Les deux années invisibles : chercher du travail quand on n’arrive déjà plus à tenir debout

Travail · 2026-10-28

Les deux années invisibles : chercher du travail quand on n’arrive déjà plus à tenir debout

La France, le pays de la désillusion ! Episode 5

Revenons à la chronologie initiale.


Après mon licenciement de Dietplus, j’ai traversé deux années de chômage qui ont profondément marqué ma vie. De l’extérieur, on aurait pu croire qu’il suffisait de retrouver un emploi pour que tout rentre dans l’ordre. Il fallait chercher, envoyer des candidatures, répondre aux annonces, se rendre disponible et continuer à avancer jusqu’à ce qu’une opportunité se présente.

C’est ce que j’ai essayé de faire. Je cherchais du travail quotidiennement. Pourtant, autour de moi, certains semblaient avoir une explication beaucoup plus simple à ma situation : si je ne retrouvais pas d’emploi, c’était forcément que je ne faisais pas assez d’efforts, que je m’y prenais mal ou que j’étais responsable de ce qui m’arrivait.

Ces remarques étaient d’autant plus difficiles à supporter que je passais déjà une grande partie de mon temps à me demander ce que j’aurais pu faire autrement. Je cherchais des solutions, je repassais mes décisions en revue, j’essayais de comprendre comment sortir de cette situation. Je n’avais pas besoin qu’on m’apprenne que j’étais au chômage. Je le vivais chaque jour, avec les conséquences financières, sociales et psychologiques que cela impliquait.

Ce que les autres ne voyaient pas, c’est que je ne me battais pas uniquement pour retrouver un travail. Je tentais aussi de comprendre ce qui m’arrivait intérieurement. Je ne savais pas encore clairement comment nommer cet état, ni pourquoi des choses qui m’avaient paru simples auparavant devenaient progressivement si difficiles. Je continuais à chercher un emploi tout en essayant de lutter contre un mal-être qui prenait de plus en plus de place.


Quand les gestes les plus simples deviennent des épreuves

Je passais une grande partie de mes journées seul, chez moi, souvent au lit. Je n’avais pas les moyens de sortir régulièrement, de multiplier les activités ou de compenser cette période par des loisirs. L’argent manquait, et cette précarité réduisait encore davantage mon espace de vie.

On imagine parfois que le chômage offre du temps libre. Mais disposer de temps ne signifie pas disposer de l’énergie nécessaire pour en faire quelque chose. Mes journées pouvaient se résumer à attendre de retrouver suffisamment de force pour me lever, me doucher, m’habiller ou commencer une tâche. Je pouvais ouvrir les yeux et rester allongé, en espérant qu’un peu d’énergie finisse par arriver.

Cette attente était épuisante en elle-même. Plus je restais inactif, plus mon rythme de sommeil se dégradait. Et moins je dormais correctement, moins j’avais d’énergie le lendemain. Je me retrouvais enfermé dans un cercle dont je ne comprenais pas toujours les mécanismes.

Il m’arrivait d’avoir un moment où je me sentais capable de faire plusieurs choses. Je pouvais alors prévoir ce que j’allais accomplir dans la journée, persuadé que j’allais enfin reprendre le dessus. Puis, parfois au milieu d’une tâche ordinaire, mon énergie s’effondrait. Mon humeur changeait, l’anxiété remontait et ce qui m’avait semblé réalisable quelques heures auparavant devenait insurmontable.

Même faire les courses pouvait se transformer en épreuve. Les magasins se trouvaient pourtant à quelques mètres de chez moi. Il ne s’agissait pas d’un long trajet ni d’une difficulté matérielle particulière. Mais je pouvais appréhender le simple fait de sortir, avoir peur d’oublier des produits, ne plus réussir à organiser ce que j’avais à faire ou redouter de manquer d’énergie avant d’avoir terminé.

Je devais mobiliser une quantité disproportionnée d’efforts pour une activité que je considérais auparavant comme banale. Il fallait penser à la liste, anticiper le déplacement, réussir à sortir, rester concentré, choisir les produits, rentrer et ranger les courses. Chaque étape semblait pouvoir devenir un problème supplémentaire.

Parfois, je repoussais l’action en attendant de me sentir mieux. Mais cette attente pouvait durer. Et lorsque je me forçais à agir malgré tout, l’effort pouvait me laisser encore plus épuisé, anxieux ou en larmes.

Je ne parvenais pas toujours à penser clairement. J’avais l’impression d’avoir la tête encombrée, de tourner en rond dans mes pensées sans parvenir à les organiser. Plus je cherchais à comprendre ce qui m’arrivait, plus je pouvais me sentir bloqué. Je voulais trouver une solution, reprendre le contrôle et avancer, mais je n’arrivais même pas toujours à accomplir les tâches nécessaires à mon quotidien.

Le plus difficile était peut-être de constater ce décalage entre ce que je voulais faire et ce que j’arrivais réellement à faire. Je n’avais pas renoncé à m’en sortir. J’avais simplement de plus en plus de mal à transformer mes intentions en actes.


Chercher du travail tout en essayant de se sauver soi-même

Pendant cette période, je devais continuer à chercher du travail. Cette obligation ne disparaissait pas parce que j’allais mal. Il fallait penser à mon avenir, à mes ressources, à ma situation et à la possibilité de retrouver une stabilité.

Mon esprit ne se reposait jamais vraiment. Même lorsque je restais au lit, je réfléchissais. Je repassais les événements en revue, je m’interrogeais sur mes choix, je cherchais à comprendre ce qui n’avait pas fonctionné et comment éviter de me retrouver à nouveau dans une situation semblable. Le temps que j’avais devant moi ne se transformait pas nécessairement en repos : il devenait souvent un espace dans lequel mes inquiétudes pouvaient se multiplier.

J’essayais aussi de gérer ce que je ressentais, de comprendre mes réactions et de trouver de l’aide. Mais les démarches pour aller mieux demandaient elles-mêmes de l’énergie, de la concentration et une capacité à expliquer clairement ce que je vivais. Or, ces ressources étaient précisément celles qui me manquaient.

J’ai également été confronté à des remarques inadaptées de la part de professionnels de santé et à des promesses vagues de la part de personnes censées m’aider à retrouver un emploi. J’attendais de ces interlocuteurs qu’ils m’aident à comprendre ma situation ou à avancer concrètement. Trop souvent, j’en ressortais avec le sentiment de ne pas avoir été compris, ou avec l’impression que la responsabilité de trouver seul une solution me revenait encore.

À cela s’ajoutaient les conseils de mon entourage. Beaucoup de personnes avaient une suggestion à me faire, une idée à essayer, une solution qui leur paraissait évidente. Certaines me conseillaient de refaire mon CV. Je l’avais pourtant déjà retravaillé un nombre incalculable de fois. Je cherchais à l’améliorer, à l’adapter, à le présenter différemment. Entendre une nouvelle fois qu’il fallait commencer par là me donnait le sentiment que tout ce que j’avais déjà entrepris était ignoré. Comme si le problème venait forcément d’un CV mal conçu, et non d’une situation plus complexe que quelques modifications de mise en page ou de formulation.

D’autres me conseillaient de partir ailleurs, de voyager, de changer d’air. L’idée pouvait sembler séduisante pour quelqu’un qui me voyait enfermé dans une période difficile. Mais avec quel argent ? Mes allocations chômage ne me permettaient déjà pas de régler toutes mes factures dans les délais, encore moins de mettre de côté ou de m’accorder des plaisirs. Je devais compter, arbitrer, renoncer. Voyager n’était pas une possibilité que je refusais par manque d’ouverture d’esprit : c’était une option que mes moyens financiers ne me permettaient tout simplement pas d’envisager sereinement.

Ces conseils avaient parfois quelque chose d’irritant, parce qu’ils semblaient faire abstraction de la réalité matérielle dans laquelle je vivais. On me proposait des solutions qui supposaient précisément que je dispose de ressources financières, physiques ou mentales que je n’avais plus. Il suffisait, dans ces raisonnements, de changer de décor, de refaire un document ou de prendre une décision pour que les choses repartent. Mais personne ne pouvait décider à ma place que j’aurais soudain l’argent nécessaire, l’énergie de sortir du lit ou la capacité de reprendre une vie normale.

D’autres encore me suggéraient de travailler dans la restauration ou l’hôtellerie. Là aussi, le conseil pouvait sembler logique sur le papier : ces secteurs recrutent, il faut bien trouver un emploi, alors pourquoi ne pas y retourner ? Sauf que j’avais déjà multiplié les expériences dans ces domaines. J’avais justement cherché à m’en éloigner pour ne plus subir le stress que ces postes pouvaient engendrer. [Plus de précisions dans le bloc aparté, plus bas]

Il y avait surtout une contradiction que ces recommandations ne semblaient pas prendre en compte. À cette période, je pouvais déjà éprouver de grandes difficultés à sortir du lit, à mobiliser suffisamment d’énergie pour accomplir une tâche ordinaire ou même à affronter des échanges sociaux basiques. Comment aurais-je pu raisonnablement envisager un poste où il aurait fallu gérer, tout au long d’un service, des clients parfois alcoolisés, mécontents ou agressifs, tout en maintenant un rythme soutenu et une attitude professionnelle ?

Ce n’était pas une question de mépris pour ces métiers, ni une manière de considérer que j’étais au-dessus de certains emplois. C’était au contraire une question de lucidité sur mon état et sur les raisons qui m’avaient conduit à vouloir quitter ces environnements. Me conseiller d’y retourner sans tenir compte de mon parcours ni de mes limites du moment revenait à me proposer de reprendre une activité dont j’avais déjà constaté les difficultés, alors que je peinais à gérer le quotidien le plus élémentaire.

Le plus frustrant, dans ces échanges, était que je devais souvent expliquer que j’avais déjà essayé ce qu’on me recommandait. Je l’avais déjà fait, ce CV. J’avais déjà exploré ces pistes professionnelles. J’avais déjà envisagé différentes possibilités. Mais au lieu d’ouvrir une discussion sur ce qui avait été tenté, sur les obstacles rencontrés ou sur les autres solutions envisageables, les conversations pouvaient revenir au point de départ, comme si je n’avais rien entrepris.

À force, j’avais l’impression de devoir justifier non seulement ma situation, mais aussi chacune de mes démarches. Je devais prouver que j’avais cherché, que j’avais réfléchi, que j’avais essayé, que j’avais des raisons de refuser certaines propositions. Et plus je tentais de l’expliquer, plus je risquais de donner l’impression de me chercher des excuses.

Je ne prétends pas que tous ces conseils partaient d’une mauvaise intention. Certaines personnes voulaient probablement m’aider avec les moyens dont elles disposaient. Mais une intention positive ne garantit pas que le conseil soit adapté, ni qu’il soit utile à celui qui le reçoit. À certains moments, ce dont j’avais besoin n’était pas d’une nouvelle liste de choses à faire. J’avais besoin que quelqu’un écoute ce que j’avais déjà tenté, comprenne ce qui m’empêchait d’avancer et m’aide à identifier une solution réellement accessible.

J’ai reçu beaucoup de conseils, parfois de longs messages vocaux pour m’expliquer ce que je devrais faire. En revanche, les conseils ne se transformaient pas en aide concrète. Je ne parle pas nécessairement de trouver quelqu’un qui aurait pu résoudre tous mes problèmes à ma place. Mais il y avait une différence entre m’expliquer une nouvelle fois comment je devais m’y prendre et m’aider matériellement à franchir une étape devenue difficile.

Je recevais des recommandations sur la manière de chercher du travail, de changer d’environnement ou de reprendre certaines activités. Mais je ne voyais pas, en face, d’aide physique ou financière comparable à l’énergie consacrée à me conseiller. Personne ne pouvait évidemment être tenu de régler ma situation à ma place. Ce qui me manquait, c’était surtout le sentiment que quelqu’un comprenait les contraintes concrètes auxquelles je faisais face et cherchait avec moi comment les contourner, plutôt que de me renvoyer systématiquement à ce que je devais encore accomplir.

À force d’entendre des solutions que j’avais déjà envisagées ou essayées, j’ai fini par me fatiguer de devoir toujours répondre la même chose : « Je l’ai déjà fait. » Cette phrase résumait une partie de mon découragement. Elle ne signifiait pas que j’avais tout essayé ou qu’il n’existait plus aucune possibilité. Elle signifiait que je ne supportais plus de devoir repartir de zéro dans chaque conversation, comme si mes efforts précédents n’avaient jamais existé.

Je finissais par anticiper ces échanges. Avant même de parler de mes difficultés, je pouvais imaginer les conseils qui allaient suivre, les explications que je devrais fournir et les objections auxquelles je devrais répondre. Parler devenait une tâche supplémentaire. Il fallait trouver les mots, raconter une nouvelle fois la situation, démontrer que je ne restais pas volontairement inactif, puis essayer de faire comprendre pourquoi la solution proposée n’était pas aussi simple qu’elle en avait l’air.

J’avais déjà du mal à organiser mes pensées et à expliquer clairement ce que je vivais. Devoir constamment argumenter pour faire reconnaître la réalité de mes difficultés accentuait cette fatigue. J’ai progressivement moins parlé, moins sollicité les autres et gardé davantage de choses pour moi. Ce retrait n’était pas nécessairement ce que je souhaitais au départ. Il s’est installé, en partie, parce que les échanges censés m’aider finissaient parfois par m’épuiser davantage.

À force, je finissais par douter de ma propre manière de raconter les choses. Est-ce que je m’exprimais mal ? Est-ce que je n’arrivais pas à expliquer suffisamment clairement mes difficultés ? Pourquoi fallait-il toujours recommencer, reformuler, justifier ce que je ressentais ?

Ma situation évoluait, et mes explications aussi. Ce que je vivais un jour n’était pas nécessairement identique quelques semaines plus tard. Il m’était difficile de donner un récit parfaitement stable de quelque chose qui, précisément, ne l’était pas. Pourtant, cette évolution pouvait rendre mes difficultés moins crédibles aux yeux de certaines personnes.

J’ai alors parfois essayé de masquer une partie de mon mal-être, de sourire, de donner le change ou de laisser croire que les choses s’amélioraient. Ce n’était pas parce que j’allais réellement mieux, mais parce qu’il devenait épuisant de devoir constamment convaincre les autres que je ne choisissais pas cet état.

Il y avait une contradiction permanente : je devais fournir des efforts pour chercher du travail, me soigner, conserver des relations et expliquer mes difficultés, alors que l’épuisement que je ressentais rendait précisément ces efforts de plus en plus difficiles.

Petit à petit, je me suis donc retranché sur moi-même. Ce n’était pas simplement parce que je ne voulais plus voir personne. C’était aussi parce que je n’avais plus la force de répéter mon histoire, de défendre mes choix et de répondre à des conseils qui ne tenaient pas compte de ce que j’avais déjà tenté. Je pouvais avoir besoin d’aide et, dans le même temps, ne plus avoir l’énergie de la demander.

C’est ainsi que la solitude s’est installée davantage : non seulement parce que j’avais peu de moyens pour sortir et que mon état rendait les activités quotidiennes difficiles, mais aussi parce que les échanges eux-mêmes étaient devenus éprouvants. J’avais besoin qu’on m’écoute sans présumer que je n’avais pas fait les efforts nécessaires. J’avais besoin qu’on reconnaisse que je cherchais déjà des solutions. Et j’avais besoin, parfois, que l’on cesse de m’expliquer ce que je devais faire pour simplement essayer de comprendre ce que j’étais en train de vivre.


Bloc de texteAparté — Ce que l’accusation de fénéantisme efface
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Parmi les remarques qui revenaient le plus souvent pendant ces années, il y avait celles qui réduisaient ma situation à un simple manque de volonté. Si je ne retrouvais pas d’emploi, ou si je peinais à avancer, c’était forcément que je ne faisais pas assez d’efforts, que je choisissais de rester inactif, ou que je n’avais pas réellement envie de m’en sortir. Ces jugements étaient d’autant plus difficiles à entendre qu’ils semblaient ignorer complètement le parcours que j’avais déjà derrière moi.

J’ai occupé des postes dans des domaines très différents. J’ai travaillé en restauration, en propreté, en manutention, dans l’animation, dans la vente, dans la communication, dans le montage vidéo, dans le service après-vente et dans des environnements aussi variés qu’un parc à thème, des restaurants, des fermes, des boîtes de nuit, une mairie, un Apple Store ou des entreprises de communication. À chaque fois, j’ai dû m’adapter à de nouvelles consignes, à de nouveaux rythmes, à de nouvelles équipes et à de nouvelles exigences. Je n’ai pas construit un parcours linéaire ni confortable. J’ai enchaîné des expériences très concrètes, parfois physiques, parfois techniques, parfois relationnelles.

Certaines de ces périodes ont été particulièrement intenses. Il m’est arrivé de travailler sept jours sur sept. Il m’est aussi arrivé d’enchaîner des plages de jour et de nuit, dans des contextes où le rythme ne laissait pas beaucoup de place au repos. Ces configurations n’étaient pas exceptionnelles dans certains des secteurs que j’ai traversés, notamment en restauration, en hôtellerie ou dans l’environnement d’un parc à thème. Elles demandaient de tenir dans la durée, de gérer la fatigue accumulée et de continuer à assumer les tâches demandées même lorsque le corps et la concentration commençaient à fléchir. Ce n’étaient pas des périodes où l’on pouvait se contenter d’être présent : il fallait réellement produire, suivre les consignes et s’intégrer à des équipes qui comptaient sur chacun.

Certaines des personnes qui me parlaient de fénéantisme ou qui laissaient entendre que je ne voulais pas m’en sortir n’avaient, de leur côté, jamais eu à tenir un poste de plongeur, à assurer la propreté dans un parc à thème, à enchaîner des services en restauration, à porter des bagages, à gérer des flux de clients ou à travailler dans des conditions où l’on reste longtemps debout, où l’on manipule des charges, où l’on supporte le bruit, la chaleur ou les remarques du public. Ces métiers ne sont pas des idées abstraites. Ils demandent de la présence, de l’endurance, une capacité à suivre des procédures strictes et à maintenir un niveau d’exigence même lorsque l’on est fatigué. J’ai exercé plusieurs d’entre eux, à différents moments de ma vie, y compris sur de longues périodes à Disneyland Paris où j’ai occupé successivement des postes d’employé de propreté, d’employé de restauration, d’employé d’attraction, de vendeur, d’animateur de personnage, de bagagiste et de manutentionnaire.

Dans la majorité de ces expériences, j’ai été plutôt bien considéré par mes collègues et par mes responsables. On ne m’a pas systématiquement reproché un manque d’implication ou une incapacité à tenir un poste. Au contraire, plusieurs de ces emplois se sont prolongés ou se sont enchaînés parce que j’avais montré que je pouvais apprendre, m’intégrer et assumer les tâches qui m’étaient confiées. Cela ne signifie pas que tout a toujours été simple, ni que je n’ai jamais rencontré de difficultés. Cela signifie simplement que l’idée selon laquelle je n’aurais jamais su travailler, ou que je me serais toujours dérobé dès que quelque chose devenait exigeant, ne correspond pas à ce que j’ai effectivement fait pendant des années.

L’accusation de fénéantisme, ou celle qui consiste à dire que je ne voulais pas m’en sortir, a ceci de particulier qu’elle n’a pas besoin de connaître le détail d’un parcours pour être formulée. Elle peut s’appuyer sur une période difficile, sur un refus, sur une fatigue visible ou sur l’absence de résultat immédiat. Elle efface alors ce qui a précédé : les postes tenus, les adaptations réalisées, les environnements traversés, les semaines à sept jours et les enchaînements de jour et de nuit. Elle transforme une période de vulnérabilité en un trait de caractère permanent, comme si les années pendant lesquelles j’avais déjà travaillé dans des conditions parfois peu confortables et à des rythmes soutenus n’avaient jamais existé.

Je ne prétends pas que mon parcours m’exonère de toute responsabilité ou qu’il rende impossible toute critique. Mais il rend au moins une chose difficile à soutenir : l’idée que je n’aurais jamais su ce que c’est que de travailler, ou que je me serais systématiquement dérobé dès que l’effort devenait concret. Ceux qui ont formulé ce type d’accusation n’avaient souvent pas à justifier, de leur côté, qu’ils avaient eux-mêmes tenu des postes physiques, répétitifs ou peu valorisés, ni qu’ils avaient connu des périodes où l’on travaille sans jour de repos ou en alternant jour et nuit. Ils pouvaient parler de volonté sans avoir à décrire ce que ces métiers demandaient réellement au quotidien. De mon côté, ces expériences existaient déjà. Elles ne m’ont pas empêché de traverser une période où certaines tâches ordinaires sont devenues difficiles. Elles montrent simplement que cette période ne peut pas être réduite à une absence d’effort ou à un refus de s’en sortir.


Une proposition à 4 000 euros, et le procès en manque de volonté

Parmi les épisodes qui m’ont particulièrement marqué pendant cette période, il y a celui d’un ami qui vivait à l'étranger. De mémoire, il m’avait proposé une mission rémunérée autour de 4 000 euros. Sur le papier, c’était une somme importante pour quelqu’un qui traversait une période de chômage et de précarité financière. Mais cette mission nécessitait de réaliser des animations en motion design, et mon outil de travail était un iMac datant de 2010 (pas puissant du tout).

Je savais ce que ce matériel pouvait encore faire, mais aussi ce qu’il ne pouvait plus garantir. Accepter une mission technique sans disposer d’un ordinateur adapté, c’était prendre le risque de ne pas pouvoir produire le travail demandé dans de bonnes conditions. Il ne suffisait pas qu’une somme soit annoncée pour que les moyens de la gagner existent réellement.

J’ai donc refusé.

Mon refus a été très mal accepté. Au lieu d’entendre les raisons matérielles que j’avançais, cet ami m’a accusé de ne pas vouloir travailler, comme si je choisissais volontairement de rester au chômage et de continuer à vivre dans la difficulté. Dans son raisonnement, je disposais d’une occasion de gagner de l’argent : si je ne la saisissais pas, c’était donc que je ne voulais pas m’en sortir.

Cette interprétation effaçait complètement la réalité de ma situation. Elle transformait une contrainte technique en défaut de caractère et une décision prudente en preuve supposée de mauvaise volonté. Je devais non seulement affronter mes difficultés, mais encore me défendre contre l’idée que je les entretenais volontairement.

Ce qui me frappait, c’était cette facilité avec laquelle quelqu’un pouvait juger mes choix sans avoir à vivre leurs conséquences. Si j’avais accepté la mission et échoué faute de matériel adapté, j’aurais dû assumer les conséquences professionnelles. Mais puisque je refusais de prendre ce risque, on pouvait me reprocher de ne pas faire assez d’efforts. Dans les deux cas, il semblait possible de me donner tort.

Par la suite, les remarques se sont répétées. Je les ai progressivement vécues comme une forme de harcèlement moral : des commentaires récurrents, humiliants à mes yeux, qui revenaient régulièrement sur mon manque d’argent et semblaient toujours ramener mes difficultés à une prétendue absence de volonté.

Lorsque mon téléphone, très abîmé et cassé, rendait les conversations difficiles à entendre, il pouvait s’énerver et me lancer qu’il était temps de m’acheter « le nouvel iPhone ». Pas simplement un téléphone fonctionnel, non : le nouvel iPhone. Comme si le problème se résumait à mon incapacité à m’offrir le dernier modèle, et comme si cette dépense constituait une évidence pour quelqu’un qui peinait déjà à financer les besoins ordinaires de son quotidien.

Lorsque je n’avais pas les moyens de sortir au restaurant, les remarques du même genre revenaient. Il y avait toujours une petite phrase, une réflexion censée me faire réagir, peut-être me piquer au vif, peut-être me pousser à me dépasser. Je ne peux pas affirmer ce qu’il cherchait réellement à provoquer. Mais je peux dire ce que cela produisait chez moi : cela ne me motivait pas. Cela m’éloignait.

Il est facile de transformer la pauvreté de quelqu’un en leçon de motivation lorsqu’on n’a pas à vivre ses contraintes. Il est facile de lui expliquer ce qu’il devrait acheter, où il devrait sortir ou ce qu’il devrait faire de sa vie quand on n’est pas celui qui doit compter chaque dépense. Un conseil qui ignore les moyens réels de la personne à laquelle il s’adresse finit par ressembler moins à une aide qu’à une humiliation.

Je ne demandais pas qu’on me félicite de ne pas avoir d’argent. Je ne cherchais pas à faire de ma précarité une vertu. Je voulais simplement qu’on comprenne qu’entre ne pas vouloir travailler et ne pas pouvoir raisonnablement accepter une mission dans des conditions inadaptées, il existe une différence fondamentale.

Ce qui rendait ses remarques encore plus difficiles à accepter, c’était le décalage entre la manière dont il jugeait mes choix et certains aspects de son propre parcours.

Il y a une certaine ironie à voir quelqu'un qui a connu les coulisses du commerce de son propre corps se poser en arbitre de la volonté de travailler des autres. Chacun fait ses choix, chacun assume son parcours. Je n'ai jamais prétendu être moralement supérieur à qui que ce soit. Mais je n'ai pas davantage accepté de sacrifier mes propres limites pour de l'argent, et je n'ai certainement pas accepté que quelqu'un me fasse la morale sur mon honnêteté ou ma volonté de m'en sortir.

Je ne lui reprochais pas d'avoir eu un parcours différent du mien. Ce que je lui reprochais, c'était de s'autoriser à me regarder de haut, comme si ma situation financière lui donnait le droit de juger ma valeur, mon courage et mon envie de travailler.

Au fond, ce qui me blessait n’était pas qu’il me parle d’argent. C’était qu’il utilise mon manque d’argent comme un argument contre moi, tout en se présentant en donneur de leçons. Je devais déjà gérer le chômage, l’épuisement, les démarches et la peur de l’avenir. Je n’avais pas besoin qu’une personne de mon entourage transforme chacune de mes difficultés matérielles en occasion de me rabaisser.

Je n’avais pas besoin qu’on me rappelle que je ne pouvais pas m’offrir un téléphone neuf. Je le savais. Je n’avais pas besoin qu’on m’explique que je ne pouvais pas payer un restaurant. Je le savais aussi. Et je n’avais certainement pas besoin qu’on m’accuse de choisir la précarité alors que je passais mes journées à chercher comment en sortir.

À force, cette relation a participé à mon éloignement. Peut-être pensait-il que ses remarques finiraient par provoquer un déclic. Mais on ne sort pas nécessairement quelqu’un de ses difficultés en lui faisant honte d’y être. On peut aussi lui apprendre qu’il vaut mieux se taire, ne plus raconter ce qu’il traverse et prendre ses distances avec ceux auprès desquels il se sent constamment jugé.

C’est ce que j’ai fini par faire : prendre mes distances. Pas parce que je refusais toute critique, ni parce que je voulais qu’on me laisse croire que tout allait bien, mais parce que je ne voyais plus ce que cette relation m’apportait à ce moment-là.

Je traversais déjà une période pendant laquelle ma confiance en moi s’effritait. Je n’avais pas besoin d’une personne supplémentaire pour m’expliquer que j’étais le problème. J’avais besoin de relations capables de faire la différence entre un homme qui renonce à travailler et un homme qui essaie de continuer à avancer avec des moyens devenus insuffisants.

Cette différence, à mes yeux, était essentielle. Et le fait de ne pas la reconnaître a fini par en dire davantage sur notre relation que toutes les leçons qu’il avait voulu me donner.


Le décalage entre ce que je vivais et ce que les autres voyaient

Une personne peut continuer à parler, à sourire, à répondre au téléphone et à faire bonne figure sans être capable de fonctionner comme auparavant. J’ai eu le sentiment que certaines personnes autour de moi s’arrêtaient à ce qu’elles voyaient.

Si je parvenais à tenir une conversation ou à être présent pendant un moment, elles pouvaient en conclure que j’étais toujours celui qu’elles avaient connu. Elles ne voyaient pas nécessairement l’effort que cela me demandait, ni l’épuisement qui pouvait suivre.

Elles ne voyaient pas les moments où je restais au lit, les tâches que je n’arrivais pas à commencer, les courses que je redoutais, les pensées qui tournaient en boucle ou les fois où les larmes arrivaient sans que je parvienne à les retenir.

J’essayais pourtant d’expliquer que j’avais changé, que certaines activités autrefois faciles étaient devenues difficiles, que mon énergie était imprévisible et que je n’étais plus en mesure de répondre aux mêmes attentes. Mais expliquer une difficulté ne suffit pas toujours à la rendre compréhensible pour quelqu’un qui ne l’a jamais vécue.

Certaines personnes semblaient entendre mes mots sans réellement les intégrer. Elles continuaient à attendre de moi les mêmes réactions, la même disponibilité, la même capacité à sortir, à écouter leurs problèmes et à être présent comme avant.

Je pouvais comprendre qu’il soit difficile pour elles de saisir ce changement. De leur point de vue, j’étais toujours la même personne. Mais, de mon côté, je devais fournir un effort considérable pour essayer de préserver cette apparence de normalité.

Et lorsque je n’y arrivais plus, je devais aussi affronter leurs déceptions.


La culpabilité de ne plus être celui que j’étais

Je n’avais pas seulement peur de ne pas réussir à m’en sortir. Je culpabilisais également de ne plus être aussi disponible, aussi fiable ou aussi présent dans mes relations.

Je pouvais accepter une invitation pendant un moment où je retrouvais un peu d’énergie, puis devoir annuler lorsque mon état changeait. Je savais que ces annulations pouvaient décevoir. Je pouvais m’en vouloir de ne pas tenir mes engagements, d’être irritable ou de ne plus réussir à répondre aux attentes des autres.

Mais cette culpabilité ne me donnait pas davantage de force. Elle ajoutait simplement une nouvelle difficulté à celles que j’essayais déjà de gérer.

J’ai parfois continué à faire des efforts pour préserver certaines relations, même lorsque je n’en avais plus réellement les moyens. J’essayais d’être présent pour les autres, d’écouter leurs problèmes, de comprendre leurs émotions et de chercher des solutions avec eux. Je pouvais avoir le sentiment qu’il m’appartenait de les rassurer, de les soutenir et de faire en sorte qu’ils ne souffrent pas de mon changement.

Pendant ce temps, je ne savais pas toujours vers qui me tourner pour obtenir le même type d’écoute.

Lorsque je demandais de l’aide, je cherchais avant tout à être entendu, à trouver un peu de compréhension et à ne plus avoir à tout porter seul. Mais il m’arrivait de ressortir de ces échanges avec davantage de culpabilité qu’auparavant, comme si je n’avais pas réussi à expliquer correctement pourquoi j’allais mal.

J’ai fini par intérioriser une partie de ces réactions. Je me suis demandé si j’étais devenu un mauvais ami, une personne peu fiable, quelqu’un avec qui les autres perdaient leur temps. Mon regard sur moi-même s’est progressivement dégradé.

La difficulté n’était donc plus seulement de retrouver un emploi ou de réussir à accomplir les gestes du quotidien. Il fallait aussi lutter contre l’idée que mon incapacité à faire comme avant disait quelque chose de mauvais sur ma valeur en tant que personne.



Bloc de texteLift me up - Christina Aguilera
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Cette chanson parle de la douleur, de l'épuisement émotionnel et du besoin d'avoir quelqu'un sur qui s'appuyer lorsque l'on n'arrive plus à avancer seul.

Le narrateur traverse un moment de détresse profonde. Lorsque la musique s'arrête, il se retrouve confronté à ses souffrances, à sa solitude et à tout ce qu'il n'arrive plus à supporter. Il ne demande pas nécessairement que quelqu'un résolve ses problèmes, mais simplement qu'on l'aide à tenir jusqu'au lendemain, le temps de retrouver un peu de force.

L'image de quelqu'un qui le soulève symbolise le soutien dont il a besoin pour sortir de cet effondrement, reprendre pied et parvenir à dépasser ses épreuves. La chanson rappelle aussi une vérité universelle : même les personnes qui semblent fortes ont parfois besoin d'être portées par les autres.

Au fond, c'est une chanson sur la fragilité humaine et l'espoir. Elle exprime ce moment où l'on est à bout, où l'on ne sait plus comment se relever, mais où une présence, une main tendue ou quelques mots peuvent suffire à nous aider à traverser la nuit.

Son message le plus touchant est peut-être celui-ci : parfois, on n'a pas besoin qu'on nous sauve pour toujours ; on a simplement besoin que quelqu'un nous aide à tenir jusqu'à demain.



Les relations qui s’éloignent

Au début, j’ai essayé de maintenir les liens. J’ai expliqué que je n’allais pas bien, que je manquais d’énergie et que certaines sorties, certains déplacements ou certaines situations devenaient difficiles à gérer.

Puis les annulations se sont répétées. Les appels étaient parfois plus faciles que les rencontres, parce qu’ils ne demandaient pas de sortir, de prendre les transports, de supporter une foule ou de mobiliser l’énergie nécessaire pour être présent physiquement. Même au téléphone, pourtant, il m’arrivait d’avoir du mal à suivre une conversation ou à trouver les mots.

J’ai commencé à voir certaines personnes moins souvent. D’autres ont progressivement cessé de prendre des nouvelles ou de proposer de se voir. Des relations qui avaient compté se sont distendues, parfois sans véritable explication.

Je ne peux pas savoir exactement ce que chacun pensait. Certains ont peut-être été déçus, d’autres démunis, d’autres encore ont pu considérer que mes difficultés duraient trop longtemps. Mais, de mon côté, je ressentais surtout la disparition progressive de personnes avec lesquelles j’avais partagé une partie de ma vie.

Ce qui me blessait, c’était de constater que mes explications ne changeaient pas toujours leur manière de me traiter. Certaines personnes continuaient à me reprocher de ne plus être celui que j’avais été, comme si ce changement relevait d’une décision ou d’un manque de volonté.

On pouvait me conseiller de sortir, de voir du monde ou de faire de nouveaux efforts. Ces conseils semblaient simples lorsqu’on les formulait de l’extérieur. Mais ils ne tenaient pas nécessairement compte de mon état, de mon manque d’argent ou de l’énergie que me demandait déjà une journée ordinaire.

Je ne refusais pas forcément les relations humaines. Il m’arrivait d’avoir besoin de compagnie, d’espérer qu’une personne vienne me voir ou de souhaiter pouvoir parler sans devoir justifier chaque difficulté. Mais je n’avais plus toujours la force de sortir, de rencontrer du monde ou de recommencer à expliquer ce que je traversais.

Il y avait quelque chose de particulièrement douloureux dans cette contradiction : j’avais besoin de liens, mais je n’avais plus l’énergie nécessaire pour les entretenir comme auparavant. Et plus les liens se distendaient, plus la solitude prenait de place.


Quand il faut choisir entre se préserver et satisfaire les autres

Avec le temps, j’ai compris que je ne pouvais pas continuer à me forcer systématiquement pour rassurer les autres ou préserver des relations à n’importe quel prix.

J’ai pris mes distances avec certaines personnes qui refusaient d’entendre ce que je leur expliquais et qui continuaient à attendre de moi que je redevienne celui que j’étais avant. D’autres se sont éloignées d’elles-mêmes.

Ces ruptures n’ont pas toujours été faciles à accepter. Lorsqu’on se sent déjà fragilisé, perdre des relations peut renforcer le sentiment de ne plus compter pour personne. On peut finir par se demander pourquoi quelqu’un voudrait encore passer du temps avec soi lorsque des personnes qui vous connaissaient depuis longtemps ne semblent plus vouloir faire cet effort.

Mais rester dans des relations qui ajoutaient de l’anxiété, de la culpabilité ou un sentiment d’incompréhension n’était pas forcément une solution. Certaines personnes voulaient que je fasse des efforts sans parvenir à entendre ce que ces efforts me coûtaient. D’autres semblaient considérer que, puisque j’étais encore capable de faire certaines choses, je devais pouvoir toutes les faire.

Je ne pouvais pas continuer à mesurer ma valeur à ma capacité de répondre à leurs attentes.

Cela ne signifie pas que toutes les personnes qui se sont éloignées m’ont volontairement fait du mal, ni que toutes celles qui sont restées ont toujours su trouver les bons mots. Les relations humaines sont plus complexes que cela. Certaines personnes peuvent vouloir aider et se montrer maladroites. D’autres peuvent finir par se sentir impuissantes. Mais il y a une différence entre ne pas savoir comment aider et refuser de reconnaître la difficulté de ce que l’autre traverse.

Pour ma part, j’avais besoin qu’on accepte que je n’étais plus dans le même état, que je ne pouvais plus tout faire comme avant et que ce changement n’était pas une provocation.

Je devais aussi apprendre à ne plus considérer chaque refus ou chaque annulation comme une faute. Dire non, rester chez moi ou renoncer à une sortie pouvait être une manière de respecter mes limites, et non une preuve que je ne faisais aucun effort.



Bloc de texteCool People - Chloe x Halle
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Cette chanson a une signification particulière pour moi. ❤️

Elle m’a aidé à tenir le coup à des moments où j’avais du mal à croire en l’être humain, où les déceptions s’accumulaient et où il devenait difficile de garder foi en quoi que ce soit.

Je me la suis repassée en me répétant qu’il restait sûrement des personnes cool dans ce monde. Des personnes sincères, bienveillantes, capables de te redonner le sourire, de t’apporter un peu de lumière quand tout paraît gris et de te rappeler que tout le monde n’est pas forcément décevant.

Au fond, c’est ce que cette chanson me rappelle : parfois, une seule personne peut changer ta façon de voir le monde. Pas besoin qu’elle te sauve ou qu’elle règle tous tes problèmes. Sa simple présence peut suffire à te redonner un peu d’espoir et à te faire croire à nouveau aux autres.

Alors oui, je me suis accroché à cette idée. J’ai continué à avancer en me disant que ces personnes existaient forcément quelque part, qu’il me restait peut-être de belles rencontres à faire et que le monde n’était pas uniquement fait de mauvaises surprises.

Bon, fin 2026, je cherche toujours… 😂 Mais je garde espoir. À ce stade, je commence quand même à me demander si les personnes cool ne sont pas une espèce protégée, en voie de disparition, dont personne ne m’aurait communiqué les dernières coordonnées. 🤣

Deux années qui ne se résument pas à un CV

Ces deux années de chômage ont souvent été réduites, dans le regard des autres, à une période pendant laquelle je n’avais pas de travail. Mais cette lecture ne raconte qu’une partie de l’histoire.

Oui, je cherchais un emploi. Oui, j’essayais de trouver une issue à ma situation. Mais, parallèlement, je devais gérer une fatigue persistante, des difficultés de sommeil, une anxiété qui compliquait les tâches ordinaires, une concentration parfois défaillante, des moments de découragement et une solitude qui s’accentuait.

Je devais également composer avec le manque d’argent, qui limitait mes possibilités de sortir, de manger comme je l’aurais souhaité ou simplement de me changer les idées. La précarité n’était pas un détail autour de mon mal-être : elle faisait partie de ce qui rendait ma situation plus difficile.

Et tandis que je cherchais comment retrouver une stabilité professionnelle, je voyais aussi ma confiance en moi s’éroder. Les démarches qui n’aboutissaient pas, les promesses qui restaient vagues, les difficultés du quotidien et les incompréhensions relationnelles finissaient par se répondre les unes aux autres.

Chaque problème semblait en entraîner un autre. Le manque d’énergie compliquait les démarches. Les démarches difficiles renforçaient l’inquiétude pour l’avenir. Cette inquiétude alimentait les pensées qui tournaient en boucle et perturbait encore davantage mon repos. La solitude me laissait davantage de temps pour ruminer, tandis que le manque de confiance rendait plus difficile le fait de solliciter de nouvelles personnes.


Je ne me suis pas réveillé un matin en décidant de renoncer à ma vie d’avant. J’ai progressivement perdu la capacité de maintenir le rythme que je m’imposais, jusqu’à ce que des gestes ordinaires deviennent des épreuves et que les relations elles-mêmes me demandent une énergie que je n’avais plus.

Le plus difficile, c’était de vivre tout cela sans que ce soit nécessairement visible. Je pouvais avoir l’air de tenir debout alors que je consacrais déjà une grande partie de mes forces à ne pas m’effondrer.

Je ne demande pas que l’on considère que tout ce qui m’est arrivé est de la faute des autres. Je raconte ce que j’ai vécu : les efforts que j’ai fournis, les difficultés que je ne comprenais pas encore, les aides que j’ai cherché à obtenir, les remarques qui m’ont blessé et les relations qui n’ont pas résisté à cette période.

Ce que je sais, c’est que je ne suis pas resté sans rien faire en attendant qu’une solution tombe du ciel. Je cherchais du travail, j’essayais de comprendre mon état et je tentais de préserver ce qui pouvait encore l’être. Mais je devais le faire avec des ressources financières limitées, une énergie de plus en plus incertaine et le sentiment récurrent de ne pas être pris au sérieux.

Pendant que certains se demandaient pourquoi je ne m’en sortais pas, je passais une grande partie de mon temps à essayer de comprendre comment continuer à avancer, parfois sans parvenir à quitter mon lit.

Ces deux années ont été une période invisible pour beaucoup de ceux qui m’entouraient. Pour moi, elles n’avaient rien d’une parenthèse vide. Elles ont été celles où chercher un travail, faire des courses, répondre à un message ou maintenir une amitié pouvaient devenir autant de combats différents.

Et je devais mener ces combats alors même que je ne comprenais pas encore pleinement ce qui était en train de m’arriver.


Xoxox, à suivre !

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