2019 : Quand la stabilité s'est arrêtée

Parcours · 2026-10-25

2019 : Quand la stabilité s'est arrêtée

La France, le pays de la désillusion ! Episode 2

À la fin de l'année 2018, ma situation commençait enfin à correspondre aux objectifs qui avaient motivé mon retour d'Australie.

J'avais remboursé l'ensemble de mes dettes, je louais un appartement de 21 m² dans le 12e arrondissement de Paris et j'avais obtenu un CDI avec une rémunération d'environ 2 000 € nets par mois.

Je ne possédais aucun patrimoine et je n'avais pas d'épargne importante, mais je pensais pouvoir commencer à mettre de l'argent de côté et construire progressivement une sécurité financière.

Après plusieurs années passées à multiplier les expériences professionnelles, à développer mes compétences et à rembourser mes dettes, j'avais enfin réuni les conditions qui me semblaient nécessaires pour envisager l'avenir.

J'étais alors salarié de Dietplus, une entreprise que j'avais rejointe pendant l'été 2018.

Une embauche rapide et des débuts encourageants

J'avais commencé par une mission d'intérim de deux mois, avec une perspective d'embauche en CDI.

Le directeur avait souhaité me recruter définitivement avant même la fin de cette période.

Lors des négociations salariales, j'avais demandé une rémunération supérieure à celle initialement proposée. Cette augmentation avait été refusée, mais nous avions trouvé un arrangement concernant le paiement de mes heures supplémentaires.

Les premiers mois se déroulaient plutôt bien.

Lorsque j'avais besoin d'équipements supplémentaires pour travailler, l'entreprise répondait à mes demandes. J'avais notamment obtenu un ordinateur plus puissant et du matériel vidéo.

Je participais à des déplacements professionnels pour réaliser des tournages et j'entretenais de bonnes relations avec les franchisés.

Mon aisance relationnelle était également appréciée. Je me retrouvais parfois invité à des dîners avec la direction, contrairement à certains collègues occupant pourtant des fonctions de niveau hiérarchique comparable.

À ce moment-là, je considérais que mes compétences étaient reconnues et que j'avais trouvé une entreprise dans laquelle je pouvais évoluer.


Bloc de texteAparté — Trois métiers pour un seul poste
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En réalité, mon recrutement concernait trois fonctions professionnelles distinctes, pour un salaire de 2 000 € par mois :

  • Graphiste, alors que l'entreprise disposait déjà de deux graphistes dans son service communication.

  • Monteur vidéo, couvrant toute la chaîne de production audiovisuelle : tournage, prise de son, réalisation, montage et animation.

  • Modélisateur d'architecture 3D, chargé de représenter des espaces selon des plans, des contraintes architecturales et des normes de sécurité.

Pour cette dernière fonction, j'avais bénéficié de deux jours de formation sur un logiciel de modélisation 3D. Le directeur semblait considérer cela suffisant, comme si deux jours derrière un écran pouvaient remplacer des années de spécialisation.

J'ai dû lui expliquer qu'animer des objets en 3D pour une vidéo et modéliser des espaces architecturaux étaient deux métiers différents. Une distinction qui aurait probablement semblé évidente à quelqu'un connaissant réellement les professions qu'il souhaitait faire exercer.

Trois métiers pour 2 000 € : le directeur avait manifestement compris comment faire des économies, mais beaucoup moins bien ce qu'il achetait. Il voulait manifestement bénéficier des compétences de plusieurs spécialistes sans en payer le prix, tout en étant incapable d'en mesurer précisément les exigences.

Cette expérience illustre parfaitement ce qui me révolte dans certaines organisations : lorsque l'appât du gain se combine à l'incompétence de celui qui décide, les compétences deviennent interchangeables, les exigences absurdes et le salarié responsable de faire fonctionner un système mal pensé. Une belle démonstration d'économie à court terme, dont l'addition finit toujours par être payée par quelqu'un d'autre.


Janvier 2019 — Un changement dans l'organisation

Au début de l'année 2019, une nouvelle responsable arrive pour encadrer le service communication, composé de deux graphistes et de moi-même.

Lors de la préparation de la convention annuelle, elle communique devant mes collègues certaines informations concernant mes conditions de rémunération, notamment le paiement de mes heures supplémentaires.

Certains collaborateurs présents dans l'entreprise depuis plus longtemps m'expliquent avoir eux-mêmes effectué, par le passé, des heures supplémentaires qui n'auraient pas été rémunérées.

Je constate alors un changement dans certaines relations au sein du service.

Pendant la convention annuelle, je travaille approximativement de 7 heures du matin jusqu'à 3 heures le lendemain. Je réalise mes prestations vidéo, échange avec les franchisés et participe au déroulement de l'événement.

Les retours que je reçois sur mon travail sont positifs.

Lors de la réunion de bilan qui suit, nous passons en revue les difficultés rencontrées pendant la convention.

À la fin des échanges, je propose que nous identifiions également les éléments qui ont bien fonctionné, afin de savoir ce qu'il serait utile de reproduire l'année suivante.

Une collègue réagit vivement :

« Quoi ? Tu veux qu'on dise : Patrick il fait tout bien, Patrick c'est le meilleur ?! »

La réunion se termine peu après cet échange.

Des tensions qui s'accumulent

Au cours des semaines suivantes, les relations de travail deviennent progressivement plus difficiles.

L'un des désaccords concerne une porte coupe-feu qui reste régulièrement ouverte et crée un courant d'air froid à proximité immédiate de mon bureau.

Je demande à plusieurs reprises qu'une solution soit trouvée. Le problème persiste.

Lorsque je me plains du froid, certains collègues me qualifient de « princesse ».

Ce qui aurait pu rester un simple problème d'aménagement du poste de travail devient une source récurrente de tensions.

Je continue à réaliser mes missions, mais mes conditions de travail se dégradent.

La nouvelle responsable me confie également davantage de tâches, en expliquant qu'elle connaît mes capacités et sait que je peux les accomplir.

Je reçois donc toujours des commentaires positifs sur mes compétences, alors même que mes relations avec une partie de l'équipe se détériorent.

Je signale les difficultés rencontrées à la direction, sans constater d'amélioration durable.

Progressivement, je commence à arriver au bureau avec des angoisses.

Il m'arrive de pleurer aux toilettes pendant les journées de travail.

Les repas avec mes collègues deviennent eux aussi difficiles. Je préfère éviter la salle commune. Un jour, après avoir accepté de déjeuner avec eux, je passe une partie du repas les larmes aux yeux.

Je continue à exercer mes fonctions, mais mon état de santé et mes relations professionnelles se dégradent.

La décision de consulter un psychiatre

Plusieurs personnes me reprochent mon changement d'humeur et la disparition de la bonne humeur qui me caractérisait auparavant.

Je commence donc à me remettre en question.

Je ne comprends pas pourquoi une situation professionnelle qui se déroulait correctement quelques mois plus tôt est devenue aussi difficile à vivre.

Je décide de consulter un psychiatre.

Je ne cherche pas à engager une procédure contre l'entreprise. Je veux comprendre ce qui a changé chez moi et retrouver mon fonctionnement habituel.

Le médecin m'écoute, me prescrit notamment des anxiolytiques et me conseille de quitter l'entreprise.

Je commence alors à chercher un autre emploi.

Au cours d'un déjeuner avec une responsable de Dietplus, je lui explique les difficultés que je rencontre, mon suivi psychiatrique et ma volonté de trouver un autre poste.

Le directeur apprend ensuite que j'envisage de partir.

Il me reçoit dans son bureau et me demande ce qui pourrait me convaincre de rester.

Je lui explique que je suis épuisé et que je ne peux pas assumer seul la responsabilité des tensions entre les salariés.

La question de ma rémunération revient également dans notre discussion.

Fin mars 2019 — Une augmentation et une condition

À la fin du mois de mars 2019, je suis convoqué dans une salle de réunion avec le directeur et la nouvelle responsable du service.

Ils m'annoncent qu'ils acceptent de m'accorder une augmentation de salaire, qui sera appliquée progressivement au cours de l'année.

Mais cette proposition est accompagnée d'une condition :

« Retrouver le sourire et continuer à répandre ma bonne humeur. »

Je me mets à pleurer pendant la réunion.

C'est la première fois, dans ma vie professionnelle, que je pleure devant des responsables sans parvenir à me retenir.

Je quitte la salle pour aller aux toilettes.

Le directeur vient me rejoindre et me propose trois jours de repos payés.

J'accepte cette proposition, que je comprends comme une possibilité de récupérer avant de reprendre le travail.


3 avril 2019 — La mise à pied

Pendant ces trois jours de repos, une responsable de l'entreprise me contacte.

Elle me propose un rendez-vous au bar d'un hôtel, que je comprends comme une rencontre destinée à préparer mon retour au bureau.

Je m'y rends.

Mais au lieu de discuter de ma reprise, elle me remet une enveloppe contenant une notification de mise à pied conservatoire.

Un entretien avec le directeur est fixé au 16 avril 2019.

En quelques jours, je suis passé d'une proposition d'augmentation salariale à une mise à pied.

Je n'avais pas anticipé cette succession d'événements.


16 avril 2019 — La rupture

Je me présente seul à l'entretien.

Je n'avais jamais été confronté à une procédure de cette nature et je connaissais mal les démarches possibles pour défendre mes intérêts.

À ce moment-là, ma préoccupation principale est financière.

J'ai un appartement à payer, des dépenses courantes à assurer et aucune épargne importante.

Je ne dispose pas non plus d'un patrimoine qui pourrait me permettre de supporter durablement une période sans revenus.

Pendant l'entretien, plusieurs possibilités de départ sont évoquées.

Je ressens une forte pression pour accepter une solution rapide, notamment à travers des remarques concernant les conséquences de mon absence sur le travail de mes collègues.

La solution financière qui m'est présentée correspond approximativement à deux mois de rémunération.

Je l'accepte.

Cette décision me permet de quitter rapidement l'entreprise et de me rendre disponible pour un nouvel emploi.

Je pensais alors qu'une fois cette situation terminée, je pourrais retrouver du travail et reprendre ma vie là où elle s'était arrêtée.


Après le licenciement

La fin du contrat ne met pas immédiatement un terme à mes relations avec l'entreprise.

Après mon licenciement, le directeur me propose de rencontrer l'un de ses contacts, qui recherche quelqu'un pour réaliser un clip vidéo.

Je lui explique que je suis épuisé mentalement, mais j'accepte malgré tout de rencontrer cette personne pour la conseiller.

À la fin de l'année 2019, une responsable de Dietplus reprend contact avec moi pour prendre de mes nouvelles.

Elle m'indique que des changements ont eu lieu dans l'entreprise depuis mon départ.

Fin janvier 2020, je participe même à un entretien concernant une éventuelle réembauche.

Cette démarche n'aboutit pas.

Les conséquences sur ma situation

La perte de cet emploi intervient quelques mois seulement après que j'ai terminé de rembourser toutes mes dettes.

J'avais obtenu mon appartement, signé un CDI et commencé à envisager la constitution d'une épargne.

Le licenciement interrompt cette progression.

Je dois reprendre mes recherches d'emploi sans disposer de réserves financières importantes.

Mais les conséquences ne sont pas uniquement matérielles.

Je constate que ma confiance professionnelle a considérablement diminué.

Pendant des années, j'avais développé mes compétences dans l'idée que la formation, l'expérience et la polyvalence me permettraient d'accéder à des emplois plus qualifiés et à une situation plus stable.

J'avais travaillé dans différents secteurs, appris plusieurs métiers, obtenu un master et acquis une expérience internationale.

Pourtant, après mon licenciement, je commence à douter de ma capacité à retrouver une place dans le monde professionnel.

Je passe progressivement d'une logique d'évolution de carrière à une logique de recherche de sécurité.

Trouver un emploi ne suffit plus. Je veux désormais pouvoir travailler sans revivre les difficultés rencontrées en 2019.

Cette préoccupation accompagnera mes recherches et mes expériences professionnelles suivantes.


Bilan — Une stabilité de courte durée

Au début de l'année 2019, je disposais d'un logement indépendant, d'un CDI et d'une rémunération régulière.

J'occupais un poste nécessitant des compétences variées en graphisme, audiovisuel et production numérique.

Je n'avais plus de dettes et je pensais commencer à constituer une épargne.

Quelques mois plus tard :

  • J'avais perdu mon CDI et les revenus réguliers qui l'accompagnaient.

  • J'avais entamé un suivi psychiatrique en raison des difficultés que je rencontrais.

  • J'avais dû reprendre une recherche d'emploi sans garantie de retrouver rapidement une rémunération équivalente.

  • Ma confiance dans les relations professionnelles s'était dégradée.

  • Mon projet de constitution d'un patrimoine était de nouveau repoussé.

Je ne peux pas affirmer connaître toutes les intentions des personnes impliquées dans les événements de 2019.

En revanche, je peux établir leur succession et les conséquences qu'ils ont eues sur ma situation.

J'étais revenu en France pour construire une stabilité professionnelle, financière et résidentielle. À la fin de l'année 2019, je disposais toujours de mon appartement, mais j'avais perdu mon emploi et une grande partie de la confiance avec laquelle j'avais commencé cette nouvelle étape de ma vie.

Je pensais que mon départ de Dietplus marquerait la fin de ces difficultés.

Ce sera pourtant le début d'une autre période, durant laquelle le chômage, les problèmes financiers et mon parcours psychiatrique prendront une place de plus en plus importante.


À suivre.

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