2026, je cherche toujours… 😂 Mais je garde espoir. À ce stade, je commence quand même à me demander si les personnes cool ne sont pas une espèce protégée, en voie de disparition, dont personne ne m’aurait communiqué les dernières coordonnées. 🤣



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Essais

Couper ce qui nous empêche de grandir

Comprendre les relations humaines en taillant des arbres

En 2015, pendant mon séjour dans les montagnes du Queensland, en Australie, j'ai travaillé quelque temps dans une plantation de finger limes, aussi appelés citrons caviar australiens, dont les fruits peuvent présenter différentes couleurs, notamment du vert au rouge foncé.

L'une de nos tâches consistait à faire du pruning, autrement dit à tailler les arbres. Nous devions notamment repérer et couper ce qu'on appelle en anglais des suckers, des rejets qui poussent généralement depuis la base de l'arbre ou son porte-greffe.

Ce qui m'a particulièrement frappé, c'est la manière dont ces rejets pouvaient se développer au détriment de l'arbre fruitier.

Ils puisaient dans les mêmes ressources : l'eau, les nutriments, l'énergie nécessaire à la croissance. Certains devenaient tellement imposants qu'ils dépassaient les arbres auxquels ils étaient rattachés.

Sur l'une de mes photos, on peut d'ailleurs voir un rejet particulièrement impressionnant. Il était devenu plus grand que l'arbre lui-même et possédait même des épines.

Couper ce qui nous empêche de grandir

L'arbre continuait à nourrir quelque chose qui ne contribuait pas à sa production de fruits.

Et c'est en observant cela que j'ai immédiatement fait le parallèle avec les relations humaines.

Nous aussi, nous disposons de ressources limitées : notre temps, notre attention, notre énergie, notre disponibilité émotionnelle.

Et certaines personnes peuvent finir par en absorber une part considérable, parfois sans que nous nous en rendions compte.

Des personnes qui sollicitent constamment notre aide, notre écoute, notre présence ou nos compétences, mais qui ne sont jamais là lorsque nous en avons besoin. Des relations dans lesquelles nous donnons tellement qu'il ne nous reste plus grand-chose pour nous-mêmes, nos projets ou notre propre développement.

Le plus troublant, c'est qu'à force de les entretenir, ces relations peuvent finir par prendre davantage de place dans notre vie que les choses qui comptent réellement pour nous.

Exactement comme ce rejet qui avait fini par dépasser l'arbre dont il dépendait.

Couper ce qui nous empêche de grandir

Dans la plantation, la solution était relativement simple : il fallait couper le rejet pour que l'arbre puisse consacrer davantage de ressources à sa propre croissance et à sa production de fruits.

Dans nos vies, c'est évidemment plus compliqué.

On ne coupe pas une relation comme on coupe une branche. Il y a l'attachement, les souvenirs, les habitudes, parfois la culpabilité ou la peur de se retrouver seul.

Mais le principe reste intéressant : parfois, pour continuer à grandir, il faut accepter de se séparer de ce qui nous épuise.

Cela ne signifie pas que chaque relation difficile est toxique, ni que toute personne qui a besoin de nous profite nécessairement de nous. Il s'agit plutôt d'apprendre à reconnaître les relations devenues durablement déséquilibrées.

À l'époque, je trouvais fascinant qu'un geste aussi simple que la taille puisse changer les conditions de croissance d'un arbre.

Avec le recul, je me demande combien de temps et d'énergie j'ai moi-même consacrés à entretenir des relations qui m'empêchaient d'avancer.

Parfois, grandir ne consiste pas à trouver davantage de ressources, mais à cesser de les consacrer à ce qui nous empêche de nous développer.

Couper ce qui nous empêche de grandir


Je profite également de cet article pour partager une série de photos prises à cet endroit, durant mon séjour dans les montagnes du Queensland. Elles n'ont pas nécessairement de lien avec la métaphore que je viens de raconter, mais elles permettent de découvrir un peu plus le cadre dans lequel j'ai vécu cette expérience.

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Musique

🎵 Velvet Rope — Janet Jackson

Appartenir sans devenir quelqu’un d’autre

Il y a une différence entre être entouré et sentir que l’on appartient quelque part.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles Velvet Rope de Janet Jackson me parle autant.

Une velvet rope, c’est cette corde que l’on trouve à l’entrée de certains endroits. Elle sépare ceux qui peuvent entrer de ceux qui restent dehors. Ceux qui appartiennent au cercle de ceux qui l’observent.

Et je trouve que c’est une image assez juste de quelque chose que nous recherchons tous, d’une manière ou d’une autre : un sentiment d’appartenance.

Trouver des gens avec qui nous n’avons pas simplement le droit d’entrer, mais auprès desquels nous n’avons même plus à nous demander si nous avons notre place.

Mais Velvet Rope pose aussi une question plus inconfortable : qu’est-ce que nous sommes prêts à faire pour nous sentir à l’intérieur ?




“Put others down to fill us up.”

Cette phrase me frappe parce qu’elle décrit un mécanisme humain assez courant : lorsqu’on doute de sa propre valeur ou de sa place, rabaisser quelqu’un d’autre peut momentanément nous donner l’impression d’être plus haut.

Les groupes ne sont pas immunisés contre ça. Au contraire.

Créer un « nous » signifie parfois, consciemment ou non, créer un « eux ». Quelqu’un qu’on juge, qu’on exclut, dont on se moque ou dont on se sert pour renforcer les liens entre ceux qui restent à l’intérieur.

C’est étrange parce que, de l’extérieur, je n’ai probablement jamais donné l’impression d’avoir beaucoup de difficultés à créer du lien.

J’ai toujours eu une certaine facilité à sourire, à parler aux gens, à socialiser, à rencontrer de nouvelles personnes. Je peux entrer dans une pièce sans connaître grand monde et commencer assez naturellement à discuter.

Mais socialiser et appartenir sont deux choses très différentes.

Je peux être présent.
Je peux rire.
Je peux parler avec tout le monde.
Je peux même parfois donner l’impression d’être parfaitement intégré.

Et pourtant, au fond, j’ai rarement ressenti ce sentiment beaucoup plus profond de pouvoir me dire :

« Ces gens sont les miens. Et je suis l’un des leurs. »

Je n’ai jamais vraiment eu l’impression d’appartenir à une communauté, à une bande, à un groupe ou à un milieu précis.

Et pourtant, j’en ai eu l’occasion.

J’ai croisé des groupes d’amis, des cercles de connaissances, des environnements dans lesquels j’aurais probablement pu m’installer davantage. Mais très souvent, je me suis retenu d’aller plus loin, par méfiance d’abord, et surtout parce qu’il y a quelque chose que je n’ai jamais vraiment su faire : fermer les yeux sur ce qui me semble faux simplement pour préserver ma place.

J’ai toujours eu tendance à confronter les gens à leurs contradictions, à leurs hypocrisies ou à leurs conneries.

Et dans beaucoup de groupes, il existe tôt ou tard une hiérarchie implicite. Une personne autour de laquelle le groupe s’organise, une figure plus dominante, un leader officiel ou non. Et ce genre de position supporte rarement très bien d’être remis en question.

Alors je finis souvent par faire ce que j’ai toujours fait : dire ce que je pense, poser une question qui dérange, refuser une règle implicite, ou ne pas jouer le rôle que l’on attend de moi.

Et progressivement, je me retrouve à nouveau entre l’intérieur et l’extérieur.

Assez proche pour participer.
Pas toujours assez conforme pour appartenir.


Une autre idée de Velvet Rope me semble essentielle :

“Oppressing me will oppress you.”

Je l’entends comme le rappel que la domination finit aussi par enfermer celui qui l’exerce.

Pour maintenir quelqu’un en dessous, il faut maintenir tout un système : décider qui a raison, qui peut parler, quels comportements sont acceptables, qui mérite d’être entendu et qui doit rester à sa place.

Celui qui contrôle les autres finit lui aussi prisonnier de cette structure.

Et dans un groupe, cela peut devenir très subtil. On ne vous interdit pas forcément de parler. On comprend simplement assez vite ce qu’il vaut mieux ne pas dire si l’on veut continuer à appartenir au groupe.

C’est probablement là que mon problème avec l’appartenance commence.

Avec le temps, j’ai compris que ce besoin ne disparaît pas simplement parce qu’on devient indépendant ou parce qu’on sait être seul.

On peut être autonome et continuer à vouloir être reconnu comme un semblable, comme quelqu’un qui fait partie du groupe, et non comme un intrus ou quelqu’un de passage.

On peut aimer sa liberté et avoir envie d’un endroit où l’on n’a plus besoin de se présenter, de s’expliquer ou de s’adapter pour être accepté.

Mais il y a aussi quelque chose de plus inconfortable dans l’idée d’appartenance :

appartenir implique presque toujours, au moins en partie, de se conformer.

Partager certains codes.
Accepter certaines règles.
Respecter certaines hiérarchies.
Ne pas toujours contredire.
Faire parfois comme les autres pour rester parmi les autres.

Et c’est peut-être précisément là que ça se complique pour moi.

Depuis que je suis petit, je n’ai jamais vraiment réussi à faire comme les autres sur une longue durée.

Je peux essayer.
Je peux m’adapter.
Je peux apprendre les codes.

Mais tôt ou tard, quelque chose en moi reprend sa place.

Alors peut-être que mon rapport à l’appartenance est contradictoire : j’ai toujours voulu trouver ma place, sans jamais vouloir payer cette place avec ma liberté de penser.

Et peut-être que notre véritable velvet rope est là.

Dans cette frontière invisible entre le besoin universel d’appartenir et le prix que nous sommes prêts à payer pour rester à l’intérieur.

Parce qu’appartenir demande souvent de se conformer.

Et depuis mon enfance, s’il y a bien une chose que je n’ai jamais réussi à faire très longtemps, c’est faire comme les autres simplement parce que les autres le font.

Peut-être que le défi, finalement, n’est pas de réussir à entrer derrière la corde.

C’est de trouver des gens auprès desquels on n’a pas besoin de devenir quelqu’un d’autre pour pouvoir rester.


🎧 Velvet Rope — Janet Jackson


Bloc de texteTraduction des paroles de Velvet Rope de Janet Jackson
Faire défiler pour lire

We have a special need

Nous avons une envie particulière

To feel that we belong

De sentir qu’on appartient

Come with me inside

Viens avec moi à l'intérieur

Inside my velvet rope

À l'intérieur de ma corde de velours


This special need

Cette envie particulière

That's within us

Celle qui nous habite

Brings out the best

Fait ressortir le meilleur

Yet worst in us

Mais aussi le plus mauvais de nous


Follow the passion

Suis la passion

That's within you

Qui t'habite

Living the truth

Vivre dans la vérité

Will set you free

Te rendras libre


Put others down

Rabaisser les autres

To fill us up

Pour se valoriser

Oppressing me

M'opprimer

Will oppress you

Finira par t’oppresser


Outside leave judgment

Laisse de côté les jugements

Outside leave hate

Laisse de côté la haine

One love's the answer

L'amour est la seule réponse

You'll find in you

Que tu trouveras en toi



🎵 You — Janet Jackson

Juste après Velvet Rope, Janet Jackson semble déplacer la frontière.

La corde n’est plus entre nous et les autres. Elle devient intérieure.

Parce qu’une fois que l’on a cessé de se demander si les autres vont nous accepter, une autre question apparaît : qu’est-ce que nous nous racontons à nous-mêmes lorsque personne d’autre n’est là pour parler ?

You me fait penser à cette voix intérieure que nous connaissons tous. Celle qui observe, juge, encourage, décourage, rappelle les échecs, invente parfois des limites — et que l’on finit facilement par confondre avec la vérité.

On peut passer sa vie à résister au regard des autres, à refuser leurs règles et leurs attentes, tout en restant prisonnier d’un juge beaucoup plus difficile à confronter : soi-même.

Et peut-être que le plus étrange avec cette voix, c’est qu’elle utilise notre propre voix.



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Musique

Trees for the Woods — Amie Blu

Ne plus confondre un arbre avec toute la forêt

Il y a des chansons qui arrivent au bon moment, et « Trees for the Woods » d’Amie Blu en fait partie pour moi. Elle ne m’a pas appris à voir autrement : elle réactive ce que je sais déjà mais que j’oublie quand je suis trop pris par mes problèmes.

La chanson parle d’une relation qui a fait mal, du sentiment d’avoir été blessé, incompris, de perdre confiance et de finir par douter de soi-même. Les paroles sont d’une précision qui coupe : « You’re asking for forgiveness with your foot on my throat » — demander pardon tout en gardant son pied sur la gorge de l’autre. La gorge, c’est le lieu de la parole et de la communication : ici, le partenaire s’excuse sans jamais retirer son pied, autrement dit il demande pardon tout en empêchant l’autre de respirer, de parler, d’exister pleinement dans la relation. Ce pardon-là ne libère pas : il maintient sous contrôle.

Amie Blu décrit elle-même ce que la chanson explore : « La chanson parle du recul et du fait de souhaiter savoir ce qui aurait pu advenir si on avait eu quelqu’un dans sa vie. J’étais trop dedans pour comprendre complètement sur le moment, mais je la vois maintenant pour ce qu’elle est. » Ce recul, je l’applique aux problèmes que j’ai surmontés : je ne réécris pas le passé, mais je refuse qu’un épisode douloureux devienne toute mon histoire.

Ce qui m’a particulièrement touché, c’est aussi son titre : « Trees for the Woods ». Il fait volontairement écho à l’expression anglaise « You can’t see the forest for the trees », qui signifie que l’on est tellement concentré sur les détails que l’on ne parvient plus à voir l’ensemble. Amie Blu raconte avoir entendu cette phrase « mal » formulée — quelqu’un avait dit « trees for the woods »au lieu de « wood for the trees » —, et elle a gardé cette inversion parce qu’elle lui parlait. C’est précisément cette erreur qui donne au titre sa force.


Et cette inversion m’évoque une chose très concrète : quand on est immergé dans ses problèmes, chaque difficulté devient un arbre immense qui finit par masquer la forêt. On confond alors ce que l’on traverse avec ce que l’on est. La chanson le chante d’ailleurs : « Sometimes you can’t see the trees for woods / Oh, but I wish that I could ». Sortir de la forêt ne signifie pas nier les arbres : cela signifie se donner assez de champ pour voir qu’aucun ne compose tout le paysage.

Dans cette réflexion, certains détails anodins de mon quotidien jouent le rôle de balises. Ils n’ont rien de magique : ils servent de signal d’arrêt — une pause, un pas de côté, le temps de respirer avant de replonger.

Au fond, cette chanson ne change pas ma vie ; elle m’empêche d’oublier qu’un arbre, même immense, n’est pas toute ma vie.


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Livre

Prologue

Qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ?

Quelques mois après mon arrivée en Australie, au deuxième trimestre 2015, je faisais du woofing : je travaillais quelques heures par jour en échange du gîte et du couvert. Je me suis retrouvé sur une montagne du Queensland, à environ trois heures de route de Brisbane. Je partageais avec deux filles un logement composé d’un hangar et d’un appartement attenant. Nous commencions à travailler très tôt le matin. L’après-midi, nous prenions notre café en contemplant le paysage : les villes en contrebas, les nuages qui les recouvraient parfois et les montagnes qui émergeaient au-dessus. Autour de nous, la forêt tropicale et une végétation plus familière semblaient se disputer le terrain. Nous passions parfois du temps sur le deck, face à un petit espace dégagé bordé d’arbres. Nous n’osions pas vraiment nous aventurer plus loin. Rien ne semblait sortir de cette forêt, mais je savais qu’elle était pleine d’animaux, d’insectes et de toute une vie que nous ne voyions pas. La nuit, les étoiles nous servaient presque de télévision.


C’était isolé, parfois un peu inquiétant, mais c’était aussi exactement le genre d’endroit dont j’avais rêvé. Loin de la ville, beaucoup de choses auxquelles j’accordais habituellement de l’importance devenaient soudain secondaires. Les vêtements, la manière de me présenter, le fait d’être toujours propre et bien coiffé. Ma coupe de cheveux faisait partie de ces habitudes que j’avais conservées pendant des années sans forcément me demander pourquoi.


Un soir, j’ai décidé de me raser complètement la tête. En France, je n’aurais probablement pas osé le faire aussi facilement. Là-bas, ça m’a paru beaucoup plus simple. J’ai pris une photo et je l’ai publiée.


Je ne l’ai pas publiée parce que j’attendais qu’on me dise si cette coupe m’allait bien ou non. J’avais changé quelque chose dans mon apparence et j’avais envie de le partager. C’est ce que nous faisons tous plus ou moins : nous publions un voyage, un repas, un nouveau logement, une coupe de cheveux, quelque chose qui vient de changer dans notre vie.


Mais partager quelque chose et demander un avis ne sont pas forcément la même chose.


Les réactions sont arrivées presque immédiatement. Certaines étaient positives, d’autres beaucoup moins. On m’a notamment comparé à Britney Spears au moment où elle s’était rasé la tête. Et ce qui a commencé à me travailler n’était pas tellement que quelqu’un aime ou n’aime pas ma nouvelle tête. C’était tout ce que les gens semblaient voir derrière un geste qui, pour moi, était beaucoup plus simple.


Je m’étais rasé la tête.


Pour quelqu’un d’autre, cela pouvait devenir inquiétant. Pour une autre personne, drôle. Pour quelqu’un encore, cela rappelait une célébrité, une crise, une image particulière ou quelque chose qu’il avait déjà vécu.


Le même geste pouvait raconter une histoire différente selon la personne qui le regardait.

Et c’est là que mon cerveau est vraiment parti.


Pourquoi deux personnes peuvent-elles regarder exactement la même chose et ne pas y voir la même chose ? Pourquoi certains comportements nous semblent complètement normaux alors qu’ils paraissent étranges à quelqu’un d’autre ? Pourquoi croyons-nous parfois comprendre les intentions d’une personne simplement en observant ce qu’elle fait ? Et surtout : d’où viennent toutes ces interprétations ?


Sur cette montagne, j’avais du temps. Beaucoup trop de temps pour quelqu’un comme moi. Je buvais du café, je regardais le paysage et je pensais. Puis je pensais au fait que je pensais. Une question en entraînait une autre, puis une autre encore.


Je me suis mis à repenser à ma propre vie. À mon homosexualité, par exemple. Dans ma famille, on m’avait plutôt encouragé à rester discret à ce sujet. À ne pas forcément le dire. À ne pas l’afficher. Pendant longtemps, j’avais suivi cette logique. Des gens pouvaient me poser des questions sur les filles, imaginer une vie hétérosexuelle pour moi, et je laissais faire. Pas nécessairement parce que je voulais mentir, mais parce que dire la vérité me paraissait souvent plus compliqué que de ne rien dire.


Et puis je me suis demandé quelque chose de beaucoup plus simple.


Qu’est-ce que j’avais fait, exactement, pour avoir eu peur de cette partie de moi ?


À force de faire tourner toutes ces questions, elles ont fini par arriver au même endroit. Pas une révélation mystique avec de la musique et une lumière descendant du ciel. Juste une phrase.


I was born good.

C’est la phrase qui m’est venue. En anglais. Et je veux la conserver ainsi parce que c’est exactement sous cette forme qu’elle est apparue dans ma tête.

Je n’étais pas né en ayant honte d’être gay. Je n’étais pas né avec une opinion sur ma coupe de cheveux, sur la réussite, sur l’argent, sur ce qui était respectable ou non, sur la manière dont un homme devait se comporter, sur ce que les autres penseraient de moi. Je n’étais même pas né en sachant que toutes ces catégories existaient.

Tout cela était venu après.


J’avais appris. J’avais observé. J’avais entendu certaines choses et compris certaines autres sans qu’on ait même besoin de me les expliquer. J’avais vécu des expériences agréables, d’autres beaucoup moins. Certaines personnes m’avaient rassuré, d’autres blessé. Et, petit à petit, tout cela avait construit ma manière de regarder le monde.

Puis une autre idée m’est venue.


Si c’était vrai pour moi, alors c’était probablement vrai pour les autres aussi.

La personne qui trouvait ma tête inquiétante n’était pas née en pensant qu’un crâne rasé signifiait quelque chose de particulier. Celle qui pensait immédiatement à Britney Spears non plus. Quelque part dans leur vie, elles avaient associé certaines images, certains comportements ou certaines situations à quelque chose. Exactement comme moi.

Nous étions arrivés dans le monde sans toutes ces interprétations.

Puis la vie avait commencé son travail.

Une famille. Un pays. Une époque. Une langue. Une religion ou son absence. Une école. Un quartier. Des rencontres. Des humiliations. Des encouragements. Des réussites. Des échecs. Des amours. Des peurs. Des pertes. Des choses dont on se souvient et d’autres qu’on a probablement oubliées mais qui ont quand même laissé une trace.


Nous finissons tous par regarder le monde à travers ce que nous avons vécu.

Cela ne veut pas dire que tout se vaut, ni que personne n’est responsable de ce qu’il fait. On peut blesser quelqu’un, mentir, abuser d’un pouvoir ou prendre de mauvaises décisions. Comprendre d’où viennent certains comportements ne les rend pas automatiquement acceptables.

Mais cela change la question.


Pendant longtemps, face à quelque chose qui me faisait mal ou que je ne comprenais pas, j’ai cherché où était le problème. Chez moi. Chez l’autre. Dans ce que j’avais fait. Dans ce qu’il aurait dû faire autrement.

Sur cette montagne, j’ai commencé à envisager une autre possibilité : peut-être que certaines situations ne naissent pas parce qu’une personne est fondamentalement mauvaise et qu’une autre est fondamentalement bonne. Peut-être qu’elles apparaissent lorsque des histoires différentes, construites pendant des années, se rencontrent au même endroit et au même moment.

Certaines rencontres produisent quelque chose de magnifique.

D’autres produisent de la peur, de la colère, de l’incompréhension ou de la douleur.

Et parfois, personne n’avait prévu ce qui allait se passer.

Je suis sorti regarder le ciel et j’ai parlé à Dieu — ou à ce qui pouvait bien être là-haut. Je me souviens surtout d’un immense soulagement. Pas parce que j’avais trouvé une explication à toute ma vie. Mais parce que, pendant quelques instants, je n’avais plus besoin de décider qui était coupable de tout ce que j’avais ressenti.


Puis j’ai posé une autre question :

« Qu’est-ce que je fais maintenant ? »

Cette question, elle, ne m’a jamais vraiment quitté.

Et si je commence ce livre ici, alors que tellement de choses se sont produites avant cette montagne, c’est probablement parce que cette nuit-là a changé la manière dont j’ai commencé à regarder mon histoire.

Je ne voulais plus seulement savoir qui avait eu tort et qui avait eu raison.

Je voulais comprendre comment chacun de nous était devenu la personne qu’il était au moment où nos chemins s’étaient croisés.

Parce qu’avant nos opinions, nos peurs, nos blessures, nos certitudes et toutes les histoires que nous racontons sur nous-mêmes et sur les autres, il y avait quelque chose de beaucoup plus simple.


Nous étions tous nouveaux ici.

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Livre

Préface

Penser trop, s’adapter, chercher le calme.

On m’a dit un nombre incalculable de fois que je pensais trop. Ma famille, mes amis, des médecins, des psys… tout le monde semble avoir eu un avis là-dessus, comme si réfléchir beaucoup était une sorte de panne qu’il fallait réparer. Et évidemment, chaque fois qu’on me disait que je pensais trop, est-ce que j’arrêtais ? Bien sûr que non. Je me mettais à réfléchir au fait que je réfléchissais trop. Qu’est-ce que ça veut dire, exactement, « trop penser » ? Pourquoi certaines personnes semblent pouvoir laisser une question tranquille alors que d’autres ont besoin de la retourner dans tous les sens ? Et voilà comment une remarque de trente secondes peut finir par occuper toute une nuit. Très pratique.


Je me souviens avoir expliqué à un psychiatre, pendant une période où j’étais sans emploi et très mal, que je ne pouvais pas simplement rester chez moi à « me reposer ». Se reposer, pour moi, a toujours été un concept assez abstrait. Si je n’ai rien à faire, mon cerveau trouve quelque chose : le travail, l’argent, les relations, une conversation datant de six ans, une décision qu’on aurait pu prendre autrement, ce qu’on va faire demain, ce qu’on est censé faire de sa vie. Être occupé n’a donc jamais été seulement une question de productivité. Pendant longtemps, c’était surtout une manière de donner quelque chose à faire à mon cerveau avant qu’il ne décide de s’occuper de moi.


Penser autant a été à la fois une chance et un problème. Ça pousse à apprendre, observer, voyager, changer, chercher des explications là où d’autres passent simplement à autre chose. Mais ça peut aussi empêcher de construire quelque chose de solide. Une relation, un foyer, une situation professionnelle : au moindre détail qui dérange ou qui ne semble pas avoir de sens, le réflexe peut être de vouloir comprendre, réparer, corriger. Toute ma vie, j’ai aussi essayé de m’adapter aux autres. Pas tellement pour leur plaire, mais parce qu’ils semblaient posséder quelque chose que je cherchais depuis toujours : du calme. La possibilité de vivre sans avoir constamment quelque chose à résoudre. Et plus j’essayais de m’adapter pour atteindre ce calme, plus j’avais parfois l’impression que mon propre monde devenait instable.


C’est probablement pour cela que ce livre ne sera pas seulement une succession de souvenirs. Je vais partir de ma propre histoire, évidemment, mais surtout des questions qu’elle m’a laissées : qu’est-ce qu’un bon travail ? Jusqu’où peut-on s’adapter ? Pourquoi le regard des autres compte-t-il autant ? Pourquoi certaines relations nous rassurent tandis que d’autres nous épuisent ? Je n’ai pas toutes les réponses — et je change suffisamment souvent d’avis pour ne pas prétendre en avoir une version définitive. C’est aussi pour cela que ce livre sera publié progressivement. Il évoluera avec les souvenirs, les documents, les questions et probablement avec moi. Si j’attends d’avoir parfaitement compris ma vie avant de commencer à la raconter, on risque tous d’attendre longtemps.

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Musique

A Place of My Own — Alicia Keys

Chercher un lieu à soi pour enfin choisir sa vie

Je me souviens être immédiatement tombé amoureux de cette chanson.

Quand Alicia Keys l’a interprétée pour la première fois en public, elle a mis des mots sur quelque chose qui m’accompagne depuis très longtemps :

“Looking for a place to call my own.”

J’ai toujours été en mouvement.

J’ai vécu à différents endroits, je suis parti, revenu, recommencé ailleurs. Et derrière tous ces déplacements, il y a toujours eu cette même envie : avoir enfin un endroit que je puisse vraiment appeler le mien.

Pas simplement un appartement.
Pas simplement une adresse.

Un endroit que j’aurais réellement choisi.

Quand j’y pense, beaucoup de choses que j’ai obtenues dans ma vie l’ont été sous une forme de contrainte : le temps disponible, l’argent que j’avais à ce moment-là, l’urgence, les circonstances, ce qui était possible plutôt que ce que je voulais vraiment.

Même aujourd’hui, l’appartement dans lequel je vis ne me correspond pas vraiment. J’ai envie d’en partir. Et cette vieille recherche est toujours là.

Trouver un lieu dans lequel je ne me sentirais pas simplement installé, mais chez moi.

C’est probablement pour cela que A Place of My Own me touche autant.

Parce que derrière l’idée d’une maison, j’y entends quelque chose de beaucoup plus grand : la possibilité de construire une vie qui ne soit plus seulement une adaptation aux circonstances.

Un espace à soi.
Une vie à soi.
Quelque chose que l’on n’occupe pas par défaut, mais que l’on a choisi.

Et ce qui est étrange, c’est qu’en réécoutant cette chanson aujourd’hui, je ne l’entends plus exactement comme à l’époque.

À l’époque, j’entendais surtout la recherche.

Aujourd’hui, j’entends aussi tout ce qu’il reste encore à construire.


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Essais

Bienvenue dans Notes

Ce que j’apprends, ce que j’écris et ce que je souhaite transmettre.

Cette partie du site me sert à partager ce que j’apprends, ce que j’écris et ce que je souhaite transmettre.


J’y publierai au fil du temps plusieurs types de contenus : des chapitres du livre que j’écris, des réflexions, des documents utiles, des images et des vidéos.

L’idée est simple : faire de cet espace un lieu à la fois personnel et pratique.

On y trouvera donc :

  • des textes liés au livre ;
  • des réflexions et prises de position ;
  • des documents et ressources utiles ;
  • des images ;
  • des vidéos.

Ce n’est pas un blog au sens classique du terme, ni un journal intime. C’est plutôt un espace de publication évolutif, dans lequel je rassemble ce qui mérite d’être partagé, gardé ou transmis.

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