Après des années à chercher une issue, j’avais fini par perdre presque tout espoir. Les démarches s’enchaînaient : rendez-vous à Pôle emploi, consultations chez des médecins, psychiatres et psychologues, séances avec des coachs… Je cherchais de l’aide, des réponses, une solution pour m’en sortir. Mais rien ne semblait fonctionner. Les idées noires prenaient de plus en plus de place et je ne comprenais plus vraiment le sens de mon existence.
Pour sortir de mon studio de 21 m², près de la station Dugommier, dans le 12ᵉ arrondissement de Paris, je marchais presque quotidiennement au bois de Vincennes. Même chez moi, je ne trouvais guère de répit : mon propriétaire faisait preuve de mauvaise foi face à un problème d’infiltration et voulait que je réalise des travaux pour un bien qui ne m’appartenait pas. J’espérais donc trouver, au fil de mes marches, un peu de sérénité, ou au moins faire taire mes pensées quelques instants.
Sur mon chemin, je passais régulièrement devant l’église du Saint-Esprit, avenue Daumesnil, à proximité de la place Félix-Éboué. Pourtant, je n’osais jamais y entrer. Je ne me sentais pas digne de franchir ses portes.
Un jour, alors que je rentrais en larmes d’une nouvelle marche qui n’avait pas réussi à m’apaiser, quelque chose m’a poussé à entrer.
Pendant ces promenades, je repensais à toutes les épreuves que j’avais traversées, à celles auxquelles j’avais survécu, et à cette chance, parfois oubliée, d’être encore là, avec mes membres et mes sens. Un point commun revenait dans certains des moments les plus difficiles de ma vie : je m’étais tourné vers Jésus-Christ, le suppliant en pleurant de m’aider.
J’avais été baptisé et j’avais fait ma communion, mais je ne me considérais pas comme un chrétien particulièrement pratiquant. J’avais exploré d’autres croyances et mon entourage n’était pas spécialement chrétien. Pourtant, depuis tout petit, je priais Jésus. D’une certaine manière, j’avais toujours été témoin de cette « Bonne Nouvelle », même sans savoir quelle place lui donner dans ma vie.
Ce jour-là, assis sur un banc, les yeux fixés sur la croix, j’ai prié et pleuré. Je lui ai demandé de m’aider à trouver un emploi. Je lui ai aussi confié cette pensée qui me hantait : si je n’avais pas de travail avant la fin du mois de juillet, je comptais abandonner. Je ne comprenais plus pourquoi je continuais à vivre sans avoir réellement le sentiment de vivre.
Église du Saint-Esprit
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Quelques jours plus tard, une opportunité s’est présentée : un poste de monteur vidéo.
Un ami avait recommandé ma candidature quelques mois auparavant, sans résultat. Il a renouvelé sa démarche. Cette fois, j’ai obtenu un entretien, passé un test, puis décroché le poste.
Une porte s’ouvrait enfin. Pourtant, j’étais réticent à la franchir, une fois encore. L’entreprise qui s’apprêtait à m’embaucher était déjà considérée comme « problématique » dans le débat public, critiquée par les médias, le gouvernement français, les institutions européennes et plusieurs formations politiques, notamment au centre et dans une partie de la gauche. Or, à l’époque, je votais socialiste. Accepter ce poste allait donc me placer dans une situation pour le moins paradoxale : alors que je cherchais désespérément à reprendre pied, j’allais devoir travailler pour une entreprise dont les pratiques et la réputation suscitaient déjà de vives controverses.
Je ne savais pas encore ce que cette expérience me réservait. Mais l’ironie de l’histoire était là : l’espoir que j’avais demandé dans mes prières allait-il venir de « l’ennemi » ?
En juillet 2021, mes allocations chômage arrivaient à leur terme et je ne savais plus comment m’en sortir. Après près de deux années sans emploi stable, ma situation financière, sociale et psychologique était devenue particulièrement difficile. J’étais également profondément isolé, pour des raisons personnelles sur lesquelles je préfère ne pas m’étendre pour le moment (une procédure est en cours, et j’attends son issue définitive avant de revenir publiquement sur les faits).
C’est alors qu’un ami guadeloupéen, noir, né en France de parents guadeloupéens, que je connaissais depuis le lycée et dont je connaissais toute la famille, a recommandé ma candidature à Trey, une connaissance occupant un poste important au sein de l’équipe technique de Sputnik France. Je ne savais pas immédiatement que cette opportunité concernait ce média : on m’avait simplement parlé d’une chaîne et d’un média en ligne. Lorsque j’ai compris que le poste concernait Sputnik, média russe financé par le Kremlin et lié à RT, j’ai demandé à mon ami comment il pouvait connaître quelqu’un occupant une telle fonction dans un média dont le positionnement était associé à l’extrême droite. Il m’a répondu qu’il ne connaissait ni les contenus ni les orientations politiques de la chaîne. Il savait surtout que Trey occupait un poste important, celui-ci ayant l’habitude de se vanter de sa position et de la manière dont il l’avait obtenue.
Trey n’était pas son prénom de naissance, mais un nom de scène qu’il avait adopté. Ce qui m’interpellait, c’était le personnage qu’il semblait s’être construit : le prénom à consonance américaine qu’il m’avait donné, sa manière de parler et son style vestimentaire, qui me rappelaient certains codes culturels antillais et noirs.
À l’époque, je pensais qu’il était peut-être antillais ou afro-américain. Il était pourtant très blanc de peau. Mais ayant moi-même un neveu métis au teint très clair, je savais qu’une personne pouvait avoir des origines noires sans que cela soit forcément évident à son apparence. Je me disais donc qu’il était possible que Trey soit lui aussi noir, mais très clair de peau. Le fait que mon ami guadeloupéen le connaisse et lui fasse confiance me rassurait quelque peu. Je me disais aussi que Trey connaissait mon histoire personnelle : j’étais fils d’immigrés, mes parents ne parlaient pas français et je faisais partie de la communauté LGBTQ+. Je pensais donc qu’il pouvait comprendre certains aspects de mon identité qui ne se devinaient pas nécessairement à mon apparence physique. Dans ce contexte, l’idée qu’une personne ayant éventuellement des origines noires, antillaises ou américaines occupe un poste à responsabilité dans cette entreprise me rassurait davantage que si j’avais eu le sentiment d’être totalement étranger à son univers.
Dès mon premier jour chez Sputnik, j’ai découvert que ses collègues ne l’appelaient pas Trey. Ils utilisaient son prénom de naissance et semblaient même étonnés que je l’appelle ainsi. J’ai alors compris qu’il existait un décalage entre l’identité qu’il présentait à ses amis et celle qu’il utilisait dans son environnement professionnel. Cette découverte m’a amené à reconsidérer l’image que je m’étais faite de lui.
Je ne l’avais pas interrogé directement sur ses origines. La question est venue naturellement au fil d’échanges entre collègues, notamment parce que certains s’étonnaient que je ne sois pas français de souche. Je parle en effet, en plus du français et de l’anglais, une autre langue qui ne s’apprend pas facilement. En discutant de nos parcours professionnels, de nos CV et de nos expériences respectives, nous en sommes venus à parler de nos origines. Trey m’avait alors expliqué qu’il était français, « français », tout en évoquant de possibles origines algériennes du côté de sa mère. Cette précision m’avait surpris, car je m’étais construit une représentation différente de lui.
J’ai également découvert d’autres facettes de sa personnalité et de la manière dont il se présentait aux autres. Avec le recul, certains aspects de son comportement me faisaient penser à l’affaire Rachel Dolezal.
Bloc de texteAparté — L’affaire Rachel Dolezal
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En juin 2015, Rachel Dolezal, alors présidente de la section de Spokane de la NAACP, une organisation américaine de défense des droits des Afro-Américains, s’est retrouvée au cœur d’une controverse nationale sur son identité raciale.
L’affaire a éclaté lorsqu’un journaliste l’a interrogée sur ses origineset lui a demandé si ses parents étaient blancs. Peu après, ses deux parents biologiques, Lawrence et Ruthanne Dolezal, ont publiquement confirmé qu’ils étaient blancs. Ils ont présenté des photographies familiales de Rachel enfant, alors blonde et à la peau claire, ainsi que des éléments attestant leur lien de filiation.
Ces révélations ont contredit l’image de femme noire ou métisse qu’elle avait présentée publiquement. Rachel Dolezal a néanmoins expliqué qu’elle se considérait comme noire depuis l’enfance. La polémique a conduit à sa démission de la présidence locale de la NAACP et déclenché un débat national sur l’identité raciale, les origines familiales et la manière dont une personne se définit.
L’affaire est devenue une référence médiatique dans les discussions sur les identités revendiquées en décalage avec les origines familiales établies.
Depuis longtemps, j’éprouve un profond mépris pour ce que je perçois comme une double identité construite par honte de ses propres origines ou de ce que l’on est réellement. Ce sentiment trouve aussi sa source dans mon histoire familiale. Un membre de ma famille, dont je tairai volontairement l’identité, préfère depuis longtemps se faire appeler par un surnom qui n’a pratiquement plus rien à voir avec le prénom que ses parents — et plus particulièrement sa mère — lui ont donné. Pourtant, cette même personne s’est permis de porter des jugements sur mon homosexualité, alors que je l’assume ouvertement. Le paradoxe me frappe encore : comment peut-on juger quelqu’un qui assume pleinement ce qu’il est quand on semble soi-même éprouver des difficultés à assumer une partie de sa propre identité ?
À mes yeux, chacun est libre de se choisir un surnom ou de définir la manière dont il souhaite se présenter. Ce qui me révolte, c’est de voir quelqu’un qui semble vouloir prendre ses distances avec ses propres origines se permettre de juger une personne qui, elle, n’a pas honte d’assumer qui elle est.
Rachel Dolezal
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Pour autant, je tiens à le préciser : je n’avais pas de préjugés sur Trey simplement parce qu’il utilisait un nom de scène ou parce que son apparence et son comportement m’interrogeaient. Ce sont certains éléments découverts par la suite qui ont progressivement refroidi mon regard sur lui. La suite de cet article permettra de comprendre lesquels, et pourquoi il me semblait important de revenir sur ces différentes facettes de sa personnalité.
Au-delà de mes interrogations sur Trey, il me restait à prendre une décision très concrète : accepter ou non un poste qui entrait en contradiction avec mes convictions politiques, mais qui pouvait me permettre de sortir d’une situation financière devenue intenable.
À l’époque, j’étais profondément à gauche et je votais socialiste. Si j’avais été dans une situation plus confortable, j’aurais refusé; sans avoir à consulter qui que ce soit. Je connaissais les effets psychologiques que l’exposition répétée à certaines images pouvait avoir sur une personne exerçant un métier de l’audiovisuel. Je savais donc que ce travail pouvait avoir davantage de conséquences sur ma santé mentale, qui était déjà fragile. Pourtant, j’avais des dettes à rembourser et l’espoir d’acheter un ordinateur plus puissant pour développer mon activité de freelance. C’est aussi pour cette raison que j’ai consulté mes amis. Leurs conseils, en apparence amicaux, se résumaient à une idée : « Patrick, t’es dans la merde, prends l’argent et arrête de te poser autant de questions. » J’ai finalement accepté, à reculons, par nécessité plutôt que par conviction.
Bloc de texteAparté — Quand les conseils amicaux deviennent une façon de se débarrasser de ceux qui vont mal
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Avec le recul, je repense souvent à ces conseils que l’entourage finit parfois par donner lorsqu’une personne traverse une période de détresse inhabituelle, non pas nécessairement pour l’aider à aller mieux, mais parce que sa souffrance devient difficile à supporter. Une personne qui change profondément, qui perd son entrain et qui peine à retrouver son équilibre peut finir par être perçue comme un poids.
Ce que je reproche aujourd’hui à certains de ces amis, que je ne fréquente d’ailleurs plus, ce n’est pas simplement de m’avoir conseillé d’accepter ce poste. C’est de ne pas s’être demandé pourquoi j’avais autant changé. Certains me connaissaient depuis l’enfance, d’autres depuis des années. Ils savaient que j’étais habituellement motivé, combatif et résilient, que je n’avais pas l’habitude de pleurer ni de me montrer aussi triste.
Cette période était inédite pour moi, et j’ai eu énormément de mal à m’en sortir. Pourtant, à aucun moment, ils ne semblent s’être demandé si quelque chose de grave était en train de m’arriver. Je n’attendais pas qu’ils règlent mes problèmes, mais j’aurais aimé entendre autre chose qu’un « prends l’argent » expéditif : un peu d’écoute, de soutien, ou simplement la promesse de ne pas me laisser affronter seul les conséquences de cette décision.
Dans les coulisses de Sputnik, qui faisait quoi ?
Pour comprendre mon expérience chez Sputnik, il faut d’abord comprendre comment le travail y était organisé et quel était réellement le rôle d’un monteur vidéo dans une agence de presse.
L’équipe technique était principalement composée de monteurs vidéo et d’ingénieurs du son. Ces deux métiers ne se limitaient pas au travail en postproduction : nous devions également participer à l’enregistrement des émissions. Cela impliquait notamment de régler les caméras, de préparer l’éclairage et de gérer la prise de son.
Une différence m’avait rapidement rassuré par rapport à mon expérience chez Dietplus : je n’étais pas censé être un robot capable de tout faire seul. Lors des tournages, nous étions généralement au moins deux personnes de la technique. L’une s’occupait principalement de l’image, tandis que l’autre prenait en charge le son. Nous pouvions ainsi vérifier les réglages ensemble et nous répartir les tâches selon nos compétences respectives.
Il nous arrivait également d’assurer la réalisation en direct à l’aide d’une console de régie vidéo. Le principe était de passer d’une caméra à l’autre pendant l’émission pour construire le montage en temps réel. Nous disposions généralement de trois caméras, parfois quatre : une dirigée vers le journaliste, une autre vers son invité et une troisième offrant un plan plus large sur l’ensemble du plateau. Nous devions alors alterner entre les plans individuels et les vues d’ensemble afin de donner du rythme à l’émission et de la rendre plus dynamique.
À côté de l’équipe technique se trouvait l’équipe éditoriale, composée de journalistes aux fonctions différentes. Certains se consacraient principalement à la rédaction, tandis que d’autres intervenaient devant la caméra pour présenter des débats, des reportages ou d’autres contenus.
Le rôle du monteur vidéo restait essentiellement technique. Une fois l’enregistrement terminé, un monteur était désigné pour travailler avec le journaliste concerné. Il réalisait le montage, en sélectionnant et en assemblant les passages nécessaires, puis en ajoutant, lorsque c’était nécessaire, des synthés — ces éléments graphiques qui affichent notamment des noms, des fonctions ou des informations à l’écran — ainsi que des animations ou des infographies. Une fois le montage terminé, le contenu passait par l’étape de traitement du son. Enfin, la vidéo et le texte étaient soumis à la validation du rédacteur en chef.
Cette organisation permet de comprendre une distinction essentielle : participer à la fabrication d’un contenu journalistique ne signifie pas décider de ce qu’il raconte ni de la manière dont le média traite l’actualité. Le monteur intervient sur la forme audiovisuelle du contenu qui lui est confié, mais il ne détermine pas la ligne éditoriale du média. C’est en cela que je compare ce poste à celui d’une caissière dans un supermarché appartenant à un grand groupe : on participe au fonctionnement quotidien d’une organisation, on accomplit une tâche indispensable à son activité, mais on ne décide ni de sa stratégie ni de ses orientations.
Mon CDD de six mois se déroulait dans une période particulière : l’approche de l’élection présidentielle de 2022. L’actualité politique prenait de plus en plus de place, avec la préparation de sujets et de débats auxquels participaient différentes personnalités politiques, notamment Florian Philippot. Il y avait également des émissions avec des personnalités dont la présence pouvait poser question au regard de la ligne politique du média. Je me souviens notamment de l’émission consacrée à Marie Cau, candidate transgenre à l’élection présidentielle de 2022. Sa participation suscitait des réticences en interne, et plusieurs journalistes ne souhaitaient pas prendre en charge ce sujet. J’avais remarqué que, dans ce type de situation, c’était souvent le même journaliste qui acceptait de traiter les sujets refusés par les figures les plus en vue de Sputnik. Il travaillait notamment sur des contenus consacrés à des personnalités ou à des élus de La France insoumise, et j’avais moi-même participé au montage d’un sujet sur un député de ce parti. Ce qui m’avait marqué, c’était donc moins un refus isolé que cette répartition récurrente des sujets : lorsque certains journalistes ne voulaient pas s’en charger, ce collègue finissait par les prendre en charge. Il y avait aussi de nombreux sujets en rapport avec le mouvement des Gilets jaunes et certaines de ses figures médiatisées. Je me souviens notamment du docteur Raoult, mais je ne peux plus garantir précisément quels sujets j’avais suivis ni sur lesquels j’étais intervenu.
En revanche, je me souviens très bien d’avoir participé à l’enregistrement d’une émission avec Jérôme Rodrigues, figure médiatisée des Gilets jaunes qui avait perdu un œil lors d’une manifestation.
C’était la première fois que j’enregistrais cette émission en particulier. Nous filmions sur fond vert, ce qui impliquait des spécificités techniques auxquelles je devais faire attention. Trey m’avait confié cet enregistrement un peu à l’arrache, sans que j’aie vraiment eu le temps de me familiariser avec le dispositif.
Comme je tiens particulièrement à faire du bon travail, notamment lorsqu’on reçoit des invités qui ne sont pas forcément disponibles longtemps et que le temps de tournage est limité, j’étais extrêmement stressé. Avec le recul, je me suis rendu compte que l’enregistrement était finalement assez simple. Mais, sur le moment, je ressentais une forte pression, car je voulais que tout se passe bien.
Après l’enregistrement, j’ai commencé à ne plus supporter le journaliste qui présentait l’émission. Ses manières m’insupportaient : il cherchait à se montrer dynamique, mais sa façon de parler et de se comporter me paraissait affectée. À l’inverse, Jérôme Rodrigues m’avait laissé une très bonne impression. Je l’avais trouvé sympathique et agréable.
Avant de le rencontrer, j’avais pourtant des a priori sur lui, en partie à cause de l’image que les médias renvoyaient de certaines figures des Gilets jaunes. Or, au cours de cet enregistrement, j’ai découvert une personne dont le discours m’avait paru très articulé, cohérent et juste. Il ne correspondait pas à l’image du militant irrationnel que j’avais l’impression que certains médias donnaient de lui. Cette rencontre m’a rappelé qu’il pouvait exister un écart entre la représentation médiatique d’une personne et ce que l’on découvre lorsqu’on prend le temps de l’écouter directement.
C’est dans ce contexte que j’ai commencé à observer les différences entre les tâches que les journalistes acceptaient de prendre en charge et celles qui leur étaient attribuées. Je ne connaissais pas les raisons de chaque refus, mais ces situations m’avaient marqué. En tant que monteur, je ne disposais pas de la même marge de manœuvre : on me confiait un sujet à monter, et je ne pouvais pas décider de le refuser en fonction de mes sensibilités politiques.
Le vendredi, une collaboration qui fonctionnait
Parmi les personnes avec lesquelles j'ai travaillé chez Sputnik, Jelena occupe une place particulière dans mes souvenirs. Non pas parce que nous entretenions une relation personnelle particulière : nous ne nous fréquentions pas en dehors du travail et notre relation restait strictement professionnelle. C'est précisément sur ce plan que nous avions trouvé une manière de collaborer qui fonctionnait naturellement. Elle savait ce qu'elle voulait produire, je comprenais ce qu'elle attendait de moi et nous arrivions à avancer sans avoir besoin de transformer chaque étape en négociation.
Jelena était une journaliste d'origine serbe, naturalisée russe. Elle produisait notamment des contenus pour la branche sud-américaine de Sputnik. Ses émissions, réalisées en espagnol, abordaient principalement des sujets géopolitiques sous un angle favorable aux pays et aux positions non occidentales, notamment la Russie et la Chine. Elle ne maîtrisait pas très bien le français et nous communiquions donc principalement en anglais. Les contenus, eux, étaient destinés à un public hispanophone.
Au départ, une autre monteuse s'occupait des émissions diffusées sur sa chaîne YouTube. La collaboration ne semblait pas très bien fonctionner. Le programme demandait beaucoup de travail graphique : des animations, des extraits de presse, des GIF, des illustrations et différents éléments visuels à intégrer au montage. Sans une organisation précise, cela pouvait vite devenir fastidieux. Jelena avait des idées et savait ce qu'elle voulait obtenir, mais elle avait le sentiment de ne pas être comprise par l'équipe technique. De son côté, la monteuse n'appréciait pas particulièrement ce programme et le trouvait laborieux.
J'ai finalement repris le montage. J'ai progressivement compris la logique de l'émission et réussi à trouver une méthode de travail qui me permettait de terminer un épisode en une demi-journée environ. Cela demandait de l'organisation, mais le travail devenait beaucoup plus fluide dès lors que je savais quels éléments préparer et comment les intégrer.
Jelena m'a ensuite proposé de travailler sur un deuxième podcast. Cette fois, nous avons davantage construit le projet ensemble. J'ai participé à la mise en place de son identité visuelle : création du logo, animation de celui-ci, habillage graphique, introduction animée et rythme général du montage. C'était un travail qui me plaisait, parce qu'il me permettait de mobiliser mes compétences techniques tout en apportant des propositions créatives.
Le vendredi est progressivement devenu notre journée de travail habituelle. Jelena enregistrait son émission le jeudi soir. Je récupérais les images le vendredi matin et commençais à préparer le montage. Elle descendait ensuite pour regarder le travail avec moi, m'indiquer les passages à modifier ou les coupes à effectuer. Il m'arrivait aussi de faire directement certaines modifications, puisque je comprenais suffisamment l'espagnol pour suivre une partie du contenu.
Ce que j'appréciais dans cette organisation, c'était sa prévisibilité. Je savais généralement à quoi m'attendre. Il y avait moins de surprises, moins d'interventions imprévues et une vraie continuité dans le travail. Je ne dirais pas que le vendredi était devenu mon jour préféré, mais c'était celui où je savais que nous allions pouvoir travailler efficacement.
Notre relation professionnelle était agréable parce que nous étions tous les deux concentrés sur le résultat. Jelena avait ses exigences, mais elle me laissait aussi une marge de manœuvre. Elle ne se contentait pas de me transmettre une liste d'instructions : elle acceptait les propositions, les essais et les idées que je pouvais apporter. De mon côté, je savais que je pouvais lui dire lorsqu'une animation ou une solution graphique me semblait plus adaptée.
Il y avait aussi une différence importante avec d'autres contenus que je pouvais être amené à monter chez Sputnik : ses émissions ne portaient pas sur la politique française. Je pouvais donc me concentrer sur le travail audiovisuel sans ressentir le même malaise que devant certains sujets liés à l'actualité politique nationale. Cela ne signifiait pas que je partageais nécessairement toutes les idées défendues dans ses programmes, mais le cadre était différent et je pouvais faire mon travail plus sereinement.
À cette période, l'équipe technique disposait de deux bureaux, en plus des studios. Trey m'avait installé dans le bureau du fond avec un autre technicien dont j'ai oublié le prénom. Je me souviens qu'il parlait peu et que les autres collègues ne semblaient pas particulièrement apprécier de travailler dans ce bureau. Trey m'avait indiqué que ce technicien était autiste et disposait d'une RQTH, mais je ne peux pas confirmer moi-même ces informations. Pour ma part, j'appréciais plutôt le calme de cet espace. Je pouvais travailler sans être constamment interrompu par les conversations et les passages des uns et des autres.
Lorsque Jelena venait travailler avec moi, l'ambiance était différente. Nous pouvions plaisanter sur certains choix d'images, discuter de la manière de présenter une séquence ou échanger quelques mots sur l'actualité internationale. Nous utilisions notamment des vidéos issues de Ruptly, la banque d'images vidéo à laquelle nous avions accès. Je me souviens de séquences de rencontres diplomatiques entre Angela Merkel et Vladimir Poutine, notamment de l'une où ce dernier lui offrait des fleurs. Jelena et moi avions trouvé cette scène amusante et avions plaisanté à ce sujet. Ces petits moments rendaient le travail moins mécanique.
Ce qui comptait surtout, c'était cette facilité de communication. Nous n'avions pas besoin de nous entendre sur tout pour parvenir à travailler ensemble. Nous pouvions avoir des points de vue différents, plaisanter, nous concentrer sur le montage et avancer. Je n'avais pas le sentiment de devoir calculer chacune de mes paroles ou de chercher à obtenir quelque chose d'elle. Je venais travailler, elle venait produire ses émissions, et notre collaboration fonctionnait.
Vers la fin de mon CDD, Jelena m'a demandé ce que je comptais faire ensuite. Je lui ai répondu que je pensais plutôt partir. Elle m'a alors expliqué que, si je souhaitais rester, elle pouvait en parler et essayer de faire en sorte que cela se concrétise. Elle m'a fait comprendre qu'elle souhaitait réellement que je continue à travailler avec elle.
J'ai été touché par cette proposition. J'avais trouvé avec elle une forme de complicité professionnelle assez rare : une personne qui comprenait mon travail, me faisait confiance et avec laquelle je pouvais avancer sans avoir à justifier constamment ma manière de faire.
Je ne savais pas encore à quel point cette collaboration pouvait devenir un sujet de tension dans l'organisation interne. Ce qui, pour moi, relevait simplement d'une bonne entente professionnelle et d'une méthode de travail efficace allait progressivement prendre une autre dimension. C'est aussi à ce moment que j'ai commencé à mieux percevoir les rapports de pouvoir qui existaient derrière certaines décisions.
Bloc de texteQuand Lady Gaga me fait perdre toute prudence chez les Russes 🎤🇺🇸🇷🇺😂
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Pour moi, manger est un rituel presque sacré 🍽️. Après plusieurs expériences désagréables pendant les repas, j'ai fini par préférer déjeuner seul. J'ai simplement besoin de pouvoir profiter de ce moment sans surveiller mes paroles ni anticiper les remarques.
Chez Dietplus, une manager avait même insisté pour que je mange avec mes collègues, allant jusqu'à se mettre à genoux devant moi pour me convaincre de les rejoindre. J'avais vécu cette scène comme une forme d'infantilisation. À croire qu'il fallait aussi me fixer un programme de socialisation à l'heure du déjeuner ! 😅
Chez Sputnik, je préférais donc manger à mon bureau, devant des clips ou des spectacles de mi-temps du Super Bowl. Un midi, alors que je regardais la prestation de Lady Gaga en 2017, je me suis surpris à reprendre machinalement quelques paroles de « God Bless America ». Puis j'ai réalisé le contexte : j'étais tout de même dans les locaux d'un média russe ! Le contraste m'a paru assez absurde pour me faire sourire.
Plus tard, j'ai raconté cette anecdote à Jelena. Sa réaction a été froide : elle m'a simplement répondu que ce n'était pas drôle. Je suis alors passé de la légèreté à l'inquiétude, me demandant si elle avait pu interpréter ce geste comme une provocation politique.
Cette réaction illustre surtout ce que mon expérience chez Dietplus avait changé chez moi. J'avais perdu une partie de ma spontanéité. Après avoir vu certaines de mes paroles interprétées contre moi, je m'étais habitué à anticiper les réactions et à craindre les malentendus.
La prime de treizième mois m'a finalement bien été versée. La conséquence que je redoutais ne s'est donc pas produite sur ce plan. Mais cette anecdote reste révélatrice de mon état d'esprit à l'époque : même un moment aussi banal pouvait suffire à me faire craindre d'avoir commis un impair. Avec le recul, c'est davantage cette perte de spontanéité qui me marque que l'histoire de mon déjeuner.
Quand mon bien-être professionnel ne dépendait plus de lui
Au début de mon CDD, mes rapports avec Trey étaient plutôt cordiaux. Il pouvait même se montrer arrangeant, notamment lorsque j'étais malade et que j'avais besoin de m'absenter. Il m'avait facilité les choses à quelques reprises, sans que j'en abuse. Il était aussi une personne avec laquelle je pouvais échanger lorsque j'avais besoin de comprendre l'organisation du travail ou de trouver ma place dans l'équipe.
Mais, progressivement, j'ai eu le sentiment que cette relation changeait à mesure que mon bien-être professionnel ne dépendait plus autant de lui.
Avec Jelena, j'avais trouvé un fonctionnement qui me convenait particulièrement bien. Nous avions notre organisation, nos habitudes et une manière de travailler qui ne nécessitait pas constamment l'intervention d'un intermédiaire. Je pouvais avancer sur mes montages, recevoir directement ses retours et savoir ce que j'avais à faire. Je n'avais plus besoin de passer systématiquement par Trey pour que mes journées se déroulent correctement.
Je n'ai pas assisté à une rupture brutale de nos relations. Les conversations sont simplement devenues plus brèves, et j'ai progressivement ressenti moins de cette disponibilité et de cette bienveillance que j'avais connues au départ. Je ne lui ai jamais directement reproché ce changement. Le licenciement que j'avais subi chez Dietplus avait encore des conséquences importantes sur ma confiance en moi. Je préférais donc garder mes interrogations pour moi plutôt que de risquer une nouvelle confrontation professionnelle.
Ce qui m'interpellait également, c'était la manière dont Trey semblait vouloir expliquer notre bonne entente. Il avait évoqué un point commun entre Jelena et moi, en laissant entendre que cela expliquait notre facilité à travailler ensemble. Je savais à quoi il faisait allusion, sans savoir si Jelena avait nécessairement compris cette référence.
J'avais surtout l'impression qu'il cherchait à se présenter comme celui qui avait anticipé notre compatibilité, comme s'il avait eu une sorte de vision. Or, la réalité était beaucoup moins stratégique : il m'avait confié les émissions de Jelena parce que les autres monteurs ne souhaitaient pas travailler avec elle. Je n'avais pas été choisi dans le cadre d'une opération destinée à réunir deux personnes que Trey aurait jugées compatibles. J'avais simplement récupéré un travail dont personne ne voulait vraiment s'occuper.
La suite, en revanche, nous appartenait. Jelena et moi avions trouvé notre méthode de travail, développé nos habitudes et construit une collaboration efficace. Ce n'était pas Trey qui avait créé notre entente : il avait simplement effectué une affectation, et nous avions fait le reste.
Avec le recul, je me suis demandé si ce qui avait pu devenir inconfortable pour lui n'était pas précisément cette perte de centralité. Tant que j'avais besoin de son aide pour me repérer, organiser mes journées ou trouver des solutions, il conservait une place particulière dans mon quotidien professionnel. Mais, lorsque j'ai trouvé ailleurs une forme de reconnaissance, de confiance et de stabilité, cette place semblait moins évidente.
Je ne dis pas cela pour lui prêter une intention malveillante ou pour faire de lui un cas particulier. Il existe aussi une réalité moins caricaturale dans les relations professionnelles : certains responsables peuvent avoir besoin de se sentir utiles, reconnus et indispensables pour avoir le sentiment de bien exercer leur fonction. Lorsque cette reconnaissance leur semble diminuer, ils peuvent parfois vivre l'autonomie croissante d'un collaborateur comme une perte d'influence, voire comme une remise en question de leur propre position.
C'est une grille de lecture que j'ai progressivement développée en repensant à d'autres expériences dans le secteur privé, notamment chez Dietplus. J'avais déjà été confronté à des situations dans lesquelles des personnes semblaient prêtes à fragiliser un collègue plutôt que de voir leur place, leur autorité ou leur importance remise en question. Je ne pense pas que tous les managers fonctionnent ainsi, ni que chaque désaccord professionnel cache une rivalité. Mais je me suis demandé combien de tensions pouvaient naître simplement du fait que certaines personnes ne se sentent plus suffisamment valorisées dans leur propre rôle et finissent par percevoir la réussite ou l'autonomie des autres comme une menace.
Un autre épisode m'a particulièrement marqué : celui de la prime du treizième mois.
La prime avait été versée avec la paie de fin novembre. Trey m'avait demandé si je l'avais touchée. J'avais compris qu'il était opposé à ce que l'autre monteuse et moi-même en bénéficiions, au motif que nous étions arrivés trop récemment dans l'entreprise.
Jelena, elle, a défendu notre situation auprès de la direction. Elle considérait que nous faisions pleinement partie de l'équipe et que notre arrivée récente ne justifiait pas de nous exclure de cette prime. Elle avait pris la défense de deux personnes que Trey semblait pourtant peu apprécier : cette monteuse, qu'il critiquait régulièrement, et moi-même.
J'avais trouvé cette intervention particulièrement importante. Elle montrait qu'une collègue pouvait reconnaître notre travail et défendre nos intérêts sans que cette reconnaissance passe nécessairement par la personne qui organisait notre activité au quotidien.
Finalement, nous avons tous les deux perçu cette prime.
Cette expérience m'a fait réfléchir à une forme de dépendance parfois invisible dans les relations professionnelles : lorsqu'un salarié dépend d'un responsable pour se sentir intégré, reconnu ou simplement bien dans son travail, ce dernier occupe une place considérable dans son équilibre quotidien. Mais lorsque le salarié trouve ailleurs cette reconnaissance et cette stabilité, l'équilibre peut changer.
Je ne prétends pas savoir exactement ce que Trey a ressenti ni pourquoi son attitude m'a semblé évoluer. Je sais seulement que j'ai progressivement cessé de me sentir aussi dépendant de sa bienveillance, et que cette évolution a coïncidé avec un changement dans nos rapports.
Je ne cherchais pas à prendre la place de qui que ce soit, à contester son autorité ou à devenir le protégé d'une autre personne. Je voulais simplement pouvoir travailler sereinement, être reconnu pour mon travail et ne pas avoir à dépendre de l'humeur ou de la position d'un intermédiaire pour y parvenir.
Bloc de texteAparté — Quand l’aisance professionnelle devient un soupçon de manipulation
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Chez Dietplus, puis chez Sputnik et Solutions Prompteur, j’ai eu le sentiment que ma sociabilité naturelle et ma facilité à créer de bonnes relations étaient parfois interprétées comme des stratégies pour obtenir des avantages ou gagner de l’influence.
Chez Dietplus, j’avais rapidement enchaîné les montages : une centaine de vidéos de formation réalisées en moins d’un mois. Pour un déplacement professionnel dans le Sud, l'entreprise avait notamment acheté un stabilisateur et un kit de micros sans fil avec enregistreur. Le matériel était arrivé quelques jours avant le départ. J'avais dû apprendre à m'en servir directement pendant le voyage. Ce fut une bonne dose de stress, car un stabilisateur ne se maîtrise pas instantanément ! Mais je me suis adapté et, au retour, j'ai réussi à monter la vidéo du voyage en un ou deux jours. Le résultat avait beaucoup plu à la direction.
Mon poste informatique étant également inadapté au montage vidéo, j'avais proposé un comparatif de machines adaptées. Lors d'une réunion avec Philippe Langohr, le directeur, et Fabio, son compagnon et directeur de la communication, j'avais présenté l'iMac Pro, qui coûtait environ 5 000 euros à l'époque. Bon, je dois reconnaître que mon comparatif, censé être objectif, s'était assez vite transformé en véritable éloge de l'iMac Pro. J'ai toujours eu un peu de mal à rester impartial lorsqu'il s'agit de départager un Mac et un PC ! 😅
Philippe avait accepté l'achat. Au cours de cette même réunion, il avait ensuite proposé à Fabio de choisir également quelque chose. Ce dernier s'était énervé, réclamant notamment un iPad et d'autres équipements coûteux. Je m'étais retrouvé au milieu d'une dispute de couple qui ne me concernait absolument pas, alors que nous étions réunis pour discuter de sujets strictement professionnels.
J'avais appris par la suite que les salariées du service communication, auquel j'appartenais également, avaient demandé un abonnement à une banque d'images d'environ 50 euros par mois, que Philippe leur avait refusé. Le contraste pouvait effectivement faire parler : d'un côté, un monteur obtenait du matériel professionnel pour plusieurs milliers d'euros ; de l'autre, des collègues se voyaient refuser un abonnement relativement modeste.
Il faut aussi préciser que Fabio ne maîtrisait bien ni le français ni l'anglais. Pour mes demandes de matériel, mais aussi pour discuter de directions créatives ou proposer des idées concernant les contenus, je ne me prenais donc pas la tête à passer par lui : j'allais directement voir Philippe. Mon objectif était de travailler et de fournir un bon résultat, pas de passer mon temps à essayer de faire comprendre mes propositions à quelqu'un avec qui la communication était aussi compliquée. J'avais parfois le sentiment que sa position dans l'entreprise reposait davantage sur sa proximité personnelle avec le directeur et sa capacité à savoir se placer auprès de lui que sur ses compétences en matière de création et de communication. Disons que le positionnement ne se limitait pas toujours à celui d'une caméra ! 😏
Je peux comprendre que cette différence de traitement ait alimenté des commentaires. C'est dans ce contexte que les rumeurs concernant une prétendue relation avec Philippe, voire des tentatives de ma part pour le séduire, ont commencé à circuler. Je répondais ouvertement que je préférais quelqu'un de mon âge et que je refusais de revivre le rôle de « première dame », celui du compagnon du directeur. J'avais déjà vécu cette situation en Australie et elle m'avait davantage desservi qu'autre chose. Et, pour être très clair, je n'en avais absolument rien à faire du directeur !
Chez Sputnik, ma bonne entente avec Jelena semblait également susciter des interrogations. Trey paraissait notamment s'intéresser à nos échanges et à la facilité avec laquelle nous travaillions ensemble, comme si cette collaboration devait forcément cacher autre chose.
Chez Solutions Prompteur, la situation avait pris une autre tournure avec Lucia, la directrice. Elle me voyait notamment rire aux éclats avec d'autres techniciens lors de certaines prestations, alors que je n'avais pas du tout le même comportement avec elle. Il arrivait également que certains clients demandent spécifiquement à m'avoir sur leurs prestations. J'avais le sentiment que, compte tenu de ses propres expériences professionnelles passées, Lucia interprétait ces situations comme une tentative de ma part de lui prendre ses clients, voire de développer ma propre clientèle à ses dépens.
C'était assez éloigné de mes préoccupations réelles. Être opérateur prompteur représentait pour moi une forme de déclassement par rapport à mon parcours dans la vidéo et la création audiovisuelle. J'avais accepté ce travail parce que j'avais besoin de revenus et que je cherchais à remonter la pente. Je savais parfaitement que ce n'était qu'un travail alimentaire, une étape provisoire, et certainement pas une tentative de construire une carrière en récupérant la clientèle de Lucia.
Elle m'avait d'ailleurs explicitement qualifié de manipulateur. Certaines de mes plaisanteries, notamment autour de la question de savoir qui allait régler l'addition au restaurant, étaient prises au sérieux. Ce qui était assez cocasse, c'est que j'allais de toute façon établir une note de frais : la facture devait finalement être réglée par elle ou par l'entreprise à laquelle elle facturait la prestation. Ce n'était donc pas nécessairement de ma poche que l'argent allait manquer !😂
À force de ces expériences, j'ai commencé à modifier mon comportement. Lors de plusieurs formations destinées à retrouver un emploi, j'ai expliqué que mon sourire et ma spontanéité m'avaient parfois porté préjudice, parce qu'on me prêtait des intentions qui n'étaient absolument pas les miennes. Je racontais que je faisais désormais des efforts pour m'isoler et éviter d'être trop sociable.
Le plus ironique, c'est que certains participants me percevaient alors comme quelqu'un d'arrogant ou de vantard. Ce n'était pas simplement une impression : plusieurs me l'ont révélé plus tard, lorsque je me livrais davantage et qu'ils apprenaient à me connaître réellement. 😂
Pourtant, je ne choisis pas à l'avance avec qui je vais bien m'entendre. Mon sourire facile et mon côté insouciant ont longtemps été appréciés. Il m'arrive encore d'avoir envie de retrouver cette spontanéité, sans réfléchir à la manière dont chaque parole ou chaque geste pourrait être interprété. Mais je finis presque toujours par me reprendre et me surveiller.
Mes expériences professionnelles m'ont profondément marqué, au point de me sentir encore traumatisé par certaines d'entre elles. Le plus triste, finalement, c'est d'avoir appris à cacher une partie de ma personnalité pour éviter qu'on lui prête des intentions qu'elle n'a jamais eues.
Le pouvoir opérationnel et ses conséquences
La suite des événements autour de la prime du treizième mois a une place particulière dans mes souvenirs. Elle représente à la fois un moment très positif dans une période difficile et le début d'une succession d'événements qui m'ont laissé un sentiment beaucoup plus amer.
À la fin du mois de novembre 2021, probablement entre le 26 et le 28, j'avais découvert avec surprise que ma paie comprenait finalement cette prime, alors que Trey s'était opposé à ce que l'autre monteuse et moi-même en bénéficiions. Jelena avait défendu notre situation auprès de la direction et, finalement, son intervention avait prévalu sur la position de Trey.
Ce qui m'avait particulièrement surpris, c'était le montant : j'avais touché un treizième mois complet, alors que je n'étais dans l'entreprise que depuis environ quatre mois, ayant commencé à la mi-juillet. Je n'avais jamais bénéficié d'une telle prime, ni même d'une rémunération de cette nature dans les entreprises françaises où j'avais travaillé auparavant. Nulle part à vrai dire !
Après plus de deux années à devoir serrer la ceinture, sans véritable soutien pour sortir de mes difficultés financières, cette somme représentait beaucoup plus qu'un simple complément de salaire. Elle m'avait permis d'envisager de nouveaux achats, notamment un iMac plus récent et plus puissant que celui que je possédais. Il me semble que je m'étais également offert une Apple Watch (pour des raisons de santé, que je justifierai plus tard).
Mais surtout, cet argent m'avait redonné de l'espoir. Après une période pendant laquelle j'avais parfois eu l'impression de ne plus pouvoir construire grand-chose de ma vie, je retrouvais un peu de liberté financière et la possibilité de me projeter à nouveau. Cette prime m'avait véritablement revitalisé. Je pouvais enfin me faire plaisir, renouveler une partie de mon équipement et envisager la suite avec davantage d'optimisme.
Lorsque Trey m'avait demandé si j'avais touché cette prime, j'avais refusé de lui répondre pendant plusieurs jours. Je lui avais clairement expliqué que je savais qu'il s'était opposé à ce que l'autre monteuse et moi-même en bénéficiions. Je lui avais également rappelé que, compte tenu de mes expériences professionnelles précédentes, j'avais choisi de ne plus communiquer sur mon salaire ou ma rémunération. Malgré son insistance, j'avais maintenu mon refus avant de finir par lui confirmer que je l'avais bien touchée. Ce n'était ni de la gêne ni une volonté de dissimuler une bonne nouvelle : je ne voyais tout simplement aucune raison de partager cette information avec quelqu'un qui avait précisément essayé de m'empêcher de bénéficier de cette prime.
Bloc de texteAparté — Dietplus : salaire, heures supplémentaires et soupçons
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Lorsque j'étais arrivé chez Dietplus, j'avais accepté un salaire correspondant à un contrat d'intérim. Je l'avais accepté en tenant compte du fait que j'étais intérimaire et que je pensais également percevoir les primes liées à la fin de mission. L'agent d'intérim m'avait expliqué que, si je signais ensuite un CDI, je pourrais renégocier mon salaire à la hausse à ce moment-là.
Quand j'avais abordé le sujet avec Philippe, le directeur, sa première réaction avait été assez éloquente :
« Oh ben non ! »
Il avait manifestement compris que cette réponse ne me convenait pas. J'étais même prêt à ne pas signer de CDI, d'autant que je gagnais nettement mieux ma vie auparavant chez Projective, une entreprise d'architectes.
Il avait alors trouvé une autre manière de répondre à ma demande : plutôt que d'augmenter mon salaire de base, il me proposait de me permettre de gagner davantage grâce aux heures supplémentaires, notamment lors des déplacements professionnels et des voyages.
Je lui avais pourtant expliqué que j'avais fait un master précisément pour accéder à un certain confort : un salaire correct, des horaires raisonnables et un travail qui me permette de préserver un équilibre. Je ne cherchais pas à travailler davantage pour gagner davantage. Mon métier était déjà mentalement fatigant et je ne souhaitais pas multiplier les heures de travail pour compenser un salaire que je jugeais insuffisant.
Philippe m'avait néanmoins assuré que nous trouverions des occasions de comptabiliser des heures supplémentaires, notamment grâce aux déplacements et au temps passé dans les transports. J'avais finalement accepté cette proposition.
Cette négociation m'avait aussi conforté dans une réflexion que je m'étais faite au fil de mes expériences professionnelles : demander à être correctement rémunéré, ou simplement à ce que toutes les heures effectuées soient payées, pouvait parfois freiner certains directeurs. J'avais parfois l'impression qu'ils ne considéraient pas leurs salariés comme des êtres humains, avec leurs besoins, leurs limites et leur vie personnelle, mais plutôt comme des robots sur lesquels il suffisait d'appuyer sur « Play » pour qu'ils se mettent au travail.
Dans mon cas, demander que mes heures supplémentaires soient payées n'était pas une manière de réclamer davantage d'argent en échange d'une disponibilité toujours plus grande. C'était même tout le contraire. Je voulais leur rappeler que je n'avais pas accepté ce travail pour passer ma vie au bureau. Je ne voulais pas travailler plus pour gagner plus : je voulais simplement un emploi aux horaires raisonnables, idéalement de 9 h à 17 h, et que les heures effectuées au-delà soient rémunérées. C'était précisément le confort professionnel que j'avais cherché à obtenir en faisant des études et en construisant mon parcours.
Un système avait ensuite été mis en place avec la personne chargée des ressources humaines ou de la comptabilité : je remplissais chaque mois un tableau récapitulant mes horaires, que Philippe validait directement. Les heures validées étaient ensuite enregistrées comme devant être payées. Je déclarais donc mes heures, le directeur les validait et elles étaient rémunérées. Ce fonctionnement était clair pour moi et je pensais qu'il allait de soi.
La situation m'avait toutefois surpris lors de la préparation de la convention, prévue au début du mois de février. Nous avions passé plusieurs soirées avec les deux graphistes de l'équipe communication. Nous parlions des heures supplémentaires et je leur avais expliqué que, de mon côté, j'attendais simplement la validation de mes horaires, tout en étant persuadé que je serais payé.
Elles m'avaient alors appris que, contrairement à moi, elles effectuaient régulièrement des heures supplémentaires sans être rémunérées, y compris lors des soirées de préparation de la convention. Elles commençaient tôt, terminaient tard et cette situation semblait se répéter d'une année sur l'autre.
Je leur avais dit que ce n'était pas normal et qu'il fallait en parler à la direction. Je ne leur avais pas pour autant détaillé mon propre accord avec Philippe ni expliqué que mes heures étaient, elles, systématiquement validées et payées.
C'est également pendant cette préparation que nous avions discuté avec Philippe et les ressources humaines des horaires prévus pour la convention et des modalités de rémunération des heures supplémentaires. Je ne me souviens plus précisément de tous les détails de cet accord, mais nous avions plus ou moins défini ce qui serait comptabilisé et payé.
C'est à ce moment-là que la nouvelle manager, Déborah, est intervenue. Après une réunion avec Philippe, elle était entrée dans notre bureau pour annoncer directement les modalités de rémunération. Je me souviens qu'elle avait dit, en substance :
« Bon, alors Claudia et Audrey, vous serez payées tant d'heures, et Patrick, tu seras payé douze heures, comme tu as vu avec Philippe. »
Les filles s'étaient regardées, puis avaient demandé pourquoi j'étais payé davantage alors qu'elles seraient elles aussi présentes lors de la convention. Je crois que la différence venait notamment du fait que je devais filmer certains éléments du repas et du dîner, tandis qu'elles seraient sur place sans travailler pendant ce moment-là.
C'est à partir de cette annonce que j'ai commencé à ressentir directement leurs frustrations à mon égard. Une négociation que j'avais menée personnellement avec Philippe, et qui concernait mes propres conditions de travail, venait d'être exposée devant mes collègues sans que j'aie choisi d'en parler avec elles.
Avec le recul, je me demande si cette façon de procéder n'était pas aussi une tactique réfléchie par Philippe. J'avais le sentiment qu'il se servait de Déborah pour me placer volontairement dans une situation susceptible de provoquer des tensions avec les filles de la communication et, plus largement, avec les autres personnes qui partageaient mon bureau.Déborah était la nouvelle directrice, elle n'était pas en couple avec Philippe et parlait parfaitement français. Ce qui m'avait surtout dérangé, c'était sa manière de faire : elle était entrée dans le bureau, où nous étions quatre ou cinq, avec notamment une assistante ou une stagiaire, et avait annoncé publiquement les modalités de rémunération comme s'il s'agissait d'une information à partager avec tout le monde. Une négociation individuelle que j'avais eue avec Philippe se retrouvait ainsi exposée devant plusieurs collègues, donnant presque l'impression que toute l'entreprise devait savoir que, contrairement à certaines autres salariées, mes heures supplémentaires étaient payées.
J'avais également le sentiment que cette révélation avait immédiatement alimenté des interprétations sur ma personne. La différence de traitement semblait être rapportée à mon homosexualité et à une prétendue proximité intime avec Philippe, comme si je bénéficiais de ces conditions parce que j'aurais eu quelque chose avec le directeur. Or, c'était totalement faux. Je n'avais aucune relation de cette nature avec lui. J'avais simplement négocié mes conditions de rémunération, et mes heures étaient payées dans le cadre de l'accord que nous avions conclu.
La convention s'est finalement tenue les 2 et 3 février 2019. Et j'ai justement vécu ces journées comme une illustration de ce que je ne voulais plus subir : j'avais commencé à 7 heures du matin et je ne me suis retrouvé dans ma chambre d'hôtel qu'aux alentours de 4 heures du matin.
Vers 2 ou 3 heures du matin, nous devions encore rendre la salle de conférence de l'hôtel entièrement vide et propre. Tout le monde semblait épuisé et peu motivé à s'y mettre. J'avais fini par prendre les choses en main, motiver les personnes présentes et leur donner des consignes pour que nous puissions terminer.
C'était un réflexe que j'avais acquis lors de mes expériences précédentes, notamment à Disney et dans la restauration : personne ne rentrait tant que tout n'était pas terminé. Même si ce n'était pas nécessairement à moi de diriger les opérations, je savais qu'il fallait s'organiser et avancer pour que tout soit rendu dans les délais. J'avais donc naturellement pris cette initiative.
Environ une semaine après la convention, lors de la réunion destinée à en faire le bilan, j'ai retrouvé cette même tension dans les remarques de Claudia. Je me souviens notamment de sa réflexion, sur un ton sarcastique :
« Oui, Patrick, tu veux qu'on dise quoi ? Que Patrick, c'est le meilleur ? Que Patrick, il sait tout faire ? »
Cette remarque m'avait marqué. Les frustrations que j'avais commencé à percevoir quelques jours avant la convention semblaient maintenant se confirmer ouvertement. Je ne vivais plus seulement un malaise lié à l'annonce de Déborah : je retrouvais ces tensions dans la manière dont certaines collègues parlaient de moi après l'événement.
Je me suis alors demandé quelle situation avait finalement conduit Philippe à préparer mon départ. À l'époque, je pensais sincèrement qu'il était quelqu'un de droit, avec qui je pouvais discuter et en qui je pouvais avoir confiance. Je ne lui avais jamais dit directement ce que je pensais de lui sur le plan personnel ; j'en avais seulement parlé à certains collègues, lorsque le comportement de Déborah commençait à devenir particulièrement difficile à supporter.
Aujourd'hui, avec le recul et à la lumière de ce que j'ai ensuite vécu chez Sputnik et dans d'autres entreprises, je me rends compte que Philippe était probablement lui-même à l'origine du harcèlement que j'ai subi chez Dietplus. L'épisode de Déborah annonçant publiquement mes heures payées n'était pas le seul comportement qui m'avait posé problème. J'ai désormais le sentiment qu'elle avait été recrutée pour me mettre en difficulté et contribuer à trouver un motif pour me faire partir.
Ce qui me frappe particulièrement, c'est que Philippe avait réussi à me faire croire qu'il faisait tout pour que je reste. Il m'avait notamment laissé entrevoir une évolution de ma rémunération lors de notre dernière réunion, ce qui renforçait cette impression. Mais lorsque je relis aujourd'hui les éléments liés à mon licenciement, je vois les choses autrement : pendant que je pensais qu'il cherchait à me retenir, j'ai le sentiment qu'il préparait en réalité les conditions de mon départ.
Au fond, je ne demandais rien d'extraordinaire : je voulais simplement être payé correctement, pour les heures que j'effectuais, selon les conditions qui avaient été convenues avec mon directeur. Pourtant, cette différence de traitement, révélée de cette manière, a contribué à faire naître des soupçons et des tensions autour de moi.
Quelques jours plus tard, le lundi 6 décembre 2021, j'ai été affecté à un sujet consacré au meeting d'Éric Zemmour qui s'était tenu la veille à Villepinte. C'était une mission inhabituelle pour moi : Trey ne me confiait normalement pas ce genre de sujet.
Avec le recul, j'ai clairement interprété cette affectation comme une manière pour Trey de se débarrasser de moi. Ma relation professionnelle avec Jelena prenait de plus en plus de place et, à mes yeux, elle était devenue une menace pour son propre rôle et sa position dans l'entreprise. Cette collaboration me donnait une autonomie et une place qui semblaient progressivement lui échapper.
Je suis moi-même issu des quartiers populaires et, à cette époque, les seuls amis qui me restaient étaient essentiellement des amis d'enfance, eux aussi issus de ces quartiers. Ce sujet ne représentait donc pas pour moi une simple séquence d'actualité à monter : il touchait directement à mon histoire et aux personnes qui m'étaient restées proches.
Mais il y avait un autre élément dans cette affectation. Le journaliste chargé de couvrir le meeting était un collègue guadeloupéen, qui était, à ma connaissance, le seul journaliste noir de la rédaction. Il avait lui-même été confronté à des incidents particulièrement désagréables pendant le rassemblement.
Il m'avait raconté avoir notamment reçu du gaz lacrymogène. Je garde également le souvenir qu'il m'avait expliqué que des membres du service de sécurité l'avaient pris pour un participant à l'action de SOS Racisme. Je ne me souviens plus exactement des circonstances, mais il me semble que sa couleur de peau avait joué un rôle dans cette confusion.
Il faut rappeler que, pendant le meeting du dimanche 5 décembre, les militants de SOS Racisme qui avaient déployé leur message « Non au racisme » avaient été violemment pris à partie par des participants. Plusieurs journalistes avaient également subi des intimidations et des agressions.
Ce collègue ne souhaitait pas apparaître à l'écran, présenter des sujets face caméra, animer des émissions ou même participer aux interviews réalisées sur Zoom. Il voulait simplement rester à la rédaction et écrire, sans donner son visage à la chaîne. Sa compagne était une femme russe proche de la direction, qui le pistonnait. Il se retrouvait donc dans une position délicate : bénéficiant de ce soutien, mais ne souhaitant pas pour autant se plier aux exigences de visibilité que la chaîne semblait attendre de lui.
Pour moi, Édouard Chanot l'avait envoyé couvrir ce meeting parce qu'il voulait se débarrasser de lui. Lui confier précisément un reportage de terrain, alors qu'il savait qu'il ne souhaitait pas être exposé devant les caméras, me semblait être une manière de le mettre en difficulté et de le pousser vers la sortie.
Nous nous sommes donc retrouvés tous les deux, le lendemain, à travailler sur ce sujet : lui après avoir couvert un rassemblement durant lequel il avait lui-même rencontré des difficultés, et moi chargé de monter les images. Deux personnes qui, chacune à leur manière, avaient des raisons particulières de ne pas vivre ce sujet comme une mission ordinaire.
Je me souviens surtout de la soirée que nous avons passée ensemble. Nous sommes restés au bureau jusqu'à 21 ou 22 heures environ, avec plusieurs échanges téléphoniques entre la rédaction et l'extérieur. Je ne savais pas exactement ce qui se jouait dans ces conversations. C'est mon collègue qui m'a expliqué qu'Édouard Chanot, qui était alors le rédacteur en chef de Sputnik France, échangeait directement avec Samuel Lafont, alors directeur de la communication numérique d'Éric Zemmour, candidat à l'élection présidentielle de 2022.
Cette information m'avait particulièrement interpellé. C'était le rédacteur en chef de la rédaction qui échangeait directement avec une personne appartenant à l'équipe de communication d'un candidat à la présidentielle, alors même que nous étions en train de travailler sur un reportage consacré à ce candidat.
Je savais par ailleurs que les échanges entre les deux hommes ne se limitaient pas, à ma connaissance, à cette soirée ou à des nécessités professionnelles ponctuelles. J'avais connaissance de contacts en dehors du travail et du fait qu'ils se voyaient également dans un cadre privé. J'avais donc le sentiment qu'il existait entre eux une proximité amicale, et pas uniquement une relation institutionnelle entre un responsable de rédaction et un interlocuteur politique.
La question qui se posait alors pour moi était celle de l'indépendance éditoriale de la rédaction. Jusqu'où un rédacteur en chef peut-il entretenir des relations personnelles avec un responsable de la communication d'un candidat à une élection présidentielle, tout en conservant une distance suffisante pour garantir l'autonomie de ses choix éditoriaux ? Ce qui me questionnait, c'était la nature de ces échanges, cette proximité personnelle et le fait que leurs conversations semblaient intervenir jusque dans des arbitrages concernant le contenu même du reportage.
Cette interrogation prenait aussi une autre dimension lorsque je repensais à la manière dont certaines autres candidatures avaient été traitées au sein de la rédaction. Comme je l'avais évoqué précédemment, certains journalistes avaient refusé d'animer des émissions consacrées à des candidats qui ne correspondaient pas à leurs sensibilités, notamment celle avec Marie Cau, candidate transgenre à l'élection présidentielle. D'autres candidatures, notamment issues de la gauche, avaient également suscité des réticences. Je ne comprenais donc pas comment certains journalistes pouvaient prendre leurs distances avec des sujets pour des raisons de convictions personnelles, tandis que le rédacteur en chef entretenait des échanges directs et apparemment amicaux avec l'entourage d'un candidat dont nous couvrions l'actualité.
Je ne prétends pas que ces échanges suffisent à prouver une intervention extérieure dans le travail journalistique ou un manque d'impartialité. Mais ils soulevaient, à mes yeux, une vraie question : où s'arrêtait le dialogue avec une équipe de campagne et où commençait une proximité susceptible d'influencer les choix de la rédaction ?
J'avais aussi le sentiment qu'une partie des décisions et des informations circulait dans un cercle assez restreint, sans que les personnes directement chargées de réaliser le travail soient nécessairement informées de ce qui se décidait réellement. Cela nourrissait chez moi une impression de fonctionnement en circuit fermé, voire de rétention d'informations. J'avais parfois le sentiment que certains responsables cherchaient à conserver la maîtrise des décisions et à mener leurs propres échanges ou arbitrages en parallèle, comme s'ils disposaient d'un espace de pouvoir personnel au sein de l'entreprise.
Et tout cela pour une question qui nous paraissait finalement assez dérisoire : fallait-il intégrer ou non un extrait d'un clip musical, qui me semble être celui de Médine, dans le reportage ? Il y avait une interrogation autour des droits d'utilisation et du risque que la vidéo soit retirée si cet extrait était conservé.
Nous attendions donc des arbitrages, les appels se succédaient et les heures passaient. Mon collègue et moi étions particulièrement frustrés de devoir rester aussi tard pour une décision de montage qui, à nos yeux, aurait dû pouvoir être réglée bien plus simplement.
J'avais également le sentiment que le choix de cet extrait participait à une construction éditoriale destinée à renvoyer une image négative des habitants des quartiers populaires, notamment de ceux qui écoutent du rap. Ce qui renforçait mon malaise, puisque je connaissais parfaitement les représentations auxquelles ce type de traitement pouvait contribuer.
Je faisais donc un parallèle entre nos deux situations : Trey semblait vouloir m'écarter parce que ma collaboration avec Jelena devenait dangereuse pour sa place, tandis qu'Édouard Chanot semblait vouloir pousser ce journaliste vers la sortie parce qu'il ne voulait pas se plier aux missions d'exposition à l'écran. Je ne savais pas s'il existait une concertation entre eux, mais j'avais le sentiment que chacun utilisait son pouvoir opérationnel pour se débarrasser d'un collaborateur devenu, pour des raisons différentes, indésirable à ses yeux.
Ce qui rendait la situation encore plus paradoxale, c'est que Jelena souhaitait réellement me garder dans l'entreprise. Elle m'avait même proposé d'aborder la question d'une meilleure rémunération si l'argent constituait un obstacle à mon maintien. Elle avait donc suffisamment d'influence pour envisager de faire évoluer mes conditions de travail, alors que je ressentais parallèlement une évolution bien différente dans mes rapports avec Trey.
Je ne prétends pas connaître toutes les décisions prises au niveau de la direction ni les intentions exactes des personnes concernées. Mais j'ai eu le sentiment d'être pris entre deux formes d'influence : celle d'une personne qui souhaitait sincèrement poursuivre notre collaboration et celle d'autres personnes dont les décisions semblaient rendre cette perspective de plus en plus compliquée.
C'est finalement ce qui m'a le plus marqué dans cette expérience. Je n'étais pas venu chez Sputnik pour entrer dans des rivalités internes, contester une autorité ou prendre la place de quelqu'un. J'étais venu pour travailler et mettre mes compétences audiovisuelles au service d'une entreprise.
Pourtant, mon avenir professionnel semblait parfois dépendre davantage de rapports de pouvoir et de considérations qui m'échappaient que de la qualité du travail que j'étais capable de fournir.
Bloc de texteAparté — RT et Sputnik interdits en Europe : une décision qui soulève encore des questions
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Quelques semaines après la fin de mon CDD chez Sputnik France, un événement allait profondément changer le paysage médiatique dans lequel j'avais travaillé.
Le 2 mars 2022, à la suite de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'Union européenne a décidé de suspendre les activités de diffusion de Russia Today (RT) et Sputnik sur son territoire et à destination de celui-ci. La décision avait été adoptée par le Conseil de l'Union européenne le 1er mars et s'inscrivait dans le cadre des sanctions prises contre la Russie après l'offensive militaire déclenchée le 24 février.
La justification avancée par les institutions européennes était que ces médias étaient contrôlés directement ou indirectement par les autorités russes et participaient à une stratégie de désinformation et de manipulation de l'information menée par le Kremlin. Selon le Conseil, ces médias contribuaient à soutenir l'agression militaire contre l'Ukraine et représentaient une menace pour l'ordre public et la sécurité de l'Union.
Il ne s'agissait pas uniquement d'interdire la diffusion télévisée classique. La mesure concernait également la transmission et la distribution de leurs contenus par satellite, câble, plateformes numériques, sites internet et applications. Le Tribunal de l'Union européenne a ensuite rejeté, en juillet 2022, le recours de RT France contre cette mesure.
Mais cette décision m'amène aujourd'hui à poser une autre question.
Interdire la diffusion d'un média ne signifie pas interdire individuellement à ses journalistes de continuer à exercer leur métier. L'Union européenne n'a pas prononcé d'interdiction professionnelle visant chaque personne qui travaillait chez RT ou Sputnik. Les journalistes concernés pouvaient donc poursuivre d'autres activités dans l'Union, comme mener des recherches, réaliser des entretiens ou travailler pour d'autres médias.
Cela ne signifie évidemment pas que la décision était sans conséquences pour eux. La disparition de leur antenne et de leurs canaux de diffusion pouvait bouleverser leur activité, leur emploi et leur capacité à atteindre un public. La possibilité de continuer à travailler ailleurs n'est pas la même chose que de conserver la visibilité et les moyens dont ils disposaient auparavant.
C'est notamment le cas d'Édouard Chanot, ancien rédacteur en chef de Sputnik France. Il a poursuivi son activité journalistique après cette interdiction et anime notamment l'émission « Chocs du monde » sur TV Libertés (TVL). Il fait donc partie de ces figures de Sputnik qui sont restées visibles dans le paysage audiovisuel français, malgré la disparition de leur ancienne antenne. Mais son parcours ne signifie pas que tous les journalistes, collaborateurs et intervenants de Sputnik ont bénéficié des mêmes possibilités.
Je m'interroge aussi sur le traitement réservé aux autres médias. RT et Sputnik n'ont pas été les seuls concernés : d'autres chaînes et organes de presse russes ont progressivement été ajoutés aux sanctions européennes. Mais cela signifie également que des chaînes dont les lignes éditoriales peuvent être très contestées continuent d'exister et de diffuser leurs contenus en France, dès lors qu'elles ne relèvent pas du dispositif de sanctions visant les médias soutenus ou contrôlés par le Kremlin.
Je pense notamment à i24NEWS, une chaîne d'information israélienne qui diffuse notamment en français. Sa ligne éditoriale me semble clairement défendre les intérêts et les positions d'Israël. Elle reste accessible aux téléspectateurs français par différents bouquets et offres de télévision des opérateurs. Je ne prétends pas que toutes ces situations soient juridiquement comparables, mais je trouve la différence de traitement particulièrement troublante.
Depuis les événements du 7 octobre 2023, cette interrogation a pris une autre dimension pour moi. Après les attaques du Hamas et d'autres groupes armés contre Israël, puis l'offensive militaire israélienne de grande ampleur dans la bande de Gaza, j'ai été de plus en plus heurté par certains propos entendus sur i24NEWS. Les opérations militaires israéliennes et les violences qui se poursuivent aujourd'hui à Gaza, au Liban et en Cisjordanie occupée ont encore renforcé ce malaise.
Je n'ai pas d'attache particulière avec la population palestinienne, mais cela ne m'empêche évidemment pas d'être profondément choqué par certaines déclarations. Ce qui me dérange, c'est notamment d'entendre des propos que je trouve extrêmement violents à l'égard des Palestiniens, parfois jusqu'à remettre en question leur innocence ou leur droit à rester sur leur territoire, tout en voyant la chaîne continuer à bénéficier d'une présence médiatique en France.
Je ne suis évidemment pas le seul à avoir été heurté par certains contenus de cette chaîne. Des critiques de médias ont notamment documenté des interventions de chroniqueurs d'i24NEWS justifiant la vengeance contre Gaza, contestant l'existence de civils innocents ou évoquant la possibilité de vider la bande de Gaza. Je parle ici de propos tenus par des intervenants identifiables, et non de l'ensemble des journalistes de la chaîne.
Je ne sais pas si i24NEWS bénéficie de financements publics, français ou israéliens, et je ne souhaite pas l'affirmer sans preuve. Les informations publiques que j'ai retrouvées la présentent historiquement comme une chaîne privée, financée par l'homme d'affaires Patrick Drahi et rattachée à ses intérêts médiatiques. Mais elle continue, en tout cas, d'être distribuée et de disposer d'une visibilité importante dans le paysage audiovisuel français.
Je ne comprends donc pas pourquoi certains médias ont été écartés aussi radicalement du paysage audiovisuel européen, tandis que d'autres, dont les contenus peuvent également soulever de graves questions éditoriales, continuent d'y avoir une place. Je ne demande pas nécessairement que l'on interdise les uns ou les autres. Je m'interroge plutôt sur la cohérence des critères retenus et sur la manière dont ils sont appliqués.
Avec le recul, je ne suis plus certain que la direction russe ait nécessairement contrôlé chaque contenu diffusé ou chaque décision prise au sein des rédactions de Sputnik et de RT. Mon impression, à partir de ce que j'ai observé pendant mon passage chez Sputnik, est plutôt que son influence pouvait s'exercer en amont : en définissant les grandes orientations, les sujets prioritaires et, surtout, les limites à ne pas franchir. Autrement dit, je pense que les consignes portaient peut-être davantage sur ce dont il ne fallait pas parler que sur chaque chose qui devait être dite.
La géopolitique internationale semblait notamment constituer un axe éditorial important. Pour le reste, j'avais le sentiment qu'une certaine marge de manœuvre était laissée aux équipes françaises, notamment aux personnes chargées de la rédaction et de la direction technique. C'étaient des professionnels français qui occupaient ces fonctions et qui assuraient concrètement le fonctionnement quotidien de l'antenne.
Mon interprétation actuelle est que la direction russe fournissait un cadre et des moyens, tandis qu'elle confiait à des équipes françaises le soin de faire vivre ces médias et de produire les contenus. En quelque sorte, elle mettait à leur disposition les moyens de diffusion et les rémunérait pour construire et alimenter ces antennes françaises, avec leurs propres pratiques éditoriales et opérationnelles.
Je me demande donc si l'on n'a pas parfois attribué à la direction russe l'entière responsabilité de décisions qui relevaient aussi des personnes européennes chargées de faire fonctionner ces rédactions. Je ne suis pas convaincu que la volonté première des responsables russes ait nécessairement été de provoquer intentionnellement des conflits au sein des sociétés européennes. Je pense plutôt que le fonctionnement concret de ces médias, les décisions de leurs responsables français et les choix éditoriaux réalisés localement ont également joué un rôle dans la situation qui a finalement conduit à leur interdiction.
Cette réflexion me ramène aussi à la période pendant laquelle Sputnik France donnait la parole à des personnalités françaises, notamment à des figures du mouvement des Gilets jaunes. Ces personnes venaient témoigner de leurs revendications et de leurs expériences, parfois loin des plateaux des médias traditionnels. Je garde le souvenir d'un espace où des Français issus de milieux populaires pouvaient s'exprimer et être entendus, même lorsque leurs propos ou leurs parcours ne correspondaient pas aux sensibilités des rédactions les plus installées.
Aujourd'hui, je constate que certaines figures importantes ayant travaillé avec Sputnik restent visibles dans d'autres médias. Mais je constate aussi que les figures des Gilets jaunes auxquelles Sputnik avait donné une place et une visibilité ne bénéficient plus nécessairement de la même exposition. Elles n'ont pas été individuellement interdites de parole par la décision européenne, mais elles ont perdu l'un des espaces médiatiques qui leur permettaient de s'adresser à un public. La disparition de cette antenne n'a donc pas eu les mêmes conséquences pour tout le monde.
Il faut rappeler que les Gilets jaunes n'ont jamais constitué un mouvement politiquement homogène. Certaines de ses figures ont ensuite été rapprochées de l'extrême droite, et des responsables politiques ont cherché à s'approprier ce mouvement. Mais cela ne signifie pas que les revendications initiales des Gilets jaunes se confondaient avec le programme du Front national de l'époque, devenu depuis le Rassemblement national. Plusieurs de leurs revendications sociales et démocratiques ne correspondaient pas nécessairement aux orientations de ce parti.
Je trouve d'ailleurs le contraste intéressant lorsque l'on se penche sur les affaires financières ayant concerné le Rassemblement national, notamment l'affaire des assistants parlementaires européens, qui a abouti à des condamnations en 2025 pour détournement de fonds européens. Cela rappelle que les personnalités qui prétendent représenter les Français ordinaires ou défendre leur colère ne sont pas nécessairement celles qui défendent réellement leurs intérêts.
Mon regard sur cette période a donc évolué. Je ne considère pas aujourd'hui que Sputnik et RT étaient des médias parfaitement indépendants, impartiaux ou exempts de biais. Ce n'est pas ce que je cherche à démontrer. En revanche, je m'interroge de plus en plus sur la facilité avec laquelle on a pu présenter ces médias comme les simples instruments d'une volonté russe uniforme, sans toujours examiner le rôle des responsables et des équipes européennes qui les faisaient fonctionner.
C'est une lecture personnelle que j'ai construite assez récemment, notamment à partir de ce que j'ai vécu après mon départ de Sputnik, mais aussi en observant le traitement médiatique et politique réservé aux événements du Proche-Orient depuis octobre 2023.
Je reviendrai sur ce sujet dans mon prochain article consacré à l'année 2022. Plusieurs événements survenus après mon départ, leurs dates et certaines actions menées à mon encontre m'ont conduit à m'interroger sur des coïncidences qui, avec le recul, ne m'en semblent peut-être plus vraiment. Il me paraît important de raconter ces éléments séparément, car ils ont participé à faire évoluer ma compréhension de ce que j'avais vécu chez Sputnik.
Ce que cette expérience m'a appris sur les convictions et les préjugés
Avec le recul, mon expérience chez Sputnik m'a aussi amené à réfléchir à certaines contradictions que j'ai pu observer dans les discours politiques, notamment dans certains milieux de gauche auxquels je me sentais pourtant relativement proche.
Il y a une formule que l'on entend régulièrement : il ne faut pas juger les gens sans les connaître, il faut dépasser les apparences, essayer de comprendre les parcours individuels et ne pas réduire une personne à ses opinions ou à ses appartenances. Je partage assez largement cette idée. Pourtant, j'ai parfois eu l'impression que ce principe disparaissait dès lors qu'il était question de personnes travaillant pour des médias associés à la Russie ou à des courants politiques considérés comme extrêmes.
Comment peut-on défendre le principe de ne pas juger quelqu'un sans le connaître, tout en condamnant parfois d'emblée des personnes simplement parce qu'elles travaillent dans une entreprise ou un environnement politique que l'on désapprouve ?
Mon passage chez Sputnik m'a justement confronté à cette distinction entre les individus, les organisations auxquelles ils appartiennent et les idées qu'ils peuvent défendre. Travailler dans une entreprise russe ne signifiait pas automatiquement adhérer à toutes les positions du gouvernement russe. De la même manière, côtoyer des personnes dont les opinions politiques pouvaient être très différentes des miennes ne signifiait pas que je partageais leurs convictions.
Ce qui m'a également surpris, c'est que je me suis parfois senti beaucoup plus à l'aise dans mes échanges avec des collègues russes qu'avec certains de mes collègues français. Je ne dis évidemment pas que les Russes seraient par nature plus sympathiques ou plus ouverts que les Français. Ce serait absurde de tirer une conclusion aussi générale à partir de mon expérience personnelle. Mais cette différence m'a suffisamment marqué pour que je me pose des questions.
Je pense notamment à Natalia Novikova, la directrice de Sputnik France. Avant de travailler dans cette entreprise, j'avais accumulé un certain nombre de préjugés sur les Russes et sur leur manière de fonctionner. J'avais donc quelques appréhensions à l'idée de discuter avec elle, de faire un faux pas ou de dire quelque chose qui pourrait être mal interprété. Comme je l'ai expliqué ailleurs, j'ai parfois tendance à parler ou à agir spontanément, sans toujours anticiper les conséquences de ce que je dis.
Pourtant, Natalia m'a toujours très bien traité. Elle était souriante, agréable et accueillante. Et ce qui m'avait frappé, c'était que son sourire ne me semblait pas commercial ou intéressé. Ce n'était pas le sourire parfois exagéré de quelqu'un qui cherche à vous vendre quelque chose. Elle n'avait rien à me vendre ; c'était plutôt moi qui lui proposais mes compétences et mon travail. Nos échanges ont été relativement rares et limités, mais j'en ai gardé un souvenir sincèrement positif.
Il y avait également Jelena, avec qui j'ai développé la collaboration professionnelle que j'ai racontée précédemment. Avant de travailler avec elle, j'avais entendu plusieurs collègues de l'équipe technique se plaindre de ses demandes. Certains trouvaient ses montages fastidieux, ses attentes compliquées et le fait qu'elle parle peu français particulièrement contraignant.
Je m'attendais donc à une collaboration difficile. Pourtant, c'est finalement avec elle que je me suis le mieux entendu professionnellement.
Ce que j'appréciais particulièrement, c'était la simplicité de notre fonctionnement. Nous ne parlions pratiquement jamais de nos vies personnelles. Nos échanges restaient centrés sur le travail, les idées, les montages et les choix créatifs. Cela ne nous empêchait pas de plaisanter, de rire ou de nous accorder quelques libertés artistiques. Mais chacun connaissait sa place et respectait celle de l'autre.
Cette frontière claire entre vie professionnelle et vie privée me convenait parfaitement.
Elle contrastait avec plusieurs expériences que j'avais vécues dans des entreprises françaises, où certains collègues cherchaient rapidement à prolonger les relations professionnelles autour d'un verre ou à poser des questions personnelles sur ce que je faisais en dehors du bureau.
Chez Dietplus, par exemple, une collègue m'avait demandé, dès le premier ou le deuxième mois, pourquoi je ne buvais pas d'alcool avec eux. Elle était même allée jusqu'à me demander si je prenais des médicaments qui m'empêchaient de boire. À l'époque, ce n'était pas le cas.
En réalité, mon refus de boire de l'alcool avec mes collègues était un choix conscient pour préserver une limite professionnelle. Je sais que je peux parfois dire spontanément ce qui me passe par la tête, et que l'alcool accentue encore cette tendance. Je n'avais aucune envie de fragiliser mes relations de travail ni de risquer que des paroles ou des comportements survenus dans un contexte informel puissent ensuite être utilisés contre moi.
Avec Jelena, je n'avais pas besoin de me justifier sur ces questions. Nous pouvions travailler efficacement, nous entendre et même rire ensemble sans chercher à entrer dans nos vies privées. Et c'est probablement l'une des raisons pour lesquelles j'ai autant apprécié cette collaboration.
Je garde également un souvenir particulièrement attachant d'un autre collègue russe de l'équipe technique, Evgeny, si je me souviens bien de son prénom. Il devait avoir une quarantaine ou une cinquantaine d'années. Avec ses cheveux gris un peu longs et son côté rock, il avait un personnage assez amusant. Il me parlait notamment d'AC/DC, qu'il écoutait dans sa jeunesse.
Il me semble qu'il était caméraman à l'origine, mais qu'on lui confiait aussi des tâches dont il n'avait pas particulièrement envie, notamment la préparation technique des enregistrements de Jelena. Lui aussi faisait l'objet de critiques de la part de certains collègues.
Pourtant, plus je travaillais avec Jelena, plus je passais de temps avec lui. Malgré nos éventuelles difficultés de communication en français, nous arrivions à plaisanter et à partager quelques moments agréables. Il est finalement devenu l'un des collègues de l'équipe technique auxquels je me suis le plus attaché. Et, là encore, il était russe.
Je me souviens enfin d'une rédactrice russe, plus âgée, qui s'exprimait très bien en français et travaillait principalement sur des sujets liés à l'art et à la culture russes. Nous n'avons eu que quelques conversations, mais elles étaient intéressantes.
Mes parents étant d'origine polonaise, j'ai passé plusieurs vacances scolaires et plusieurs étés en Pologne. Cela me donnait quelques points de comparaison avec la culture russe, notamment sur le plan linguistique. Les deux langues étant slaves, certains mots russes me paraissaient familiers, parfois presque identiques à des mots polonais que je connaissais.
Ces échanges étaient modestes, mais ils participaient à rendre mon expérience plus humaine et à déconstruire certaines représentations que j'avais avant d'arriver dans cette entreprise.
J'ai ainsi compris que les affinités humaines ne suivent pas nécessairement les frontières politiques, idéologiques ou nationales que l'on imagine.
Cela m'a aussi appris à me méfier des jugements collectifs. Une personne ne se résume pas à son employeur, à sa nationalité, à ses fréquentations ou à l'étiquette politique qu'on lui attribue. On peut travailler pour une entreprise dont on ne partage pas toutes les orientations, avoir des relations cordiales avec des personnes dont on ne partage pas les idées et, inversement, ne pas réussir à s'entendre avec des personnes qui sont censées partager les mêmes valeurs que nous.
Je ne cherche pas à présenter mon expérience chez Sputnik comme un modèle de pluralisme ou d'indépendance journalistique. J'en ai moi-même observé les limites et les contradictions, et j'ai raconté plusieurs situations qui m'ont profondément interrogé. Mais je refuse de considérer que les personnes que j'y ai rencontrées peuvent être réduites à l'image que l'on se fait de leur employeur ou du pays auquel celui-ci est associé.
Au fond, ce que je retiens de cette période dépasse largement les questions politiques. Elle m'a confronté à une réalité assez simple, mais que l'on semble parfois oublier : les valeurs que l'on revendique ne se mesurent pas uniquement à ce que l'on dit défendre, mais aussi à la manière dont on traite concrètement les personnes que l'on rencontre.
C'est peut-être la contradiction qui m'a le plus marqué : avoir découvert certaines formes de rejet et de méfiance chez des personnes dont je pensais partager les valeurs, et avoir trouvé davantage de simplicité dans mes relations avec des personnes dont je ne partageais pourtant ni les origines ni nécessairement les convictions.
Je ne suis pas sorti de cette expérience avec une nouvelle appartenance politique, ni avec la volonté de défendre un camp contre un autre. J'en suis surtout sorti avec une méfiance plus grande envers les certitudes collectives et les jugements portés sur des personnes que l'on n'a jamais réellement pris la peine de connaître.
Bloc de texteAparté — Morozov : la froideur qui réchauffait
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J'avais beaucoup de préjugés avant d'arriver chez Sputnik. Pourtant, plusieurs des personnes qui m'ont le plus aidé à me relever et à reprendre confiance étaient russes. À plusieurs reprises, elles ont même pris ma défense. Ce contraste m'a particulièrement marqué, car certains de mes collègues français semblaient au contraire me prêter des intentions qui n'étaient pas les miennes, comme si j'étais là pour prendre leur place ou menacer leur position. Alors que ce n'était absolument pas mon objectif.
Morozov était le comptable de Sputnik. C'était un homme grand, droit, avec une certaine prestance. Il avait une manière de communiquer très directe, réservée et essentiellement professionnelle. Nos échanges étaient peu nombreux et concernaient surtout mes contrats, mes documents administratifs, ma rémunération et les questions de ressources humaines.
Au départ, j'avais quelques appréhensions à son égard. Les collègues de la technique le décrivaient comme quelqu'un de particulièrement froid, presque comme un ancien agent du KGB. Pourtant, ce que j'ai découvert était exactement l'inverse de ce que je redoutais.
Il ne cherchait pas à créer une proximité artificielle, ne me faisait pas de grandes promesses et ne tentait pas de me convaincre qu'il faisait tout pour mon bien. Il faisait simplement son travail. Et, à chaque fois que je passais par lui, les choses étaient claires : mes documents étaient en ordre, mes rémunérations étaient correctement traitées et j'étais payé comme prévu. Même à la fin de mon CDD, j'ai touché un salaire que je n'avais pas connu dans plusieurs de mes précédentes entreprises françaises.
Après certaines expériences professionnelles où j'avais eu le sentiment d'être manipulé sous couvert de bienveillance, cette droiture et cette simplicité représentaient un véritable soulagement. Je pouvais presque voir en Morozov une figure paternelle, quelqu'un de fiable, auprès de qui je n'avais pas besoin de me méfier en permanence.
J'avais également eu quelques échanges avec sa fille, qui faisait des piges journalistiques pour Sputnik. Je la trouvais particulièrement belle et saine, mais je n'avais aucune intention particulière à son égard. Ce qui m'avait davantage marqué, c'était son côté intellectuel et les quelques discussions que nous avions eues.
Un jour, je l'avais notamment surprise en train de regarder VU, l'émission de zapping de France Télévisions. Je lui avais raconté qu'au lycée, une professeure de français nous avait appris à décrypter ce type de montage et à comprendre la démarche éditoriale derrière le choix et l'enchaînement des séquences. Nous nous étions retrouvés sur cette manière d'apprécier l'émission et d'en analyser le travail. Je ne connaissais pas ses opinions politiques et je ne cherchais d'ailleurs pas particulièrement à les connaître.
Finalement, ce qui me frappe aujourd'hui, c'est ce contraste entre les six mois que j'ai passés à travailler avec des Russes et les nombreuses expériences que j'avais vécues auprès d'employeurs français ou européens. À plusieurs reprises, j'avais eu le sentiment que l'on cherchait à profiter de ma disponibilité, de mon travail ou de ma confiance. Chez Sputnik, malgré les préjugés que j'avais emportés avec moi, j'avais trouvé des personnes auprès desquelles je me sentais beaucoup plus serein.
Je ne prétends évidemment pas que les Russes seraient tous droits et les Français tous manipulateurs. Ce serait reproduire exactement le genre de jugement collectif que je critique depuis le début. Mais mon expérience personnelle m'a obligé à remettre en question certaines certitudes.
Et puis, il faut bien terminer sur une comparaison qui me tient particulièrement à cœur. Si Morozov représentait pour moi une forme de droiture et de bienveillance, Philippe Langohr, le directeur de Dietplus, incarnerait plutôt Ursula, la sorcière des mers dans La Petite Sirène. Avec sa manière de se montrer rassurant pour finalement vous entraîner dans une situation qui sert ses propres intérêts.
À l'époque, j'avais d'ailleurs surnommé deux de mes collègues, Audrey et Anaïs, « les murènes », en référence à Flotsam et Jetsam, les deux acolytes d'Ursula. Plusieurs personnes de l'entreprise m'avaient pourtant conseillé de me méfier d'elles. Elles étaient très proches de la direction, notamment de Philippe Langohr et de sa « première dame », et l'on m'avait averti qu'elles avaient tendance à recueillir des informations sur les collègues pour les rapporter ensuite à la direction.
Mais j'étais plutôt insouciant et j'avais choisi de ne pas vraiment tenir compte de ces avertissements. Je n'avais rien à cacher et je pensais simplement me comporter correctement, sans chercher à dépasser certaines limites avec qui que ce soit. J'avais malgré tout conservé une certaine retenue, même si elles m'invitaient régulièrement à aller boire de l'alcool avec elle.
Ce qui m'avait également frappé, c'était leur manière de profiter des moyens mis à leur disposition par l'entreprise. Elles disposaient d'une carte bancaire professionnelle et se vantaient de régler leurs repas et même l'alcool qu'elles consommaient (en masse) avec cette carte, avant de faire passer le tout en notes de frais. Elles avaient visiblement trouvé une manière assez agréable de profiter des avantages de leur fonction. Toutes deux vivaient en dehors de Paris et bénéficiaient également de la prise en charge de leurs déplacements. Elles pouvaient aussi écourter leur présence au bureau en faisant valoir leur temps de trajet retour et, à certaines occasions, dormir dans un hôtel parisien aux frais de l'entreprise. D'après ce que j'observais et ce que j'entendais de mes collègues, elles restaient presque toujours toutes les deux et se mélangeaient très peu au reste de l'équipe. Elles semblaient ne rejoindre le groupe que lorsqu'elles avaient une mission à remplir pour Ursula. J'avais souvent l'impression qu'elles venaient alors surtout recueillir des informations et comprendre ce qui se disait ou se décidait parmi nous, le petit peuple.
Pour être honnête, je ne les considérais pas comme les ampoules les plus brillantes du sapin, et je me demandais parfois ce que Philippe trouvait à les employer de cette manière. J'avais même l'impression qu'il avait besoin de personnes suffisamment faciles à contrôler et à orienter pour leur faire exécuter certaines choses qu'il ne pouvait pas faire lui-même, compte tenu de sa position de directeur. Pendant ce temps, même un simple Coca-Cola que je prenais avec elles ne semblait pas mériter de figurer sur leurs notes de frais !
Après l'arrivée de Déborah, les choses ont progressivement pris une autre tournure. Des interprétations de mon comportement ont commencé à circuler et certaines accusations ont ensuite été reprises dans les éléments liés à mon licenciement, notamment les prétendues menaces d'enregistrement. Le jour où l'on m'a remis ma lettre de mise à pied, j'ai compris que l'une de ces deux collègues avait rapporté ces propos factices à la direction. Cette même collègue occupe aujourd'hui le poste de directrice de concept, après le départ forcé de Françoise, qui occupait cette fonction depuis la création de Dietplus et y avait une place importante. C'est d'ailleurs lors de ma mission freelance avec Dietplus dans le Sud, en septembre 2022 (une mission qui, avec le recul, n'avait rien d'une coïncidence et dont je reparlerai dans un prochain article consacré à l'année 2022), après avoir échangé avec d'anciens franchisés que je connaissais depuis mon premier passage dans l'entreprise, que j'en ai appris davantage sur les circonstances de ce départ. D'après ce que j'en ai compris, Françoise avait été poussée vers la sortie.
Finalement, Philippe était Ursula et moi, j'étais Ariel. Il me manque simplement les cheveux roux ! Mais, pour la voix, c'est une autre histoire. Ceux qui ont lu le passage de cet article consacré à ma pause repas chez Sputnik et à la performance de Lady Gaga au Super Bowl se souviendront peut-être de mon fameux « God Bless America ». Je chantonne pratiquement tout le temps en travaillant, au point que mes collègues ont souvent eu l'occasion de me le faire remarquer ! Et pourtant, après mon licenciement, j'avais perdu bien plus qu'un emploi : une partie de ma spontanéité, de ma confiance en moi et de cette liberté d'expression qui faisait partie de ma personnalité.
C'est finalement assez paradoxal : Dietplus m'avait donné l'impression de me voler ma voix, mais ce sont des personnes que j'avais initialement appris à considérer avec méfiance qui m'ont aidé à la retrouver. Celles dont je pensais devoir me méfier m'ont parfois davantage soutenu que celles qui prétendaient partager mes valeurs.
Comme Ariel, j'avais perdu ma voix. Heureusement, j'ai fini par la retrouver. Et cette fois, je compte bien la garder ! Même si je ne suis toujours pas prêt à me lancer dans une carrière musicale. 🧜♂️
L'après Sputnik...
Mais cette confiance retrouvée et tout ce que mes six mois chez Sputnik m'avaient permis de récupérer n'ont malheureusement pas duré longtemps. Après mon départ, le 21 janvier 2022, une succession d'événements est venue fragiliser à nouveau ma situation :
Mars 2022 : un congé pour reprise de mon logement*, officiellement destiné au fils de mon propriétaire, dont j'ai découvert par la suite que le motif ne correspondait pas à la réalité.
Une rupture familiale : une demande d'aide suivie d'une réponse particulièrement brutale, qui m'a conduit à couper les ponts avec ma famille.
Une santé devenue source d'inquiétude : malgré mes efforts pour rester actif, les alertes de mon Apple Watch et les contradictions rencontrées auprès de certains professionnels de santé.
Un parcours administratif épuisant : des difficultés à obtenir les aides sociales et l'accompagnement dont j'avais besoin, malgré plusieurs démarches.
Une précarité professionnelle et résidentielle : sans CDI, sans logement stable et avec des recherches de colocation qui semblaient parfois impossibles.
Des démarches pour faire reconnaître mes droits : un accueil décourageant au commissariat, des difficultés à obtenir des conseils juridiques et des coïncidences troublantes dans la chronologie de certaines prises de contact.
De nouvelles désillusions professionnelles : une mission freelance avec Dietplus en septembre 2022, dans des conditions qui m'ont finalement conduit à retirer une offre.
Une nouvelle période de débrouille : plusieurs hébergements provisoires, des déménagements successifs et quelques nuits dans un appartement encore en travaux, sans arrivée d'eau.
Un quotidien devenu particulièrement difficile : un petit contrat de plonge de quatre heures par semaine, des paiements différés, un logement froid, un matelas au sol et des alertes répétées de mon Apple Watch concernant mon rythme cardiaque faible.
Voilà ce qui a suivi ces six mois pendant lesquels j'avais enfin commencé à me reconstruire.
*Voir l'aparté ci-dessous pour comprendre ce qu'est un congé pour reprise.
Bloc de texteAparté — Le congé pour reprise : un droit encadré par la loi
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Un congé pour reprise n'est pas une expulsion. C'est une procédure légale permettant à un propriétaire de mettre fin au bail à son échéance afin de récupérer son logement pour y habiter lui-même ou y loger un membre de sa famille autorisé par la loi.
Pour une location vide constituant la résidence principale du locataire, le propriétaire doit respecter un préavis de six mois. Il doit également préciser dans son courrier le motif de la reprise, le nom et l'adresse du bénéficiaire ainsi que le lien familial avec celui-ci. Un fils fait notamment partie des bénéficiaires autorisés. La personne désignée doit ensuite effectivement occuper le logement à titre de résidence principale.
Il existe une autre procédure, distincte : le congé pour vendre, lorsque le propriétaire souhaite vendre son logement. Ce n'est donc pas une simple variante du congé pour reprise.
Dans mon cas, le propriétaire avait justifié sa décision par la volonté de récupérer l'appartement pour son fils. Pourtant, j'ai appris par la suite, grâce à des personnes de l'immeuble, que celui-ci n'y vivait pas et qu'une autre femme occupait les lieux. Son nom ne figurait pas sur la boîte aux lettres, où apparaissait celui du propriétaire.
Le problème, lorsqu'on est dans une situation financière et personnelle très précaire, est de pouvoir démontrer qu'un congé pour reprise repose sur un faux motif. Il faut réunir des éléments suffisamment solides : témoignages, constatations et autres preuves de l'occupation réelle du logement. Il est notamment possible de solliciter un commissaire de justice pour effectuer des constatations dans les limites de ses pouvoirs. Mais ces démarches peuvent avoir un coût et ne sont pas nécessairement accessibles à une personne qui vient justement de perdre son logement.
La loi prévoit pourtant des recours lorsqu'un congé pour reprise ou pour vendre est frauduleux. Encore faut-il être en mesure de le démontrer et de faire valoir ses droits.
Dans mon cas, je n'avais tout simplement pas les moyens financiers ni l'énergie nécessaires pour engager une procédure contre mon propriétaire. J'avais respecté mes obligations de locataire, parfois jusqu'à me priver de certaines dépenses essentielles, et je me retrouvais malgré tout à devoir quitter mon logement sur la base d'un motif qui, selon les informations que j'ai recueillies par la suite, ne correspondait pas à la réalité.
Je crée et monte des contenus pour le web, les réseaux sociaux et la communication.
Expériences
Opérateur prompteur — Solutions Prompteur
Oct 2023 — Fév 2024
Freelance
• Gestion du matériel : réglages techniques du prompteur, caméra, éclairage, micro et moniteur sur tournages TV, plateaux d’interviews et événements corporate
• Adaptation du discours : ajustement du texte prompteur aux contraintes de régie et de plateau
• Collaboration : travail étroit avec réalisateurs et chefs de projet pour assurer la fluidité des enregistrements
• Interventions techniques efficaces : sur événements en direct, garantissant la continuité des présentations
💼🔍 Recherche active d’emploi — Recherche d’emploi
Mar 2025 — Présent
France
Candidatures ciblées : plus de 200 CV et lettres personnalisées
Entretiens : participation à 2 entretiens (téléphonique et physique)
Compétences transversales : réseautage, adaptation CV/lettres, gestion du stress
Formation continue : autodidacte, perfectionnement en anglais, formations en ligne en montage vidéo, motion design, graphisme
🎛️🔧 Technicien Audiovisuel — SAV
Sep 2024 — Fév 2025
Saint-Denis (93)
Missions principales
• Gestion des stocks : suivi rigoureux des entrées/sorties de matériel audiovisuel (caméras, prompteurs, caisses techniques)
• Préparation des commandes : assemblage et mise à disposition du matériel pour prestations internes et externes
• Contrôle qualité : tests systématiques pour garantir la fiabilité des équipements
• Maintenance atelier : organisation et rangement optimisés de l’atelier pour améliorer la productivité et l’efficacité
• Support technique : interventions sur plateaux TV pour résoudre les problèmes en temps réel
Réalisations
• Optimisation de l’espace de stockage : refonte complète du mobilier et de l’organisation, réduction du temps de préparation de 30 %
• Création de contenu vidéo : réalisation d’une vidéo récapitulative des prestations 2024, renforçant la communication externe
• Amélioration des interventions techniques : résolution rapide des pannes sur les plateaux, assurant la continuité des émissions
Missions principales
• Montage vidéo : réalisation de vidéos promotionnelles et tutoriels pour le secteur corporate et institutionnel
• Gestion du matériel : réglages techniques du prompteur, caméra, éclairage, micro et moniteur sur tournages TV, plateaux d’interviews et événements corporate
• Adaptation du discours : ajustement du texte prompteur aux contraintes de régie et de plateau
• Collaboration : travail étroit avec réalisateurs et chefs de projet pour assurer la fluidité des enregistrements
Réalisations
• Optimisation de la synchronisation prompteur/plateau : réduisant les erreurs en direct
• Montage de vidéos institutionnelles et tutoriels : pour plusieurs clients majeurs
• Interventions techniques efficaces : sur événements en direct, garantissant la continuité des présentations
Missions principales
• Captation de témoignages clients : et tournages en entreprise (GH5, DJI Ronin, intérieur/extérieur)
• Préparation et test du matériel : chargement des batteries, vérification des équipements avant tournage
• Prise de son et lumière : stabilisation d’image
• Interaction avec les participants : adaptation selon qu’ils soient déjà connus ou rencontrés pour la première fois
• Montage vidéo : création de contenus institutionnels destinés aux franchisés et réseaux sociaux
• Habillage graphique et animations : intégration de visuels et motion design
Réalisations
• Optimisation du matériel et des réglages techniques : pour des tournages fluides
• Captation naturelle des témoignages clients : grâce à une approche relationnelle adaptée
• Montage de contenus institutionnels attractifs : prêts à la diffusion sur les réseaux
🎬 Monteur vidéo — Jellysmack
Sep 2021 — Mar 2022
Paris (75)
Missions principales
• Montage de vidéos virales : pour créateurs internationaux sur Facebook, Instagram et YouTube
• Application des standards Jellysmack : formats 1:1, AB testing (AB1, AB2, AB3), optimisations SEO visuelles
• Création de thumbnails et vignettes : transitions dynamiques, effets typographiques, habillage graphique
Réalisations
• Optimisation des vidéos courtes : pour maximiser la visibilité et l’engagement
• Respect des délais serrés : tout en maintenant la qualité et la cohérence visuelle
🎬🖥️ Monteur / Graphiste — Sputnik France
Juil 2021 — Jan 2022
Paris (75)
Missions principales
• Montage d’émissions d’information : séries web et reportages pour YouTube
• Installation technique complète : caméras, éclairage, sonorisation de plateau
• Création de génériques : templates d’habillage (MOGRT), visuels promotionnels
• Gestion des workflows rapides : pour diffusion quotidienne
• Travail avec invités controversés : dont candidats présidentiels ou leurs équipes de communication
Réalisations
• Réalisation complète de reportages et interviews : du tournage au montage
• Production de contenus graphiques et vidéos adaptés : à la diffusion multilingue
• Habillage et sous-titrage optimisés : pour maintenir l’impact éditorial tout en respectant les délais
🎬 Monteur Vidéo — Dietplus
Août 2018 — Avr 2019
Paris (75)
Missions principales
• Conception et montage de vidéos : promotionnelles, tutoriels et formations internes
• Maîtrise de la charte graphique : storytelling marketing
• Préparation et gestion du matériel : caméras, lumières, son, stabilisation
• Coordination : avec équipes internes et franchisés
• Adaptation des vidéos aux formats : Facebook, Instagram, YouTube, IGTV, Story
Réalisations
• Production de contenus B2C et B2B
• Vidéos de présentation et témoignages de franchisés : diffusion web et Espagne
• Plus de 150 vidéos de formation interne : durée 1–30 min
• Colorgrading et habillage graphique optimisés
🖌️🖥️ Expériences en communication et multimédia — CDD, Alternance et CDI
2009 — 2018
Île-de-France
CDD, Alternance et CDI
• Responsable Communication – Projective (75) (2017–2018) : mise en place pôle communication, création graphique et vidéos corporate, organisation voyages internationaux (NY, Copenhague, Malmö)
• Infographiste – Mairie de Roissy-en-France (95) (2014–2015) : conception print, montage vidéo pour festival « Les Visitables », conseils stratégiques et coordination avec équipes municipales
• Chargé de communication – ATOL Les Opticiens (92) & AD REM Technology (75) (2011–2013) : création visuels print et vidéos produit, rédaction web, gestion newsletter interne, participation à salons
• Assistant Communication – Mairie de Roissy-en-France (95) (2010–2011) : captation photo, création affiches/plaquettes, gestion site web/blog et fichier presse
• Spécialiste – Apple Store Paris (75) (2009–2011) : accompagnement clients, démonstrations logiciels créatifs (Final Cut, iMovie, suite Adobe)
✈️🌱 Autres expériences et parcours atypique — Australie · France
2006 — 2017
Australie · France
Australie (2015–2017)
• Travaux saisonniers et polyvalents : ferme (cueillette et entretien de fruits et légumes : finger limes, oignons, salades, pommes), jardinage, récupération de miel dans une ruche domestique, accompagnement d’une attrapeuse de serpents, manipulation d’un carpet snake, observation et immersion dans la faune et la flore australienne
• Communication visuelle pour start-up locales (Motion Journal, Go-Frais)
• Développement de l’anglais oral et forte adaptabilité interculturelle
France (2006–2015)
• Gibus Club et boîtes de nuit : bar & vestiaires
• Disneyland Paris : restauration, attractions, bagagerie, réceptions hôtels, animation de personnages Disney (Baloo, Tigrou, le Génie…)
• Buffalo Grill et McDonald’s : service, caisse, cuisine
Compétences
Instagram / Reels · Photoshop · Illustrator · Prompteur · Production multilingue (FR / EN / PL)
Formation
2013 — Master 2 Management & Communication Web, ISEFAC Paris
2011 — Licence Activités et Techniques de Communication, UMLV
2009–2010 — Licence Arts et Technologies, option cinéma, UMLV
Langues
Français (Natif) · Anglais (Courant) · Polonais (Courant) · Espagnol (Je me débrouille… pas vraiment lol)
Renewed hope among "the enemy"?! — Air · Patrick Roziel