2022 — God Moves in Mysterious Ways

Parcours · 2026-11-01

2022 — God Moves in Mysterious Ways

La France, le pays de la désillusion ! Episode 7

Le titre de l'article se traduit par "Dieu agit parfois de manière mystérieuse." 

Avec le recul, je considère que 2022 a été, d'une certaine manière, le fruit de mes prières. Ou, plus exactement, une année durant laquelle j'ai commencé à recevoir des réponses à certaines questions que je me posais depuis longtemps. Car la prière ne se résume pas à formuler des demandes : elle consiste aussi à poser des questions, à chercher du sens et à essayer de comprendre ce qui nous échappe. Et les réponses ne prennent pas toujours la forme que l'on espère. Elles peuvent arriver à travers des événements qui nous bousculent, nous obligent à sortir de notre zone de confort et nous confrontent à des réalités que nous préférions parfois éviter.

La carte de la Tour illustre assez bien cette idée. Elle représente une construction dans laquelle on peut finir par se retrancher, seul ou collectivement : un couple, une entreprise, une organisation qui s'enferme derrière ses murs, persuadé que c'est là qu'il doit rester et qu'il y trouvera sa protection. Mais parfois, Dieu nous fait redescendre de cette tour. Il fait tomber les certitudes et les protections derrière lesquelles nous nous étions installés, même si la chute est douloureuse.

En janvier 2022, je quitte Sputnik après six mois de CDD. Comme je le racontais dans l'épisode précédent, cette expérience m'avait permis de retrouver une partie de ce que j'avais perdu chez Dietplus : de la confiance, de la spontanéité et le plaisir de travailler dans un environnement où je pouvais à nouveau compter sur mes compétences. Je retrouvais l'envie d'avancer, même si je savais que tout restait à reconstruire.

La suite de l'année allait pourtant mettre cette reprise à rude épreuve. Il n'y a pas eu un événement unique qui aurait, à lui seul, tout fait basculer. C'est plutôt une succession de difficultés qui se sont accumulées : la dégradation persistante de mon état de santé, la perspective de devoir quitter mon logement, des revenus irréguliers, des démarches administratives interminables, une rupture familiale et des expériences professionnelles qui ne m'ont pas permis de retrouver la stabilité espérée.

J'ai continué à chercher des missions, à répondre à des propositions, à développer mon activité indépendante et à solliciter les dispositifs censés accompagner les personnes en difficulté. J'ai également accepté des solutions provisoires, parfois très éloignées de ce que j'avais imaginé pour mon parcours. Je suis passé par plusieurs hébergements, j'ai déménagé avec presque toutes mes affaires dans quelques valises et j'ai fini par retrouver un appartement. Mais retrouver un toit ne signifiait pas pour autant retrouver immédiatement des conditions de vie normales.

Au-delà de la précarité matérielle, c'est aussi la manière dont certaines demandes d'aide ont été accueillies qui m'a marqué. Je n'avais plus de stabilité professionnelle, mes ressources étaient insuffisantes, je risquais de perdre mon logement et je ne pouvais plus réellement compter sur ma famille ni sur une grande partie de mes amis. Je sollicitais les aides et les dispositifs censés soutenir les personnes qui se retrouvent dans une situation comme la mienne. Mais trop souvent, les conseils ont remplacé l'aide concrète.

Cet épisode revient sur une année pendant laquelle j'ai essayé, encore et encore, de remettre ma vie en ordre. Mais il raconte aussi une prise de conscience plus profonde : j'avais beau faire des efforts pour aller mieux, quelque chose dans la manière dont j'étais accompagné ne fonctionnait pas.

Aujourd'hui, je crois commencer à comprendre pourquoi Dieu m'a fait tomber de ma tour. Je pense même que j'en aurai une confirmation très prochainement. Mais pour l'instant, je préfère garder cette partie de l'histoire pour le dernier épisode de la série.


Le brouillard derrière les apparences

En dépit de cette reprise professionnelle et financière, mon état ne s'améliorait pas vraiment. La fatigue persistait et je ressentais un malaise que je n'arrivais pas à expliquer. Je pouvais sortir, voir des amis, sourire sur des photos et donner l'impression que je reprenais ma vie en main. Mais intérieurement, je savais que quelque chose n'allait pas.

Le plus frappant était sans doute le regard que je portais sur moi-même. Je ne me trouvais plus beau, j'avais perdu confiance en mon apparence et il m'arrivait même de ne pas vouloir mettre de photo sur mon CV. Aujourd'hui, en regardant les images de cette période, je ne comprends pas vraiment pourquoi je me dévalorisais autant. Au début de cette histoire, j'étais pourtant quelqu'un qui aimait son apparence, avait confiance en lui et se sentait bien dans sa peau. Le contraste entre la personne que j'étais et celle que je voyais dans le miroir était devenu considérable.

Cette perte de confiance s'inscrivait dans un parcours de santé déjà long. Depuis 2019, j'avais multiplié les rendez-vous et les démarches pour trouver des réponses et aller mieux. En reprenant mon calendrier, j'ai pu recenser environ 90 rendez-vous auprès de différents professionnels et structures. Le recours à cet accompagnement s'était nettement intensifié au fil des années. Ce relevé n'est toutefois pas exhaustif.

Je tiens aussi à distinguer une dizaine de séances avec une professionnelle dont l'accompagnement m'a été particulièrement bénéfique. Ces séances sont comprises dans le décompte, mais cette expérience mérite d'être soulignée tant son aide a été précieuse.

En prenant également en compte les autres consultations, examens et soins, j'estime que l'ensemble de mon parcours approche les 200 rendez-vous de santé. J'avais par ailleurs essayé neuf traitements différents au cours des trois années précédentes, sans parvenir à retrouver durablement mon équilibre.

J'avais fini par chercher moi-même des moyens de mieux comprendre ce qui se passait dans mon corps. L'achat d'une Apple Watch répondait notamment à cette volonté : suivre certaines données, observer les variations et pouvoir poser des questions plus précises lors de mes rendez-vous. Je savais que ces mesures ne constituaient pas un diagnostic médical et qu'elles n'étaient pas fiables à 100 %, mais j'essayais de disposer d'éléments concrets pour mieux comprendre mon état.

La question que je me pose aujourd'hui est assez simple : comment passe-t-on d'une personne qui avait confiance en elle, aimait son image et se sentait bien dans sa vie, à quelqu'un qui, quelques années plus tard, ne se trouve plus beau, doute constamment de lui-même et se sent épuisé en permanence ?

En 2022, je pensais pourtant avoir retrouvé certains outils pour me reconstruire. J'avais un peu plus de ressources, je cherchais du travail et je faisais des efforts pour avancer. Mais derrière cette reprise apparente, mon état restait fragile.

J'étais venu chercher de l'aide pour aller mieux. Plusieurs années plus tard, malgré toutes ces démarches, je ne comprenais toujours pas pourquoi je me sentais aussi mal.


Bloc de texteAparté — Se montrer quand on ne supporte plus son image
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Pendant longtemps, les personnes qui voyaient mon travail de montage vidéo ou les CV originaux et assez graphiques que je réalisais m'ont souvent encouragé à passer devant la caméra. On me disait que j'étais présentable, que mon physique pouvait être un atout et que je devais davantage me montrer. Pourtant, il m'arrivait de ne même pas mettre de photo sur mon CV, tellement j'avais perdu confiance en mon apparence.

À l'automne 2022, après ma nouvelle expérience chez Dietplus, plusieurs années après un premier passage en 2018-2019, j'ai décidé de réaliser une vidéo de présentation pour mes candidatures, en français et en anglais.

Le contexte n'avait rien d'idéal. J'arrivais au terme de mes deux mois de colocation et, pendant une dizaine de jours, je me suis retrouvé seul dans un appartement presque vide, après le départ de son occupant. Je ne voyais presque personne et je n'avais personne pour m'aider. Mon bureau, mon ordinateur et un second écran tenaient dans la petite chambre que j'occupais : c'était tout mon environnement de travail.

C'est dans cette courte fenêtre que j'ai préparé et réalisé mes deux vidéos, en quelques jours seulement. Parler face caméra s'est révélé bien plus difficile que prévu. J'ai dû raccourcir mon texte à plusieurs reprises, jusqu'à ne garder que l'essentiel. Faute de prompteur, je l'affichais en gros caractères sur mon écran et je m'enregistrais avec un petit micro filaire. J'ai commencé par la version française puis, satisfait du montage, j'ai enregistré la version anglaise. En les revoyant aujourd'hui, je constate que le son de cette dernière est nettement meilleur.

J'avais mis beaucoup d'espoir dans ces vidéos : mieux valoriser mon profil et obtenir davantage de réponses à mes candidatures. Les retours ont finalement été peu nombreux. Pourtant, cette présentation a sans doute contribué à me faire décrocher un poste chez Solutions Prompteur, en février 2023.

Avec le recul, ce qui me frappe, ce n'est pas seulement le résultat, mais surtout ce que cette démarche représentait dans le contexte de l'époque. Après une expérience professionnelle éprouvante, un déménagement particulièrement stressant et une période d'isolement, je ne me suis pas résigné. Ma situation de logement était elle-même incertaine : je ne savais pas où je pourrais vivre une fois cette colocation terminée. Comment peut-on passer un entretien avec assurance, défendre ses compétences et inspirer confiance quand on ne sait même pas où l'on habitera dans les prochaines semaines ?

Je me suis véritablement fait violence pour me montrer et prendre la parole face caméra, alors que je n'avais presque plus confiance en mon image. Je voulais retrouver un emploi et j'étais prêt à dépasser mes propres blocages pour y parvenir.

Derrière quelqu'un qui doutait profondément de lui-même et qui ne savait pas de quoi les semaines suivantes seraient faites, il y avait toujours une personne déterminée à s'en sortir et à retrouver sa place professionnellement.


Présentation vidéos réalisées dans un grand stress...

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Perdre son logement

Après avoir retrouvé un peu d'élan professionnel grâce à Sputnik, je pensais pouvoir progressivement remettre de l'ordre dans ma vie. Mais une autre difficulté allait rapidement prendre toute la place : mon logement.

J'occupais mon studio depuis 2018. C'était mon point d'ancrage, le seul endroit où je pouvais véritablement me poser après plusieurs années déjà mouvementées. Pourtant, fin mars 2022, j'ai dû faire face à un congé pour reprise. Je devais quitter les lieux au plus tard le 29 septembre.

La nouvelle a ajouté une pression considérable à une situation déjà fragile. Mes revenus étaient irréguliers, mon activité indépendante ne me garantissait aucune stabilité et trouver un logement sans CDI relevait du parcours du combattant. Je me suis alors lancé dans une course contre la montre : trouver une solution avant de devoir rendre les clés.

J'ai multiplié les recherches, envisagé des colocations et sollicité les dispositifs d'aide au logement. J'avais même demandé un peu de temps supplémentaire pour pouvoir trouver une solution convenable. Mais les semaines passaient et je n'avais toujours rien de suffisamment solide pour envisager la suite sereinement.

Finalement, j'ai quitté mon studio le 1er septembre 2022. Après quatre années, je devais abandonner ce qui avait été mon chez-moi, sans avoir véritablement trouvé de logement pour le remplacer.

Parmi les solutions provisoires que j'ai trouvées, il y a eu cet arrangement avec un homme qui avait répondu à l'une de mes annonces sur les réseaux sociaux.

Les conditions étaient assez particulières : je versais 500 euros par mois, non déclarés, pour occuper le salon et je devais, en contrepartie, m'occuper notamment des arrivées des voyageurs Airbnb, effectuer d'autres tâches liées au logement et gérer l’état des lieux de sortie de cet appartement.

La durée de cet arrangement était limitée à deux mois, car il remettait son appartement en location pour s’installer dans sa maison, alors en construction, dont les travaux devaient se terminer courant novembre 2022.

Honnêtement, compte tenu des conditions d'accès que j'avais rencontrées lors de mes autres recherches de colocation, parfois pour simplement partager un appartement sans même disposer d'un espace réellement indépendant, cet arrangement était plutôt avantageux.

Mais cette colocation avait elle aussi ses particularités. Mon hébergeur était rarement présent et trouvait régulièrement d'autres solutions pour se loger : chez des amis, chez ses parents ou encore dans sa maison en construction. Les deux autres chambres étaient quant à elles occupées par des voyageurs Airbnb, dont certains ne restaient qu'une seule nuit. Je me retrouvais donc moi-même dans un logement où les occupants changeaient régulièrement, avec des arrivées et des départs à gérer. Même dans cette solution d'hébergement, je restais confronté à une certaine instabilité résidentielle.

Malgré ses absences, nous avions pourtant de nombreuses conversations, notamment autour de la spiritualité. Il était hindou et avait installé, dans le salon que j'occupais, une sorte d'autel consacré à plusieurs divinités hindoues. J'étais particulièrement intéressé par le symbolisme associé aux grandes figures de cette religion et nous pouvions échanger longuement sur ces sujets. J'appréciais son côté loufoque, son humour et sa générosité, même si certaines de ses habitudes me surprenaient parfois.

Il avait notamment tendance, lorsqu'il était présent, à mettre la bande originale de la série Dahmer. Cela me préoccupait par moments et m'amenait à m'interroger sur son état d'esprit. Mais, pour être honnête, j'avais tellement de problèmes à gérer de mon côté que j'ai rapidement mis ces interrogations de côté.

Je tiens également à préciser qu'il n'y a jamais eu de contrepartie sexuelle dans cette colocation, ni même de demande en ce sens. Dans les grandes villes comme Paris, où la pénurie de logements place certaines personnes dans des situations de grande vulnérabilité, il arrive que des propriétaires véreux profitent de cette situation pour réclamer des faveurs sexuelles en échange d'un hébergement. Ce n'a pas été mon expérience ici. Je souhaitais néanmoins le préciser, tant ce type de rapport peut exister dans un contexte où l'on a peu de solutions pour se loger.

Cette solution m'a néanmoins permis de gagner un peu de temps. Mais elle avait elle aussi une échéance. Mon hébergeur venait de quitter son emploi et s'offrait un voyage de trois semaines en Inde. À l'approche de son départ, je devais de mon côté me préparer à une nouvelle séparation et gérer un état des lieux de sortie pour un appartement qui n'était pas le mien. Autrement dit, il fallait déjà penser à la suite alors que je n'avais toujours pas trouvé de solution durable.

C'est dans ce contexte, alors que mon inquiétude devait être assez visible, qu'il m'a lancé une phrase qui m'est restée en mémoire :

« Je t'envie un peu car tu n'as plus d'attaches en France, et tu es libre de partir où tu veux, comme un nomade. »

Je pense qu'il voulait probablement me réconforter, ou qu'il voyait les choses sous un angle différent. Mais cette remarque m'avait semblé assez éloignée de ma réalité. Je lui avais pourtant raconté certaines de mes expériences précédentes, notamment en Australie, où j'avais déjà connu des difficultés de logement et des périodes de précarité financière. À l'époque, j'avais attribué une partie de ces difficultés au fait de ne pas être Australien et de séjourner avec un visa de voyage. En revenant en France, je pensais justement ne plus avoir à affronter ce genre de situation puisque j'étais "chez moi", dans mon propre pays.


Ce que certains pouvaient prendre pour une liberté de nomade était, pour moi, l'absence d'un endroit où poser durablement mes affaires.

Après son départ pour l'Inde, où il devait séjourner pendant trois semaines, j'ai effectué l'état des lieux de sortie de l'appartement qu'il occupait en location. Comme je n'avais toujours pas trouvé de solution pour me loger, il m'avait proposé de dormir temporairement dans sa maison, qu'il faisait construire pour ses parents. Elle était encore en travaux, mais vide pendant son absence, et une partie des lieux était suffisamment dégagée pour que je puisse y dormir. Je lui en étais reconnaissant : cela m'évitait de me retrouver sans toit pendant cette période de transition.

Les conditions étaient néanmoins assez rudimentaires. Dans la partie de la maison où je dormais, il n'y avait pas d'eau courante. Je devais donc me débrouiller avec des bouteilles d'eau vides, tandis que les toilettes se trouvaient à l'étage. Je prenais mes douches à la salle de sport, que je payais 20 euros par mois. Ce n'était pas un logement à proprement parler, mais une solution temporaire qui m'a permis de tenir quelques jours de plus.

En parallèle, je poursuivais mes démarches pour obtenir un logement social. J'avais engagé une procédure DALO, mais je m'étais heurté à une difficulté assez paradoxale : il m'avait fallu attendre de disposer d'une adresse de domiciliation pour que ma demande puisse être acceptée. Le 1er novembre 2022, à 4 h 03 du matin, j'ai reçu un mail m'informant d'un changement sur ma demande de logement social. J'ai alors découvert que ma demande DALO avait été acceptée. C'était une étape importante, même si je savais que cela ne signifiait pas que j'allais obtenir un logement social immédiatement… pour au final, n’en jamais avoir eu !

Quelques jours auparavant, le 28 octobre, j'avais visité un appartement à La Courneuve. J'avais réuni les documents nécessaires et j'attendais essentiellement la réponse de l'agence. Le 3 novembre, j'apprenais que ma candidature était retenue. Un ami avait accepté de se porter garant, ce qui avait permis de compléter mon dossier.

Après plusieurs semaines à passer d'une solution provisoire à une autre, j'allais enfin pouvoir emménager dans un appartement à mon nom. Le déménagement était prévu le 8 novembre.

Je n'avais pourtant pas grand-chose pour transporter toute ma vie. J'avais quatre valises : l'une m'appartenait, les trois autres m'avaient été prêtées. J'y avais placé mes vêtements, mes affaires personnelles, mais aussi mon ordinateur et du matériel informatique coûteux. Une bonne partie de ce que je possédais devait tenir dans ces quelques bagages.

Le jour du déménagement, j'ai tout transporté en métro, de Maisons-Alfort à La Courneuve. J'étais déjà en route lorsque, à 10 h 46, alors que je me trouvais à la station La Villette, sur la ligne 7, j'ai reçu un appel m'annonçant que l'état des lieux d'entrée, initialement prévu à 11 heures, était finalement reporté à 17 heures. Sans gène, et de manière totalement décomplexée.

Je n'étais plus qu'à une dizaine de minutes de mon arrivée. Ce changement de dernière minute bouleversait toute mon organisation. La gestionnaire de location me proposait de laisser mes valises dans ses locaux, sans aucune pression. Cela m'obligeait à modifier mon itinéraire et à réorganiser le transport de mes autres affaires.

Elle m'a expliqué que les clés étaient entre les mains d'un tiers, alors qu'elle devait normalement réaliser l'état des lieux. Elle devait prendre son après-midi et laissait entendre que sa présence à 17 heures constituait déjà un arrangement de sa part. Encore, dans un calme total. J'avais du mal à comprendre pourquoi je devais subir les conséquences d'une organisation qui n'était pas de mon fait, alors que le rendez-vous avait été fixé à 11 heures.

Une solution a finalement été évoquée pour les valises : elle en prendrait deux en voiture avec un collègue, tandis que je récupérerais les deux autres et devrais reprendre les transports en commun seul. À ce stade, j'étais déjà suffisamment stressé par la situation et j'ai préféré couper court à la discussion.

Une partie de mes affaires se retrouvait ainsi confiée à une personne que je venais à peine de rencontrer et dont la nonchalance était pour le moins spectaculaire ; je ne savais pas vraiment dans quelles conditions elles seraient transportées. Je devais parallèlement reprendre contact avec les personnes qui m'aidaient pour le reste du déménagement et réorganiser toute la suite de la journée, alors que j'étais psychologiquement à bout. À plusieurs reprises, j'ai senti les larmes monter, avec cette envie irrépressible de fondre en sanglots. C'était particulièrement difficile pendant les moments de répit, notamment dans le métro, lorsque je me retrouvais seul face à mes pensées.

Je regardais mes quatre valises et je prenais brutalement conscience de ce que j'étais en train de vivre. Avant de quitter mon appartement à Paris, j'avais déjà dû me séparer d'une grande partie de mes affaires. Ces quatre valises ne contenaient donc plus que l'essentiel : les quelques biens que j'avais réussi à conserver et que j'avais mis tant de temps, d'efforts et d'argent à m'offrir. Je devais maintenant m'inquiéter de leur transport et de leur sécurité. Sans cette solution de logement, j'aurais probablement dû me séparer de la majeure partie de ce qu'il me restait, faute d'avoir un endroit où l'entreposer.

Ce qui rendait cette journée encore plus difficile à vivre, c'est que j'avais pourtant enfin trouvé un appartement.J'aurais dû pouvoir ressentir du soulagement, voire commencer à me réjouir de cette nouvelle étape. Mais au lieu de cela, j'étais submergé par le stress, l'épuisement et l'angoisse. Je n'avais toujours pas la possibilité de souffler. J'avais le sentiment de voir une nouvelle fois ma vie m'échapper, alors même que je pensais enfin sortir de cette instabilité.

J'ai malgré tout réussi à rester courtois. Le lendemain, j'ai envoyé un courriel à l'agence pour expliquer ce qui s'était passé et demander notamment le remboursement des frais liés à l'état des lieux d'entrée. J'y décrivais le stress et la frustration occasionnés par ce changement de dernière minute, même si, sur le moment, j'avais fait de mon mieux pour ne rien laisser paraître.

L'état des lieux avait d'ailleurs été réalisé dans des conditions qui ne m'avaient pas permis de prendre le temps nécessaire. Épuisé par la journée et pressé par les circonstances, j'avais signé dans la pénombre et dans la précipitation. J'avais ensuite relevé plusieurs observations qu'il me semblait important de faire ajouter. 

Le 8 novembre 2022, j'avais donc enfin retrouvé un logement. Mais l'emménagement ne signifiait pas pour autant que tout était réglé. L'appartement était très sommairement équipé et je n'avais pas de véritable lit. Pendant un temps, j'ai dormi sur un matelas très fin posé directement sur le carrelage froid.

Pour surélever ce matelas, j'ai fini par récupérer quatre palettes auprès d'un commerce, dans ma rue. Elles étaient usagées, sales et encore couvertes de terre. Je les ai utilisées comme sommier de fortune. C'était loin de l'installation que l'on imagine lorsqu'on emménage dans un nouvel appartement, mais cela me permettait au moins de ne plus dormir directement sur le sol.

J'ai terminé cette année seul, dans ce nouveau logement encore presque vide. Noël et le réveillon du Nouvel An se sont déroulés sans célébration particulière. J'ai passé ces journées chez moi, souvent à dormir, sans programme et sans véritable moment de fête.

J'avais néanmoins trouvé un emploi à temps partiel comme plongeur dans un restaurant universitaire. Cette activité me permettait de reprendre progressivement le travail, mais le fonctionnement de mon contrat posait des difficultés financières : les heures que j'effectuais n'étaient rémunérées qu'à la fin du mois suivant. Je devais donc attendre plusieurs semaines avant de percevoir le salaire correspondant au travail déjà effectué.

Après avoir perdu mon studio, connu plusieurs hébergements provisoires, transporté mes affaires d'un endroit à l'autre et passé des semaines à chercher une solution, j'avais enfin une adresse à moi. Mais retrouver un logement et un emploi ne signifiait pas encore avoir retrouvé une véritable stabilité.

J'avais retrouvé un toit, mais il me restait encore à retrouver le sentiment d'être chez moi.


Bloc de texteAparté — Le DALO : un droit au logement, mais une longue attente et rien de sûr
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Le DALO (Droit au logement opposable) est un recours destiné aux personnes qui ne parviennent pas à accéder à un logement décent et indépendant par leurs propres moyens. Il concerne notamment :

  • Les personnes sans logement.
  • Les personnes menacées de perdre leur logement sans solution de relogement.
  • Les personnes vivant dans des conditions de logement indignes.
  • Les personnes qui attendent depuis trop longtemps un logement social sans obtenir de proposition adaptée.

L'objectif est de permettre à ces personnes de faire reconnaître officiellement le caractère prioritaire et urgent de leur situation. Si la commission de médiation leur donne raison, l'État a alors l'obligation de leur proposer une solution de logement adaptée.

Mais cette procédure a aussi ses limites : elle prend du temps. En Île-de-France, la commission dispose normalement de trois mois pour examiner un dossier complet. Une fois la personne reconnue prioritaire, le préfet dispose ensuite d'un délai de six mois pour lui proposer un logement adapté.

Et même après un avis favorable, tout n'est pas réglé pour autant. Il faut continuer à actualiser sa demande de logement social, rester joignable, répondre aux sollicitations et attendre qu'une proposition concrète se présente. Ensuite, le bailleur doit encore examiner le dossier, organiser son passage en commission d'attribution et confirmer définitivement la candidature. Autrement dit, être reconnu prioritaire ne signifie pas avoir immédiatement un logement : il reste encore plusieurs étapes avant de pouvoir signer un bail et récupérer les clés.

C'est particulièrement difficile à vivre lorsqu'on est déjà sous la menace d'un congé pour reprise. Dans mon cas, je devais quitter mon logement dans un délai de six mois.

En clair, la loi permet à un propriétaire, lorsqu'il respecte les conditions légales, de mettre fin au bail et de récupérer son logement, même si son locataire n'a nulle part où aller. On peut donc légalement se retrouver à la rue sans avoir commis la moindre faute, simplement parce que le propriétaire a décidé de reprendre son bien. Et si le locataire ne part pas à l'échéance, une procédure judiciaire peut ensuite aboutir à son expulsion.

Le problème, c'est que pendant que le propriétaire dispose de six mois pour récupérer son logement, le locataire doit trouver un autre toit, constituer des dossiers et attendre les décisions administratives. La date à laquelle on risque de se retrouver dehors, elle, n'attend pas que l'administration, tout en suivant son propre rythme, ait trouvé une solution.

Il y avait également une autre difficulté dans mon cas : il fallait que j'obtienne une adresse de domiciliation pour que ma demande puisse être acceptée. Je devais donc trouver une adresse administrative alors que toute ma démarche consistait justement à faire reconnaître mon instabilité résidentielle. Une situation assez paradoxale.

Finalement, le 1er novembre 2022, à 4 h 03 du matin, j'ai reçu un courriel automatique du service du logement social m'indiquant qu'un nouvel événement avait été ajouté à ma demande. C'est par cette notification, reçue en pleine nuit, que j'ai découvert l'évolution favorable de mon dossier.

Il faut toutefois replacer cette notification dans son contexte. Quelques jours auparavant, le 28 octobre, j'avais visité un appartement à La Courneuve. De mémoire, j'avais déjà réuni tous les documents nécessaires et j'attendais essentiellement la réponse de l'agence. Mon dossier avait également bénéficié d'un appui au sein de celle-ci, un élément qui a finalement contribué à son acceptation. Je préfère rester discret sur les circonstances de cet appui.

La reconnaissance de ma situation au titre du DALO arrivait donc au moment où une possibilité concrète de relogement commençait également à se dessiner. Mais je n'avais pas encore reçu la confirmation définitive de l'agence. Il me fallait encore attendre et espérer que cette nouvelle piste aboutisse.




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