Apprendre à couper ce qui nous empêche de grandir

Essais · 19 octobre 2026

Apprendre à couper ce qui nous empêche de grandir

Ce que la taille des arbres m'a appris sur les relations humaines.

En 2015, pendant mon séjour dans les montagnes du Queensland, en Australie, j'ai travaillé quelque temps dans une plantation de finger limes, aussi appelés citrons caviar australiens, dont les fruits peuvent présenter différentes couleurs, notamment du vert au rouge foncé.


L'une de nos tâches consistait à faire du pruning, autrement dit à tailler les arbres. Nous devions notamment repérer et couper ce qu'on appelle en anglais des suckers, des rejets qui poussent généralement depuis la base de l'arbre ou son porte-greffe.

Ce qui m'a particulièrement frappé, c'est la manière dont ces rejets pouvaient se développer au détriment de l'arbre fruitier.

Ils puisaient dans les mêmes ressources : l'eau, les nutriments, l'énergie nécessaire à la croissance. Certains devenaient tellement imposants qu'ils dépassaient les arbres auxquels ils étaient rattachés.

Sur l'une de mes photos, on peut d'ailleurs voir un rejet particulièrement impressionnant. Il était devenu plus grand que l'arbre lui-même et possédait même des épines.

Apprendre à couper ce qui nous empêche de grandir


L'arbre continuait à nourrir quelque chose qui ne contribuait pas à sa production de fruits.

Et c'est en observant cela que j'ai immédiatement fait le parallèle avec les relations humaines.

Nous aussi, nous disposons de ressources limitées : notre temps, notre attention, notre énergie, notre disponibilité émotionnelle.

Et certaines personnes peuvent finir par en absorber une part considérable, parfois sans que nous nous en rendions compte.

Des personnes qui sollicitent constamment notre aide, notre écoute, notre présence ou nos compétences, mais qui ne sont jamais là lorsque nous en avons besoin. Des relations dans lesquelles nous donnons tellement qu'il ne nous reste plus grand-chose pour nous-mêmes, nos projets ou notre propre développement.

Le plus troublant, c'est qu'à force de les entretenir, ces relations peuvent finir par prendre davantage de place dans notre vie que les choses qui comptent réellement pour nous.

Exactement comme ce rejet qui avait fini par dépasser l'arbre dont il dépendait.


Apprendre à couper ce qui nous empêche de grandir


Dans la plantation, la solution était relativement simple : il fallait couper le rejet pour que l'arbre puisse consacrer davantage de ressources à sa propre croissance et à sa production de fruits.

Dans nos vies, c'est évidemment plus compliqué.

On ne coupe pas une relation comme on coupe une branche. Il y a l'attachement, les souvenirs, les habitudes, parfois la culpabilité ou la peur de se retrouver seul.

Mais le principe reste intéressant : parfois, pour continuer à grandir, il faut accepter de se séparer de ce qui nous épuise.

Cela ne signifie pas que chaque relation difficile est toxique, ni que toute personne qui a besoin de nous profite nécessairement de nous. Il s'agit plutôt d'apprendre à reconnaître les relations devenues durablement déséquilibrées.

À l'époque, je trouvais fascinant qu'un geste aussi simple que la taille puisse changer les conditions de croissance d'un arbre.

Avec le recul, je me demande combien de temps et d'énergie j'ai moi-même consacrés à entretenir des relations qui m'empêchaient d'avancer.

Parfois, grandir ne consiste pas à trouver davantage de ressources, mais à cesser de les consacrer à ce qui nous empêche de nous développer.


Apprendre à couper ce qui nous empêche de grandir


Je profite également de cet article pour partager une série de photos prises à cet endroit, durant mon séjour dans les montagnes du Queensland. Elles n'ont pas nécessairement de lien avec la métaphore que je viens de raconter, mais elles permettent de découvrir un peu plus le cadre dans lequel j'ai vécu cette expérience.


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